
« Mister Ben Jelloun, vous auriez mieux fait de la boucler. »
Alléluia !!! Mister Ben Jelloun, vient de pondre un article dans Le Point.
Alléluia !!! Mister Ben Jelloun, vient de parler et il faut l’écouter, ou plus précisément le lire. Il vient de s’exprimer, comme il le précise, en tant qu’« arabe et musulman de naissance, de culture et d’éducation traditionnelle, marocaine ».
Tout d’abord, j’aurais aimé que Mister Ben Jelloun se contente de parler en tant qu’humain, lui qui nous a habitués à changer de peau, et de discours, en fonction de l’endroit où il se trouve et surtout des objectifs qu’il vise. Il est parfois Marocain, parfois Français, parfois franco-marocain, parfois musulman, parfois laïc, parfois de culture traditionnelle, parfois moderne… C’est selon.
Dès le premier paragraphe de son texte, il nous déclare qu’il est « horrifié par ce que les militants du Hamas ont fait aux juifs. » et d’ajouter. « La brutalité, quand elle s’attaque aux femmes et aux enfants, devient barbarie et n’a aucune excuse ni justification. »
Tout être humain normalement constitué ne dira pas le contraire. Pas besoin d’avoir eu le « ConGourt » pour le savoir. Seulement, force est de constater que Mister Ben Jelloun n’a jamais employé (du moins à ma connaissance) le verbe « horrifié » ni le substantif « barbarie », pour qualifier les massacres des sionistes à l’encontre des Palestiniens, et ce depuis plus de 50 ans.
Par sénilité et/ou paresse intellectuelles, Mister Ben Jelloun ne fait que reproduire le lexique que les médias français ont choisi pour nous rebattre les oreilles depuis le 7 octobre. (À ce propos, les médias français sont devenus plus sionistes que leurs homologues israéliens, car si en territoire de la Palestine occupée, les journalistes israéliens critiquent Netanyahou, les Français ne critiquent que le Hamas. C’est Pétain qui défend Hitler).
Mister Ben Jelloun continue et écrit : « Je considère qu’on peut résister contre une occupation, lutter contre la colonisation, mais pas avec ces actes de grande sauvagerie. (Sauvagerie : mot employé en premier par le ministre de la défense israélien dont l’objectif final et déclaré est de massacrer tous les Palestiniens, repris par celui qui a une éducation traditionnelle marocaine) ». Je demande à Mister Ben Jelloun de relire l’histoire de la France pendant l’Occupation et de s’arrêter surtout aux passages qui relatent les actes des résistants français qui attaquaient les Allemands, qui faisaient exploser des maisons sous les militaires et leurs familles, qui faisaient sauter les trains, avec à bords, des soldats, certes, mais aussi des civils, dont des Français, etc. Bref qui utilisaient tous les moyens en leur disposition pour se libérer du colonisateur. Les Allemands qualifiaient ces actes de terrorisme et les résistants de sauvages. Ils les qualifiaient aussi de barbares. Les Français, eux aussi, qualifiaient les résistants algériens, marocains et autres de terroristes lorsque ceux-ci exécutaient des opérations contre l’occupant français, avec leur lot de victimes collatérales.
Tout cela pour vous dire que lorsque vous considérez « qu’on peut résister contre une occupation, lutter contre la colonisation, mais pas avec ces actes de grande sauvagerie. » Vous concédez, même indirectement, qu’il s’agit bien d’une occupation, d’une colonisation. Ma question est : « Donnez-moi un cas, un seul, dans l’histoire des peuples où un pays a récupéré son indépendance sans résistance, sans opérations militaires, sans guerre ? » Ce qui a été spolié par la force n’est jamais récupéré que par la force. C’est une vérité qui n’a jamais été démentie depuis que le monde est monde. Jamais, au grand jamais, une libération n’a été atteinte par la diplomatie (rectifiez-moi par un contre-exemple si je me trompe). Celle-ci intervient toujours après l’indépendance.
Pourtant, ce ne sont pas les bonnes intentions des Palestiniens qui manquent. L’OLP n’a-t-elle pas reconnu l’État d’Israël ? OUI. Que fait Israël pendant ce temps ? Elle spolie les terres des Palestiniens. Elle construit encore et encore des colonies. Elle réduit la Palestine en peau de chagrin. Netanyahou n’a-t-il pas déclaré récemment que la solution à deux états ne verra jamais le jour, alors que c’est ce qui a été décidé par les Nations Unies ? OUI. Mais tout cela et bien d’autres choses, vous le savez déjà, n’est-ce pas ?
