Respect de soi ( SEBRI ABENTI )

Respect de soi ( SEBRI ABENTI )

Il est certain qu’avant de prendre la décision de rompre, elle avait passé en revue toutes les répercussions de son acte, notamment l’impact que le divorce aurait sur ses enfants qu’elle aimait par-dessus tout, ainsi que les difficultés que peut rencontrer une femme divorcée dans une société comme la nôtre. Mais le dilemme dans lequel elle se trouvait, était encore plus lourd à porter.

Un débat intense se produisait au fond d’elle-même, la maintenant éveillée des nuits entières et menaçant son équilibre psychique. Une partie d’elle lui dictait de persister dans la soumission, le respect des convenances, l’obéissance aux règles régies par de fausses croyances, pousser au loin le seuil de son corps, en se résignant à vivre les mêmes souffrances, les mêmes frustrations pour le restant de ses jours.

Seulement, son être profond, totalement ignoré toutes ces années durant, s’était réveillé du jour au lendemain, pour ne plus la laisser en paix, déterminé à revendiquer son droit d’exister et d’être enfin heureux, se révoltant contre l’idée de subir constamment son sort sans aucune possibilité d’agir dans sa propre vie.

Est-ce futile ? Ou légitime de réagir après tant d’années ? Tant de questions trottaient sans cesse dans sa tête. Pourquoi ne pas s’autoriser le bonheur, puisque le bon dieu est si clément si miséricordieux envers ses créatures ? Pourquoi l’homme ne se permettrait-il pas de l’être envers lui-même ? 

Et quel message transmettrait-elle à ses enfants, en se maintenant prisonnière dans un foyer déséquilibré, seule – ces derniers ayant déjà pris leur envol – sans amour, face à un mari égoïste insensible qui s’auto-suffit à lui-même, ce qui signifie ne rien partager, même pas un repas avec elle. Lui tournant le dos toutes les nuits, incapable de ressentir la moindre compassion. Manipulateur afin d’avoir le contrôle absolu. Tout doit passer par lui et à elle, aucune initiative. Cela peut aller du simple geste comme déplacer un meuble, ou le choix d’un plat à la place d’un autre…gouverner librement chez soi.

Cela peut paraître bien banal, mais c’est un ensemble de petites doses qui avait pour but de lui ôter tous les plaisirs de la vie. Elle avait beau s’appliquer pour le satisfaire, il critiquait tout ce qu’elle faisait, la ridiculisait et n’hésitait pas à utiliser ses points faibles pour la rabaisser. Il lui ferait porter même les fautes dont il est entièrement responsable.

Face à une situation elle faisait toute une gymnastique d’esprit réfléchissant avec le raisonnement de son mari au point de perdre tout objectivité, toute autonomie. Son but était de la déstabiliser pour ne lui laisser aucune chance de s’affirmer.

La différence d’âge, le rapport de force et plein d’autres choses ont fait qu’il a réussi à avoir une telle emprise sur elle et agir en même temps comme bon lui semblait : Il se donnait tous les droits, rentrer à une heure tardive, voyager presque tous les weekends pour se ressourcer loin de son foyer et  au retour à la maison il était tyrannique, désagréable, en criant tout le temps et ne lui adressant la parole que pour lui rappeler un devoir, critiquer son comportement,  se moquer d’elle de sa façon de s’habiller en la comparant à des êtres ridicules à ses yeux, comme pour lui dire (tu n‘es qu’une  moins que rien).

A force d’entendre ces méchancetés, du matin à peine réveillé, jusqu’au soir, on finit par douter de soi. Il lui a fallu peu de temps pour lui faire perdre totalement confiance en elle, au point de ne plus supporter son propre reflet dans le miroir.

Elle se sentait mal comprise et tentait de se justifier en permanence, se vidant de toute son énergie inutilement. Et pour éviter des conflits supplémentaires, elle a dû se laisser faire durant toutes ces années.

