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Travailler, consommer et consumer…

Docteur Belkassem Amanzou

Vues d'Afrique

Le terme «travail», apparu au 12è siècle, est dérivé du mot «travailler», issu du latin «tripaliare», qui signifie torturer, tourmenter… Le même sens était véhiculé par les termes forgés d’une déformation de «tripalium», un instrument formé de trois pieux, auquel on attachait les animaux pour les ferrer ou les soigner, ou les esclaves pour les punir.

Ce n’est qu’à partir du quinzième et seizième siècle que le mot a commencé à prendre l’acception que nous lui connaissons aujourd’hui (sens d’une activité productive). Les «révolutions» française et américaine apporteront leur lot de changements avec la suppression des corporations et la mise en place de nouvelles procédures.

Par la suite, le capitalisme avec ses avancées technologiques et industrielles a complété le reste. Et dans la deuxième moitié du vingtième siècle (l’après Mai 68 en France), la «révolution managériale» emballera l’aliénation, sous toutes ses formes, sous de nouveaux concepts «doux» pour assurer une stabilité de l’entreprise, favoriser la production et de nouvelles formes d’esclavage moderne.

La servitude moderne a pris corps. Ainsi, on ne parle plus de «licenciement», mais de «plan social». On n’utilise plus le mot «chômeurs», mais de «diplômés à la recherche d’emploi». On n’emploie plus l’expression du «service du personnel», mais de «ressources humaines».

Sur ce registre, l’élément humain devient, sans s’en rendre compte, une «ressource» comme toutes les autres utiles et indispensables au fonctionnement de l’entreprise.
De même encore, une politique de suppression des emplois est appelée un «plan de sauvegarde d’emplois». Et du coup, l’entreprise, qui devait être au service de l’être humain, roule pour engranger les bénéfices des actionnaires.

Et en fin de compte, l’équation selon laquelle le développement économique qui devait être au service du développement social s’est inversée pour souligner que c’est le développement social qui est devenu au service du développement économique, comme le conclut, Vincent de Gaulejac, sociologue et professeur des universités émérite français.

Une analyse partagée d’ailleurs par d’autres penseurs contemporains. Dans ce contexte, on parle de formation adaptée au monde de l’emploi, tout en signifiant par la suite aux futurs diplômés que cette formation ne garantit pas l’emploi. De plus, les formules de management articulées autour du «rendement», sans mettre en place les moyens de travail décent et productif, fragilise l’emploi et précarise la situation des travailleurs. Et l’atomisation conjuguée à l’individualisme fait pencher la balance en faveur du capital.

Ainsi, le travailleur ne défend plus l’ordre de la Place dans laquelle il travaille, mais bataille pour favoriser sa place dans l’Ordre du travail. Ici, tous les moyens sont bons pour les sans scrupules. L’homme pourrait céder sur tout ce qu’il a de plus précieux, sa dignité et son honneur, et la femme pourrait troquer sa chair en contrepartie d’un certain favoritisme.

Le comble est que la femme accepte cette «souffrance» au nom de l’émancipation et de l’égalité pour reléguer au second plan l’éducation de ses enfants. Le grand mal est que toutes ses «souffrances» (travail) ne servent en fin de compte qu’à «remplir» le réfrigérateur. La dimension passionnelle et pulsionnelle. Travailler, consommer et consumer. Voilà la trilogie !!!!

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