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A l’hôpital Al Shifa à Gaza, des bébés meurent au milieu de scènes de dévastation et de désespoir

Walaa, 35 ans, est enceinte de neuf mois. Sa maison s'est effondrée à cause d'un bombardement à proximité alors qu'elle était assise contre le mur qui est tombé. Elle a subi une fracture à la main droite et au crâne lors de l'incident.

© UNFPA/Bisan Ouda

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Walaa, 35 ans, est enceinte de neuf mois. Sa maison s’est effondrée à cause d’un bombardement à proximité alors qu’elle était assise contre le mur qui est tombé. Elle a subi une fracture à la main droite et au crâne lors de l’incident.

Davantage de patients, y compris des bébés prématurés, seraient morts à l’hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, qui a été privé d’électricité pendant trois jours en raison de l’intensification des opérations militaires israéliennes, rendant un cessez-le-feu plus urgent que jamais, ont déclaré des agences humanitaires de l’ONU.

L’agence de santé de l’ONU (OMS) a déclaré dimanche soir que, selon les autorités sanitaires de Gaza, 37 bébés prématurés de l’hôpital ont été transférés au cours du week-end dans une salle d’opération sans leurs couveuses, alors que les agents de santé essayaient de chauffer la pièce. Selon les dernières informations des médias lundi, six bébés sont morts à Al-Shifa. 

« Le monde ne peut pas rester silencieux alors que les hôpitaux, qui devraient être des refuges, sont transformés en scènes de mort, de dévastation et de désespoir », a dit le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, réitérant ses appels à l’arrêt immédiat des combats.

Al-Shifa est l’épicentre d’affrontements armés dans la ville de Gaza à la suite des affirmations de l’armée israélienne selon lesquelles le Hamas a construit un centre de commandement sous l’hôpital. Les allégations ont été démenties par les professionnels de la santé qui y travaillent.

L’ONU en deuil

Pendant ce temps, lundi, le drapeau de l’ONU a été mis en berne dans les bureaux de l’Organisation à travers le monde en mémoire des 101 membres du personnel de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), tués à Gaza depuis le début des représailles d’Israël à la suite des massacres perpétrés par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre dernier. 

« Aujourd’hui, nous nous joignons à la communauté des Nations Unies pour une minute de silence afin de pleurer et d’honorer nos collègues tués à Gaza », a écrit la Directrice du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), Cindy McCain, sur la plateforme sociale X. Lors d’une cérémonie solennelle à l’Office des Nations Unies à Genève, la Directrice générale, Tatiana Valovaya, a remercié le personnel pour son sacrifice, soulignant l’importance de son travail à un moment où le multilatéralisme est menacé.

L’UNRWA a déclaré lundi que sa maison d’hôtes à Rafah « avait subi des dommages importants lors des frappes navales des forces israéliennes » dimanche, sans qu’aucune victime ne soit signalée. 

« Le mépris pour la protection des infrastructures civiles, y compris les installations de l’ONU, les hôpitaux, les écoles, les abris et les lieux de culte, témoigne du niveau d’horreur que vivent chaque jour les civils à Gaza », a dit le Commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini.

Un homme blessé dans une attaque de missile est transporté d'urgence à l'hôpital Naser de Khan Younis.

© WHO

Un homme blessé dans une attaque de missile est transporté d’urgence à l’hôpital Naser de Khan Younis.

« Pas une cible »

Quel que soit l’endroit où se déroulent les conflits, l’ONU a réitéré que les humanitaires ne devraient jamais être une cible et que les hôpitaux et le personnel médical sont spécifiquement protégés par le droit international humanitaire.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), a déclaré qu’en plus des nourrissons décédés, 10 autres patients sont morts à Al-Shifa, tandis que trois infirmières ont été tuées dans des bombardements et des affrontements armés. Des infrastructures essentielles, notamment la station d’oxygène, des réservoirs d’eau et un puits, l’installation cardiovasculaire et la maternité, ont été endommagées.

Alors que de nombreuses personnes déplacées à l’intérieur du pays qui s’abritaient à l’hôpital et que certains membres du personnel et patients ont réussi à fuir, « d’autres sont piégés à l’intérieur, craignant de partir ou physiquement incapables de le faire », a souligné l’OCHA. Selon les médias lundi matin, des milliers de personnes pourraient encore se trouver à l’intérieur du complexe.

D’autres attaques contre des établissements de santé ont été signalées au cours du week-end. L’OCHA a indiqué que samedi, une frappe aérienne aurait touché et détruit la clinique suédoise du camp d’Ash Shati, à l’ouest de la ville de Gaza, où quelque 500 personnes déplacées avaient trouvé refuge. Samedi soir, une autre frappe aérienne a touché l’hôpital Al Mahdi dans la ville de Gaza, tuant deux médecins et en blessant d’autres.

Lutter pour survivre

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires a aussi déclaré que dimanche, pour la deuxième journée consécutive, à la suite de l’effondrement des services et des communications dans les hôpitaux du nord de Gaza, le ministère de la Santé de l’enclave n’a pas mis à jour le nombre de victimes. 

La dernière mise à jour fournie vendredi indique que 11.078 personnes avaient été tuées dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre. Selon des sources officielles israéliennes, 47 soldats ont été tués depuis le début des opérations terrestres.

Des centaines de milliers de personnes restées dans le nord luttent pour survivre, a OCHA. La consommation d’eau provenant de sources insalubres « soulève de sérieuses inquiétudes » quant à la déshydratation et aux maladies d’origine hydrique, la faim est endémique et le PAM a tiré la sonnette d’alarme sur les risques de malnutrition et de famine. 

Des dizaines de milliers de personnes déplacées ont continué ce week-end à fuir le nord par un « couloir » ouvert par l’armée israélienne, mais leur vie était toujours en danger dans le sud, au milieu des bombardements continus et des abris désespérément surpeuplés. « Aucun endroit à Gaza n’est sûr », a souligné M. Lazzarini de l’UNRWA.

Des fournitures médicales sont préparées pour être livrées dans un entrepôt de l'OMS à Gaza.

© WHO

Des fournitures médicales sont préparées pour être livrées dans un entrepôt de l’OMS à Gaza.

Manque de carburant

Les camions transportant une aide désespérément nécessaire vers Gaza pourraient cesser de rouler mardi en raison d’un manque de carburant, a averti lundi un haut responsable d’OCHA.

La situation évolue alors que « la vie ne tient qu’à un fil », y compris celle des bébés dans les couveuses des hôpitaux qui dépendent du carburant pour l’électricité, a déclaré Andrea De Domenico, chef du bureau de l’OCHA dans le Territoire palestinien occupé, à des journalistes à New York.

« Cessez-le-feu humanitaire, approvisionnement en carburant – tout cela devrait avoir lieu maintenant. Nous manquons de temps avant de réellement faire face à un désastre majeur », a-t-il souligné depuis Jérusalem.

Dimanche, 76 camions ont livré de l’aide à Gaza via le passage de Rafah avec l’Égypte, dans le cadre d’un accord en vigueur depuis le 21 octobre. À bord se trouvaient des produits de santé, de l’eau en bouteille, des couvertures, des tentes et des produits d’hygiène. À ce jour, quelque 980 camions ont fait le voyage, mais cela reste bien en deçà du niveau nécessaire.

« En fait, au lieu d’une augmentation indispensable de cette aide, nous avons été informés par les collègues de l’UNRWA qu’en raison du manque de carburant, à partir de demain, les opérations de réception des camions ne seront plus possibles », a dit M. De Domenico. « Les conditions opérationnelles en général se détériorent d’heure en heure ».

Source : ONU

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