Collège CSM Montréal Collège CSM

Circulation au Maroc : Le bruit qui rend fou

Par : Rajae Khaled

Vues d'Afrique

Tout le monde ou presque se plaint, râle et s’indigne même ces derniers temps de la flambée du prix du carburant. Surtout depuis l’éclatement de cette guerre ”mondialisée” en Ukraine. Pourtant, ça n’arrête pas de rouler dans les grandes villes marocaines, des bouchons monstres partout, matin, midi et soir et même jusqu’au petit matin. Pas seulement en temps de vacances estivales mais pendant toutes les saisons et par tous les temps.
Une seule et unique explication à cette frénésie dans la circulation routière chez nous : le recours exclusif à la voiture qui n’est plus réduite à son utilité première, étant très souvent utilisée à tout-va. Pour aller chez le boulanger ou le coiffeur du quartier et pour n’importe quelle course à faire qu’il serait de bonne conduite comme il est le cas sous d’autres cieux de recourir à d’autres moyens de mobilité, le vélo en tête, quoique sur ce registre, il y a encore beaucoup de chemin à faire car il s’agit d’adapter la ville à la bicyclette étant donné que la structure urbaine de la plupart de nos agglomérations n’est point adaptée à ce moyen de transport 100 % écologique, très prisé paradoxalement dans des pays très prospères comme en Scandinavie et surtout aux Pays-Bas, véritable monarchie cyclable.
Résultat : le vélo est plus utilisé chez nous par extrême nécessité, pour ne pas dire seulement par les nécessiteux et non pas dans un souci écologique. En attendant, la meilleure alternative à la voiture est toute simple, la marche, à la fois bonne pour la santé et l’environnement. Surtout en ces temps où le prix du Gasoil flambe, atteignant son plus haut niveau historique.
Mais cette hausse à la pompe ne semble pourtant pas échauder des millions d’automobilistes dans le Royaume, incapables de résister à l’envie de prendre leurs véhicules et de faire leurs courses effrénées, de rouler sans arrêt comme si la voiture est devenue leur deuxième foyer, leur refuge douillet, leur prétexte pour fuir en avant, ne souciant guère des nuisances qu’ils provoquent et des risques énormes que cela représente pour leur vie et surtout celle des autres.


Car, ce sont les autres qui sont les plus exposés aux risques de cette circulation débridée, cette conduite effrénée que rien ne semble refréner jusqu’à présent malgré le nombre alarmant des victimes chaque semaine, les campagnes de sensibilisation, certes sporadiques, les fortes amendes ou encore aujourd’hui la hausse du prix du carburant à la pompe. Les autres, entre autres, ce sont d’abord les piétons qui n’ont plus droit de passage et la possibilité de traverser la chaussée en toute sécurité, ensuite, les résidents sur les grands boulevards incessamment incommodés et très dérangés par le flux d’une circulation sans fin avec son lot de nuisances sonores. Une utilisation intempestive du Klaxon, à toute heure et pour n’importe quel motif. Ce qui représente un véritable supplice pour les habitants des quartiers où la circulation est très dense, acculés à supporter l’insupportable.
Impatients, fébriles et stressés, les automobilistes sont des inconditionnels de l’avertisseur, devenu une bande de son quotidienne dans nos villes. Ce qui nuit gravement à la qualité de vie. Les conducteurs de motos, de bus, de camions et de voitures s’en servent en continu, pour indiquer une manœuvre, s’énerver contre un autre usager de la route, exprimer leur colère dans les bouchons qui paralysent la ville du matin au soir ou encore à chaque fois que le feu passe au vert.


Dans ce brouhaha permanent, cet enfer sonore, l’expression du ”bruit qui rend fou” prend tout son sens pour tout le monde, surtout pour les misophonies. Et pour cause, il est prouvé scientifiquement que l’exposition quotidienne à la pollution sonore nuit gravement à la santé physique et mentale.
Comme le relève le neuroscientifique français, Michel Le Van Quyen qui précise dans l’une de ses interviews à la presse française que ”l’oreille n’a pas de paupières. C’est un sens qui est toujours actif y compris la nuit, un peu comme s’il voulait être une sorte de système d’alarme pour le cerveau. D’où, le fait qu’un coup de klaxon puisse générer du stress. On a d’ailleurs pu constater que les bruits imprévisibles ou stridents génèrent une augmentation de cortisones et d’hormones, ce qui entraîne différents problèmes : du stress, de l’anxiété, l’augmentation de la pression artérielle, un sentiment d’oppression, des troubles du sommeil, voire même des problèmes cardio-vasculaires”.
Pour ce directeur de recherche à l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), ”le bruit est une pollution au même titre que celle que l’on retrouve dans l’atmosphère, provoquant la disparition de 10.000 personnes par an en Europe. C’est une mort à petit feu, on s’en rend compte souvent trop tard”. Un nombre de victimes qui interpelle, d’autant qu’il concerne le vieux continent où la plupart des pays appliquent une réglementation sévère dans le domaine de la circulation routière et où les mentalités, les modes vie et les cultures sont bien supérieurs à la moyenne mondiale.
D’où, l’urgence d’un changement réel des mentalités et des habitudes pour une bonne conduite, sans trop de bruit et rendre ainsi l’animation urbaine plus vivable et moins agressive. Et pas seulement les mentalités des automobilistes, principalement coupables de la pollution sonore à coups de klaxon, mais aussi et surtout celles des motards qui sévissent très souvent tard la nuit quand la circulation se fait moins dense, saisissant ainsi l’occasion pour conduire à très vive allure leurs grosses cylindrées dotées très souvent de pots d’échappement déchicanés car dans la culture des motards, un moto est faite pour faire du bruit, trop de bruit.
Rouler vite et bruyamment, c’est, pour eux, un moment d’extase, un signe de puissance, et donc de virilité. Contre eux et aussi pour leur bien en leur évitant ainsi de prendre des risques inconsidérés, une seule réponse : une punition sévère qui fait du bruit.

Vues d'Afrique
Vues d'Afrique