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Les veillées des ombres, épisode 5

E-mail 16
Bonjour Mehdi
Ces derniers temps alors que je déambulais dans la médina avec des amies, j’ai pu constater qu’après tant d’années, le paysage était toujours authentique: les mêmes vieilles fontaines, les veilles places, les musées, et surtout le même dynamisme des d’artisans. Les sons, les couleurs les odeurs  y étaient encore au rendez-vous. Et le parfum particulier du pain cuit dans les fours traditionnels de quartier, embaumait l’atmosphère, évoquant en moi des souvenirs si lointains d’un séjour inoubliable.
 Une boulangerie mitoyenne à la chambre de Omar, faisait cuire le pain, aux aurores. Je revois encore le mitron nous lancer le pain encore brûlant du rez-de-chaussée, que nous interceptions par la fenêtre.

Hier, je me suis endormie paisiblement, heureuse de t’avoir enfin retrouvé. Au fond de moi, une plénitude que je ne peux exprimer par des mots, si ce n’est cette impression de tenir fermement entre mes mains, la clé de mon bien être, et que je  suis tout simplement incapable de m’en détacher, même si je dois me contenter d’un ami. Et quel ami ! Celui là, qui malgré nos divergences dans nos vies, partage les mêmes valeurs les mêmes rêves, assoiffé des mêmes besoins de vie, en quête d’une harmonie pure et simple.

Par contre une brûlure atroce déconcertante, dans mon sein m’extirpa de mon sommeil, en plein milieu de la nuit. Dans mon inconscient une contrariété que je ne contrôlais pas…en effet, alors qu’éveillée, je prenais conscience petit à petit de ce qui manquait réellement dans ma vie, l’autre partie de mon cerveau était en train de mesurer l’ampleur du bouleversement qui découlerait d’une suite possible de notre histoire… ce fut trop  compliqué à cet instant, d’envisager une quelconque issue. Je choisis alors de me réconforter et me contenir dans cette phrase  que tu m’avais dite le premier jour:« laissons Dieu décider de l’avenir. »
Mehdi, ce qui nous arrive en ce moment, est toujours invraisemblable pour moi.
Je n’arrive pas à l’expliquer d’une manière objective. J’ai l’impression d’explorer mon inconscient, et d’y déterrer un amour de jeunesse aussi pur que naïf, qui y hibernait étrangement toutes ces années.

Durant toute ma vie je n’ai pas cessé de douter de moi, en me  reprochant  une insatisfaction due à une avidité profonde. Mais toutes les fois que je faisais part de mes sentiments à ceux qui m’entouraient, on me certifiait que le monde vivait ainsi. la vie serait-elle faite d’un monde déguisé en clowns faisant bonne figure? bien sûr que non, du moins pour ceux qui ont eu la chance d’être dans un alignement parfait, une connexion d’âme à âme, leur procurant une joie intense, une complicité hors du commun.
                 Amale.


Mehdi, sans la moindre ombre d’hésitation et au bout de seulement quelques jours des retrouvailles, avait déclaré son amour à Amale.
Était-il il trop tôt pour faire une telle déclaration. Aucun doute n’avait pu entraver cette décision, encore fallait-il faire preuve d’une énorme retenue afin de taire ce sentiment et d’en reporter la révélation. Il ne put tout simplement pas s’y soustraire.
Pour Mehdi, il n’y avait là aucune innovation dans ses sentiments, il n’avait jamais cessé de l’aimer, et de penser à elle durant toutes ces années. Lui avouer son amour était dans l’ordre des choses.


Mehdi depuis déjà plusieurs années vivait avec ses parents. Il avait décidé d’en prendre soin, et les garder chez eux, dans leur environnement. Sa sœur cadette et son plus jeune frère avaient opté pour une installation des parents dans une maison de retraite. Mehdi s’y opposa vigoureusement et pris la décision d’aménager avec ses parents.

L’angoisse; a cette capacité de se faufiler furtivement et en douce, le temps de s’en rendre compte, elle avait sévi déjà.

A quoi bon chercher l’absolution. Le pardon peut à lui seul  se charger de la tâche, Mais le pardon ne se donne, ni se prend, il se ressent.