Devant la sourde oreille des israéliens, devant l’échec de toutes les négociations, de la soi-disant diplomatie, devant une OLP qui a courbé l’échine, qui a « bradé » son peuple, sa terre, le Hamas a opté pour la lutte armée, avec tout ce qu’elle engendre de terrible, de dommages collatéraux, de souffrance. « Le Hamas est l’ennemi des Palestiniens » écrivez-vous. Pourquoi ? Parce qu’à cause de ses opérations militaires, les Gazaouis se font bombardés jours et nuits par l’armée israélienne ? Mais, monsieur Ben Jelloun, cette armée n’a jamais attendu les actes de Hamas pour massacrer les Palestiniens en général et les Gazaouis en particulier. Les kidnappings, les assassinats, les maisons détruites, les emprisonnements, les humiliations… et j’en passe des misères que subissent les Palestiniens, sont quotidiennes. J’ai envie de vous poser une question : « Avez-vous un jour pris la peine de faire un détour par Gaza pour constater par vous-même la prison à ciel ouvert où survivent les Palestiniens ? » Non bien sûr. Ça sera mal vu par ceux qui octroient les prix littéraires. Et Le Nobel reste un objectif alléchant, n’est-ce pas ?
Vous êtes donc horrifié, monsieur Ben Jelloun, par la sauvagerie et la barbarie de Hamas, mais vous n’avez jamais été horrifié (du moins vous ne l’avez jamais écrit en ces termes) par celles de l’armée israélienne qui durent depuis plus d’un demi-siècle.
Vous êtes horrifié par les sauvages et les barbares qui ont pris en otage des civils, mais vous n’avez pas été horrifié lorsque le petit enfant Mohamed al-Duraha a été tué alors qu’il se cachait derrière son père ;
Vous êtes horrifié parce que les combattants du Hamas ont interrompu une fête et ont pris des otages ; mais vous n’avez jamais été horrifié par les bulldozers de l’armée israélienne qui détruisaient et continuent de détruire les maisons palestiniennes sous leurs têtes. Je vous rappelle que pour les sionistes, un bon Palestinien est un Palestinien mort.
Vous criez dans votre texte : « Non, la guerre se fait de soldats à soldats. Pas en tuant des civils innocents. » Quelle naïveté ! Non, monsieur. Depuis la nuit des temps, les véritables victimes des guerres sont les civils et ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. On peut le regretter, on peut le dénoncer, on peut s’en indigner, on peut jouer au bon samaritain, mais la réalité est ainsi faite et c’est faire preuve d’une ingénuité déconcertante que de croire le contraire. Et puis, vous oubliez que chaque citoyen israélien est un réserviste (C’est pas moi qui le dis, c’est écrit dans la Constitution d’Israël) et donc chaque Israélien est un soldat en devenir.
Vous écrivez que « La cause palestinienne est morte le 7 octobre 2023, assassinée par des éléments fanatisés, englués dans une idéologie islamiste de la pire espèce. » Encore non monsieur Ben Jelloun, la cause palestinienne est morte en 1991, avec les accord d’Oslo, lorsque Yasser Arafat a cédé devant les exigences des Américains qui lui ont promis un État. La cause palestinienne est morte lorsque l’OLP a reconnu Israël ; la cause palestinienne est morte lorsque des pays arabes ont cru bon de normaliser leurs relations avec Israël. Ils se rendront compte, sûrement trop tard, qu’il est impossible de pactiser avec le diable, car pour Israël, tous les peuples sont nés pour la servir. Cela vient de leur « culture traditionnelle hébraïque ».
Pour vous dédouaner, monsieur Ben Jelloun, même si vous savez au fond de vous-même que vous ne croyez pas un traître mot de ce que vous écrivez, vous saupoudrez votre texte d’un humanisme factice et vous parlez de « Blessure faite à toute l’humanité » quand vous ajoutez : « Moi, dans ma solitude, dans ma tristesse et ma honte en tant qu’être humain, mon dégoût de cette humanité à laquelle je refuse d’appartenir (Ah bon ! je ne vous savais pas adepte de Nietzche et de Cioran), je dis, non, c’est un combat qui n’honore pas leur cause (quel est le combat qui honore une cause ? Celui de baisser son froc devant un Occupant ?). Non, à ces applaudissements dans certaines capitales arabes (et les manifs des colons qui appellent aux meurtres des Arabes, d’autres pro-israéliennes qui applaudissent Israël et qui ont été autorisées en France alors que les manifs propalestiniennes ont été interdites, vous en dites quoi ?). Non, à ce triomphe plein de sang des innocents (les morts israéliens seraient-ils pour vous plus innocents que les morts palestiniens ? savez-vous au moins qu’en moins d’une semaine, plus de 650 enfants sont déjà morts à Gaza ? êtes-vous au moins “HORRIFIE” par ça? Ah oui, je sais, vous allez me répondre : si Hamas n’avait pas attaqué Israël, ces enfants seraient encore en vie, n’est-ce pas ?). Non, à l’aveuglement de ceux qui tirent les ficelles d’une tragédie où, tôt ou tard, ce sera la population palestinienne qui paiera cette lourde facture. » (Ah bon ! parce que la population palestinienne ne paie pas le prix fort depuis 1948 ?)
Bref, à lire votre texte, j’ai cru entendre les commentaires hallucinants des journalistes de CNEWS, de BFMTV, de LCI et consorts. Je m’attendais à un minimum d’originalité de la part d’un écrivain. Voilà pourquoi je crois que vous avez raté, monsieur Ben Jelloun, une énième occasion de la boucler.