Mais comment aurait-elle pu s’imposer face à une personne munie de toutes les armes possibles et qui  n’attendait que la moindre réaction de sa part pour attaquer, comme si on  lui avait enseignée que le mariage était une guerre, alors qu’elle recherchait inlassablement son affection et son amour, mais c’est trop demander à une personne qui est incapable de vous respecter, égoïste jusqu’au bout des ongles… tellement indépendante affectivement parlant au point de se sentir inutile pour lui… au point de la réduire à un objet en vitrine…une vitrine indispensable pour sa place en société …

Oui, elle était bien loin de cet être imaginaire qu’elle s’était jurée de chérir, séduire et prête à se plier à toutes ses exigences bien avant même de le rencontrer juste pour prétendre faire mieux et toujours mieux que ses parents divorcés. Elle s’était ainsi préparée à toutes les situations afin de ne jamais revivre le même échec …Ce dont elle n’était pas consciente, c’est qu’elle se conditionnait ainsi à accepter toutes les humiliations de sa part…

Cet homme avait un comportement irréprochable avec les gens, les proches l’aiment bien, il faut dire qu’il est très soucieux de sa réputation coûte que coûte, les enfants ne manquent de rien non plus, et ce n’est qu’avec elle que le caractère pervers narcissique se manifestait. De quoi la rendre folle. Elle se martelait constamment par toutes ces questions : méritait-elle autant de mépris ? Ou avait-elle mal interprété ses reproches ? Ou était-ce juste une façon de la protéger ?

Au fil des années il a réussi à l’isoler, elle n’avait pas d’ami, et son univers se résumait à son travail et à sa mère. Mais elle n’avait pas le droit de lui rendre visite autant qu’elle le désirait, ni rester assez longtemps, et le pire c’est qu’elle n’avait pas le droit non plus d’emmener ses propres enfants chez elle. Il jouait sur la culpabilité et n’hésitait pas à appuyer sur les failles pour mieux la contrôler.

Son indifférence envers elle, était cruelle de jour en jour. D’année en année. Avoir un mari qui vous tourne le dos, elle ne savait pas comment interpréter cela.

Il avait cette capacité de se suffire à lui-même depuis le tout début et un simple petit malentendu pouvait déclencher une dispute puis un silence qui durait des mois.

Il était là, tranquille en paix …à attendre qu’elle fasse le premier pas, car monsieur ne se remet jamais en question, c’est lui qui a toujours raison et c’était peine perdue d’essayer de le convaincre du contraire. Alors qu’elle bouillonnait dans son coin, se demandant si ce besoin d’affection, d’aimer et d’être aimée était pathologique.

Très souvent, son subconscient la réveillait en plein milieu de la nuit avec une question qui la faisait sursauter : « qu’est-ce que je fais avec ce type ?? Qui n’est qu’un mur avec qui toute discussion est quasiment impossible. » Et pour vivre en paix, il fallait faire exactement ce que lui a décidé, s’effacer tout simplement, et inhiber ses propres désirs.

Par moment, il lui arrivait de mettre sa fierté de côté et prendre l’initiative de s’approcher de lui, recherchant un peu de chaleur humaine. Mais il finit un jour par la rejeter violemment en criant de toutes ses forces “laisse-moi tranquiiiiiiiille“. Ce cri provenait des profondeurs comme pour arracher une sangsue agrippée à son cou…

Prise au dépourvu et choquée par l’extrême violence de sa réaction elle éclata en sanglots face à ses 2 enfants 5 et 3 ans tout aussi abasourdis.

Touchée dans son amour propre, elle prit la décision de ne plus l’approcher même si cela doit durer des mois, tout en guettant le moindre petit pas, un simple câlin exprimant un besoin d’affection mais en vain.

Des années sont passées sans jamais désespérer que leurs rapports s’améliorent, et par mille façons, elle déployait tout type d’effort : d’abord par la douceur et la gentillesse mais il en était insensible, puis en tâchant de s’imposer, espérant rétablir une relation claire, sincère et dissiper le malaise qui semblait habiter leur couple éternellement. Elle essayait encore et encore, sans relâche, pour qu’il lui dise un jour qu’elle n’a pas cessé de l’exaspérer.

