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Les pièges à «clics» et les publicités sexistes…

Par : Docteur Belkassen Amenzou

Vues d'Afrique

La démarche se résume ainsi. Un titre accrocheur souvent puisé dans les registres du sensationnel, du passionnel et du pulsionnel, illustré d’une image véhiculant un mélange de sensations, serait l’arme fatale servant aujourd’hui le «clic» à l’ère du numérique.

En effet, la personne dépourvue d’immunité intellectuelle se trouve facilement emportée, en cliquant inconsciemment sur le lien afin de voir, pas forcément de lire l’article au cas où il y en aurait d’abord un dans le bon sens du terme.

Quoi qu’il en soit, dès que la fenêtre s’ouvre, des publicités lui sautent brutalement au visage à la manière d’une embuscade. En ce bref instant et surtout sous l’effet de la surprise, la raison est court-circuitée, laissant le pouvoir au cerveau reptilien, état-major des instincts de survie et des besoins fondamentaux.

Ce n’est qu’après avoir consommé la soupe publicitaire servie que la personne tombée dans l’embuscade aperçoit généralement en bas du coin droit de l’écran une annonce lui proposant d’«ignorer l’annonce». Et dans plusieurs cas, le visiteur pourrait abandonner tout ce spectacle désolant, mais sans pour autant échapper à la publicité. Ce qui pousse à croire que plusieurs supports ne travaillent aujourd’hui que sur les «titres» pour se vendre en tant qu’excellent support publicitaire.

Mais à force d’user, d’enfoncer le clou sur cet axe et en se copiant les uns les autres, en plus de la domination de «ce dont on parle», ces supports ont fini par banaliser et galvauder tout un panier de «titres» : «comment le violeur a …. », «les détails du crime odieux…», «scandale», «nouveau scandale», «les dessous de telle affaire», «voici ce qui vous attend», «voici les nouveaux changements», «ce qu’il en est réellement de …. », «ce qu’a dit tel responsable», etc.

Même les notions de «scoop» et d’«exclusif» n’ont plus la même résonnance sémantique et médiatique sur cet axe. Du coup, l’effet semble réellement réduit comme une peau de chagrin. Mais, malgré cette décadence, ils s’accrochent et se bousculent au portillon de l’annonceur pour lui faire croire que leurs canons à coups de mots seraient toujours efficaces.

Et puisque les annonceurs ratissent large, ils achètent à ce titre le «temps de cerveau humain disponible», selon l’expression formulée en 2004 par Patrick Le Lay, alors président directeur général du Groupe TF1. Mais, ils payent à la tête du client. C’est dire dans ce sillage que des annonceurs, qui ne cessent de dire qu’ils mettront un terme aux publicités mensongères, sexistes et trompeuses, promettant d’instaurer une «publicité responsable», ne sont en réalité que des pompiers pyromanes.

C’est ainsi que les uns et les autres servent consciemment et inconsciemment la roue de l’idéologie dominante qui roule à tombeau ouvert, rendant l’objet désirable par les tapages publicitaires et provoquant le désir qui devrait être satisfait : celui d’acquérir l’objet, confortant le règne du «fétichisme de la marchandise», selon l’expression de Karl Marx.

La machine ainsi lancée ne fait que croitre des désirs, qui après leur satisfaction engendrent l’ennui. Et pour s’en sortir, d’autres désirs sont provoqués et devaient être comblés. Ainsi, le monde, logé dans son monde passionnel, se trouve plongé dans un cycle infernal. En cherchant à ajuster le monde aux désirs, et non pas les désirs au monde, le désir devient, selon l’expression du philosophe allemand, Arthur Schopenhauer, «la cause principale de la misère humaine».

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