Mehdi était conscient que pour accéder à la paix intérieure, il fallait accorder son pardon à Paola son ex-épouse, encore fallait-il qu’il accepte qu’il n’y avait pas faute. Cette dernière l’avait certes profondément blessé, mais son acte n’avait rien de prémédité ni d’intentionnel. C’était juste arrivé.  Il y a certaines choses qui ne peuvent outrepasser les codes de la légitimité ni se soustraire à la réalité des faits et ce fut un défi de taille que d’accorder clémence à cet écart de conduite. Alors il décida de s’en remettre à Dieu, et de faire abstraction de tout sentiment de culpabilité.

Toutes ces années passées en solitaire, avait appris à Mehdi à s’apprivoiser, à se découvrir et à faire la paix avec lui-même. Le silence pouvant des fois être assourdissant, il avait appris à s’en accommoder et à s’en faire un allié indéfectible. Mais là, il n’était plus seul. Tout s’était produit probablement un soir où le ciel s’était déchiré, permettant à deux âmes de se retrouver, et se faire le plus noble des serments : dorénavant nous ne nous lâcherions plus la main. Quoiqu’il arrive, quoi qu’il advienne nos cœurs seront liés par les liens sacrées de l’amour. Un amour dont la mémoire remonte à très loin.


E-mail 17
Bonjour Amale

Une simple amourette d’été sans suite…Oui mais…  À travers des préjugés enseignés, j’avais combattu ce sentiment qui rendrait l’homme extrêmement faible selon leurs dires.
Vous ! mes parents qui m’aviez enseigné les valeurs de la vie, le respect d’autrui, l’honnêteté la compassion, le respect de l’aîné, la reconnaissance pour ceux qui nous ont appris. Vous m’aviez préparé pour un monde idéal. Vous m’aviez offert en pâture et j’étais le dindon de la farce. Vous  ne m’aviez jamais parlé de l’amour, vous m’aviez parlé de bien des choses, vous m’aviez puni d’avoir commis bien des choses, mais de l’amour vous ne m’aviez jamais touché mot. Oh! Si !
Un sentiment pour les faibles, pas un mot de plus. Un homme ça ne danse pas! Et voilà le résultat.
«Tu te tortures mon fils! aurait dit ma mère. Moi qui voulais que tout soit simple pour toi…n’y vas pas ! tu ne trouveras que souffrances et regrets.
-Ne parle plus maman et ne t’en fais plus pour moi…je ne t’en veux pas du tout.Tu as fait ce tu pensais être le mieux pour moi, selon tes connaissances, tes valeurs et ton bon sens.
Je sais que tu as fait abstraction de bien des principes si chers pour probablement m’accorder un répit, tu l’as fait à travers tes contraintes, tes humeurs, je ne t’en veux pas! je te le confirme.
-Si tu y vas c’est à tes risques et périls…ton être et ton avoir vont devoir se déclarer la guerre et tu devras en assumer les conséquences et en être seul juge. Tu vas devoir trancher entre ton âme et ton égo. Veux-tu en faire les frais?
-Mon amourette d’été me rattrape, intensément et mélodieusement m’interpelle comme un doux devoir.. un sentiment inexplicable, beau et noble, dépourvu de toute résistance. Je ne puis par les mots l’expliquer.
Si tu comprends le langage du cœur, parle lui, il est le seul à pouvoir te l’expliquer.»
 
La vie s’inspire du temps, bien que cruel le temps est juste et pur…La pureté de nos pensées nous raccommode avec notre réelle dimension…nous nous mettons en harmonie avec notre réalité, c’est ce que je serais porté à baptiser « Le pacte entre l’âme et l’orgueil ».
Deux antagonistes, de nobles origines se disputent ma destinée…L’un est guerrier, l’autre est paix..Qui puis-je croire ? moi qui par bien des intentions suis devenu terre aride et fertile pour les semences du cruel doute…  par tant de croyances j’ai semé des graines..je les ai inlassablement récoltées…Un jour dans un tout petit minuscule coin j’ai, sans le comprendre semé quelques roses….Par  mégarde j’ai osé prendre un court et simple moment afin de m’offrir un sourire.
 
Jovial instant par tant de contrastes ! Souffrances je vous aime.
Vous m’avez fait découvrir votre antagoniste…
 
Je ne sais pas ce qui m’arrive, je m’extériorise en toute confiance. Je me dois de faire une pause, mes écrits m’ont vidé de toutes mes énergies. Je vais aller dormir. Bonne nuit Amale, tu vas adoucir mon sommeil… le son de ta voix… je t’aime.
                Mehdi.