Elle a avalé des couleuvres et des couleuvres et plus elle en avalait, plus elle en méritait d’autres. Et tout cela pourquoi ?

Non !!! Ce n’était pas seulement qu’elle voulait préserver ses enfants, mais aussi il s’agissait du fait qu’elle était incapable d’affronter son propre divorce alors qu’elle n’avait jamais fait le deuil de celui de ses parents.

Elle comprit finalement, qu’on ne peut pas changer une personne, que ce type n’avait nullement besoin d’une femme et qu’il ne s’était marié que pour avoir des enfants et un rang social.

Puis elle finit par se résigner. Ses enfants étaient devenus sa priorité, elle s’était donnée corps et âme en enterrant tout le reste, mais il fallait dorénavant lutter contre un mal-être profond qui l’envahissait de jour en jour.

On peut dire qu’elle frisait la dépression, masquée sous une apparence joviale. Elle perdait le contrôle d’elle-même en faisant des choses qui ne lui correspondaient plus et en allant à l’encontre de son intégrité. Bien sûr, elle aurait pu anesthésier son psychique par des antidépresseurs en donnant raison à son mari qui lui répétait souvent “tu es née malade ma chérie et tu resteras toujours malade.”

Elle aurait pu ainsi être son propre bourreau en dénigrant ses souffrances. Mais le voile était tombé laissant paraître une vérité. Tout était clair à présent.

Au fil des années, elle réussissait en dépit de tout, sporadiquement, à retrouver un semblant de paix en composant avec d’autres alternatives, jusqu’au jour où le seuil de ses capacités de résistance fut atteint. Ce jour-là, c’est son corps qui s’est effondré, elle n’avait jamais autant pleuré de sa vie que ce jour-ci, où son esprit commençant à réaliser que pour sauver sa peau, il fallait se réconcilier avec le mot « divorce ».

Alors elle choisit la vie !!!!!! Et pour se reconstruire, elle prit la décision de créer de la distance au sein du son couple.  Se débarrassant petit à petit de son emprise.

Il lui arrivait néanmoins de passer par des moments de doute où elle se sentait tiraillée par le bouleversement qu’elle pourrait causer à ses enfants, par la peur de décevoir bien nombre de personnes et d’aller à l’encontre de tout un système en sortant de sa zone de confort pour se diriger vers l’inconnu.

Fallait-il qu’elle se maintienne dans sa cage dorée et se condamner à être une mère émanant une morosité constante ?

Pour prendre une telle décision elle avait besoin du soutien de ses proches, mais elle avait beau crier sa souffrance, tout le monde autour d’elle désapprouvait sa démarche. Et même qu’ils complotaient à son insu pour la décourager et l‘empêcher d’aller jusqu’au bout, avec la complicité de son mari qui n’hésitait pas à la faire passer pour une dépressive.

Comment pouvait-elle espérer leur appui, puisqu’eux-mêmes avaient abandonné l’idée de croire au bonheur et semblaient s’accommoder avec une épine plantée dans le corps, au point de devenir partie intégrante de soi.

Vingt-cinq années sous le toit d’un PN (pervers narcissique) l’avaient rendue tellement vulnérable. Ayant perdu toute son autonomie, elle comptait beaucoup sur l’appui de sa mère. Celle-ci bien que très affectée par le mal qu’on affligeait à sa progéniture, refusait catégoriquement de lui accorder son approbation. Probablement que sa fille lui rappelait son propre divorce mal vécu dans le passé et ne put que la décourager à aller de l’avant, tout en calquant son expérience à la sienne.  « Tu dois te soumettre à ton destin, seul le bon dieu est en mesure d’intervenir dans l’intérêt de tous, cependant si tu t’obstines à le quitter, tu feras plus de tort à toi et à toute la famille » Mais Amal était rendue à un état où elle n’était plus capable de continuer.

“Sebri” était devenu le mot le plus irritant.

“Résiste ma fille tout finira par passer”. “SEBRI A BENTI” répétait sans cesse son entourage, réduisant à néant toutes ses plaintes.

Puis auprès de sa grande mère, elle tenta un jour de chercher du réconfort en lui comptant durant des heures le pourquoi de son ras le bol, justifiant son besoin de fuir afin de sauver sa peau. Celle-ci, si douce et bien vaillante pourtant, n’avait rien voulu entendre de tout cela. Elle prétendait avoir subi bien pire dans le passé. Alors elle tenta à son tour de lui faire entendre raison, car rien ne justifiait que l’on dérange l’ordre social, en lui énumérant tous les éloges qu’elle voyait en son gendre :

“Ma fille ton mari est un homme sympathique, intègre, de bonne famille, médecin, responsable le papa de tes enfants.”

Poussée à bout, Amal la contraignit à se taire en lui disant une chose absurde “mais pourquoi tu ne le prendrais pas grande mère comme époux ? Puisqu’il est si parfait ?”

Celle-ci, le visage tout fripé, le regard figé, étonnée par l’absurdité de ces propos, se tut un instant, puis éclata de rire.

Amal se retira et alla se réfugier seule dans ses pensées. Et pour calmer son bouillonnement, elle se mis à écrire.

Oui, écrire était bien devenu le seul moyen de transcrire son émoi afin de se déposséder de tout ce qui torturait son esprit.

J’aurais aimé à travers cet écrit pouvoir tourner une page sur le passé, et partager mon histoire avec toutes les personnes hommes ou femmes qui se reconnaîtront dans ce récit, qui souffrent en silence et pour une raison x, n’ont pas d’autre choix que de contenir leur révolte.

Transmettre à ceux qui désirent récupérer une partie essentielle d’eux-mêmes, égarée, à savoir : leur dignité et leur confiance en soi, que rien n’est impossible lorsqu’on y croit, mais chut !! Ne le dites à personne.

Car il y a les autres, qui vous freineront dans votre élan parce qu’ils ont cessé de croire au bonheur. Ils se contenteront de vous mentionner cette phrase fatidique “la vie est ainsi faite … faut pas nager contre le courant.”

Faut dire qu’il est bien plus facile de se ranger du côté de ces gens-là plutôt que de mener un combat laborieux, d’abord contre soi-même en affrontant son ego, ses croyances, ces idées reçues depuis le jeune âge qui vous démunissent de tout sens logique, puis contre ses peurs amplifiées par la crainte du changement. Mais renoncer c’est enterrer une partie essentielle de soi et se retrouver face à un gouffre intérieur qu’on ne peut combler.

Alors ! Pourquoi ne pas oser croire en soi et crier haut et fort à tous ceux qui veulent bien l’entendre que vous êtes seule, capable de diriger le gouvernail de votre vie qui est censé vous conduire  à votre bien être le plus profond ? Votre paix intérieure.

J’aimerai – tant pis si c’est prétentieux de ma part – allumer ne serait-ce qu’une moindre étincelle dans le cœur mort de toutes ces personnes résignées à subir soi-disant “leur sort “, toutes ces personnes que les proches ont couronné de bravoure et de sens de devoir, à éveiller en elles le besoin d’avoir envie et d’enclencher tout le potentiel qu’elles renferment, au lieu de se laisser consumer.

Bien que la rupture allait être une phase douloureuse à traverser pour chacun des membres de sa famille. Elle était persuadée, en revanche, qu’elle offrait ainsi la possibilité à ses enfants de remettre en question l’image du couple. D’oser espérer une toute autre vision, basée sur l’amour, ce sentiment noble qui signifie forcément le respect de l’autre dans son intégrité, sans avoir à lui imposer une manière d’être pour répondre à nos propres attentes.

Aimer, c’est aussi tisser des liens d’amitié pour ressentir le plaisir d’être ensemble et construire une vie à deux.

Et puis enfin, c’est oser laisser une porte ouverte en soi – sans crainte d’être jugé – pour le libre-échange d’énergie positive qui nourrit l’âme et apaise le cœur des fardeaux du quotidien. 

A suivre…………