E-mail 18
Cher Mehdi
Plus j’avance en âge, plus je saisis mieux le sens de ce célèbre dicton arabe: tu ne possèdes réellement que l’instant présent.
Le futur ne nous appartient pas. Alors vivons l’instant présent seulement ! Vivons le pleinement comme un cadeau du ciel, après tant d’années de souffrances!
Percevoir cet amour comme une heureuse coïncidence non planifiée ni calculée. Vivons-le sans crainte, sans contrainte sans penser à l’avenir, afin d’effacer ce vieux souvenir si frustrant.
 Ta maman ! Elle, pour ton propre bien, pensait pouvoir planifier ton avenir et le destin en avait décidé autrement. Cet amour que tu as voulu ignorer, refouler tant de fois, te rattrape 30 ans après. Qui aurait dit cela, il y a 25 ans ou même 2ans auparavant.
Je ne suis pas en mesure de promettre quoi que ce soit.
J’essaie de comprendre ce besoin de te chérir, de te faire du bien.
Je ne soupèse pas mes mots, je me contente de me laisser aller, et de lâcher prise. Est-ce que je suis en train de jouer avec le feu?
Peut-être bien que tu représentes tout ce qui avait manqué dans ma vie, et que si  nos émotions respectives sont de l’ordre de cet apaisement c’est parce qu’elles sont liées à notre vécu et nos frustrations.
C’est pourquoi, ne prenons rien au sérieux. Accorde-toi un peu de temps avant de tenter de reconstruire. Évoluons, mûrissons ensemble… puis adviendra que pourra!
Mais, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour Nora. Et sache que jamais je ne t’en voudrais si tu décidais d’entreprendre une relation dans un futur proche ou lointain.
        Amale.


E-mail19

Je t’aime sans préméditation. Je ne peux ni ne veux l’expliquer, sinon le vivre afin de préserver toute la noblesse de ce sentiment. Je n‘en préserve aucun ni le moindre doute de la tendre valeur de mon affection pour toi. je serais malheureux avec n’importe quelle autre femme, mon cœur t’a toujours appartenu, je le savais mais je le réfutais sachant qu’il était trop tard, que j’avais raté ma chance, je l’avais compris le jour où j’étais venu te voir à Rabat… trop tard les jeux étaient faits.
Bien des soirs je sortais ta photo seul souvenir de ces moments tendres et féeriques, je la regardais, je l’embrassais et soigneusement la rangeais.
Le jour où j’avais commencé à espérer te revoir c’était lorsque ma tante Khadija m’avait appris que tu étais malheureuse.
Dès cet instant tu as occupé mes pensées.. sans relâche jusqu’à t’avoir retrouvée et c’est toi qui a osé faire le premier pas, je t’aime et c’est simple.
 Je ne peux plus m’imaginer partager mon bonheur avec nulle autre personne que toi, et pour ça je suis près à attendre lonnnnnngtemps.

       Je, patiemment, t’attendrai,
       Comme une feuille au gré du soleil
       Je resterai couleur de ma naissance
       Je résisterai et j’attendrai…je peux…tu sais!
       La nuit endort le jour et lui à son tour réveille la nuit
       Et moi à la branche de l’espoir, j’accroche ma verdure
       Soleil levant, tu me réveilles….je ne dors plus!
Tu es devenue mes pensées et je ne puis me résigner à autre avénement que toi. Chaque homme de tout son vécu convoite un rêve un trésor. Tu es l’aboutissement de tant de peines et de recherches, tu es mon unique et si convoité trésor.
Sœur de mon âme retrouvée, je m’apprivoise à ton sourire, nos cœurs se parlent un étrange langage… soupir, joie, rire peine… si proche de mon cœur, si loin de toi.
J’ai très souvent réprimé mes mots…je ne veux plus, je sais que je suis ce que j’exprime.
Pour le moment ta suggestion semble être la meilleure.
Allons-y doucement, exprimons nos sentiments sans frein aucun.
              Mehdi.



Par tant d’émotions, leur cœur battait violemment la chamade chaque fois que leurs voix s’entrecroisaient au bout du fil. Elle qui voulait; vibrait de l’intérieur(la lettre au comédien) là voilà bien servie!
Mais bien que tous ses mots résonnaient en elle, bien qu’elle ne  doutât  pas des sentiments de Mehdi, elle avait du mal à y croire.Trop beau pour être vrai ! Se disait-elle.
Si à lui, on avait enseigné que l’amour rendrait l’homme extrêmement faible, à elle, on avait dit que les hommes étaient tous des menteurs, et qu’il fallait se méfier particulièrement des beaux parleurs.
Et non seulement cela, mais surtout durant 25 longues années, elle ne reçut pratiquement jamais de compliments ni une quelconque reconnaissance. Elle n’avait eu droit qu’à des injures méprisantes qui déferlaient à tout bout de champ, et à force d’être maltraitée méprisée, toutes ces injures finissaient  par l’atteindre et par déteindre sur elle pour altérer son estime de soi.

Elle finit par se rendre à l’évidence et par accepter d’accueillir tous ces sentiments occultés de part et d’autre, le jour où il lui montra à travers l’écran de l’ordinateur une photo d’elle qu’il avait soigneusement conservée, bien rangée à l’intérieur de son calepin, plus de trente ans. Il lui avoua qu’elle ne l’avait jamais quitté, malgré les nombreux déménagements effectués tout au long de sa vie.
Sans perdre une minute Ils redevinrent deux ado, reprenant le cours de leur histoire là, où elle avait été interrompue, impatients de découvrir tout ce qui n’avait pas été dit dans le passé. Ils se projetèrent 30 ans en arrière, et retrouvèrent la légèreté de ces moments là, afin  de revivre les mêmes émotions avec un esprit aussi pur que naïf, de croire en quelque chose qu’ils avaient cessé d’espérer puis oser espérer encore et encore. Un espoir qui leur redonnerait goût à la vie. Ils méditèrent et s’émerveillèrent comme si toutes les couleurs venaient de renaître autour d’eux, les allégeant des  fardeaux du quotidien, adoucissant les traits de leur visage endurcis par une réalité trop triste, trop stressante ou trop banale.

Chaque minute passée ensemble les renouait avec un bonheur si doux et si intense leur permettant d’avancer d’un pas ferme et de ne penser à rien d’autre qu’à la douce chaleur du moment qui constituait d’ores déjà leur rayon de soleil, leur bouffée d’oxygène.
Ils se libérèrent une bonne fois pour toute en ouvrant leurs cœurs respectifs et en dénudant  leurs âmes en toute confiance, faisant  tomber tous les masques, dépassant les faux semblants pour aller ainsi à l’essentiel de leur être, et voir l’autre dans sa vulnérabilité et sa beauté, tissant ainsi des liens d’amitié indéfectibles. Et ensemble, ils pansèrent leurs blessures décortiquant point par point afin d’analyser leur passé, et  réajuster leurs perceptions, sans pour autant imposer leur point de vue et en respectant les convictions de chacun.
Ils passaient des heures interminables et dès week-end entiers au bout du fil jusqu’à l’épuisement, sans nullement se lasser, afin de rattraper tout le temps perdu, en ayant cette envie pressante de tout découvrir de l’autre de tout déballer, enchaînant des discussions profondes  intellectuelles ou autres.
Ces moments de la journée, devenus privilégiés, où ils se retrouvaient pour échanger et nourrir leur âme, les comblaient de bonheur. Un bonheur qu’elle gardait jalousement au fond d’elle même de peur qu’il ne s’échappe, par tant de questionnement.
En peu de temps ils avaient échangé bien plus que ce qu’ils avaient pu communiquer avec leur ex-conjoint respectifs en plus de 20ans de vie commune.

 E-mail 20
Bon matin ma douce
Si le temps pouvait me donner une chance
Je lui dirais bien des choses
Il te les rapporterai, il te soufflerait « je t’aime »
 J’en ai peut être trop dit …il me dirait « Assume!»
Fleur des terres arides…si lointaine
Sans eau ni ombre tu subsistes
Je souffre de ne point arroser notre amour
Tu me dis inchaallah et je te crois.
       Mehdi.

E-mail 21

Au cœur de cette fleur réside une rosée inépuisable, nommée  espoir, survit patiemment dans une terre aride, et se laisse, caresser par ce vent du bon matin lui parvenant de très loin.
Celui-là si doux si agréable est chargé d’éveiller ses sens et ces arômes, et que si elle pouvait lui souffler mot, elle dirait simplement enfin te voilà!

             Amale.

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A suivre…

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