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Maroc/Spoliation immobilière : Moussa ElKhal, LA VIE S’APPELLE… RIEN

«Chacun de nous arrive un matin dans ce monde avec Rien. Pendant notre séjour, on se bat contre tout, pour tout et on veut tout avoir. On lutte contre tout le monde, y compris la nature qu’on a trouvée.

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On veut absolument bien y vivre. On se construit des maisons, on s’achète des voitures, on se marie et on fait des enfants. On se dispute violemment parfois avec ses frères, ses soeurs, ses amis, ses voisins. Et on leur en garde même de la haine. On ne tolère rien.

Et un jour, on repart de la même manière qu’on était venu, c’est à dire avec Rien.

La manière dont nous repartons nous amène à penser que d’ici 100 ans par exemple, c’est à dire vers les années 2123, nous serons tous partis. Nous serons tous sous terre avec nos parents, nos amis, nos femmes et même avec les enfants qui sont nés aujourd’hui.

Des étrangers vivront dans nos maisons construites pourtant de haute lutte. Ils récupéreront toutes nos propriétés d’aujourd’hui et nous ne serons plus là pour les en empêcher. Eux mêmes ne nous connaîtront pas. En vérité, combien d’entre nous connaissent le père de leur grand père ? Difficile à savoir.

Nous ferons partie de l’histoire dans la mémoire de nos générations, tandis que des gens oublieront nos noms, et même nos formes.

C’est en ces moments là que nous réaliserons à quel point le rêve de tout obtenir dans la vie était présomptueux et finalement absurde. On se rendra également compte que la plupart des combats que nous avons menés étaient inutiles, que toutes les insultes, toutes les rancunes, toutes les luttes menées contre ses frères, ses soeurs, ses voisins, ses collègues étaient inutiles, puisque la finalité est la même pour tout le monde.

Que tu aies été Chef d’État ou souverain pontife ! Il n’y a aucun espace climatisé sous la terre pour les vainqueurs de combats ou pour des personnes qui auront été très riches sur terre.

C’est pourquoi, vu sous ce prisme, beaucoup des gens souhaiteraient retourner sur terre pour faire encore plus de bien, mais il sera alors trop tard…

Gardons à l’esprit aujourd’hui que nous avons la possibilité de faire du bien pour nous mêmes et pour les autres, car la seule chose qui restera pour toujours, ce sont nos bonnes actions dans cette vie. Tout le reste, n’est que vanité.

Nous avons encore du temps. Taisons toutes nos haines, changeons nos façons de rester dans ce “bus” car nous effectuons le même voyage pour la même destination. Il est encore temps de nous retourner pour regarder chaque passager dans les yeux et lui dire: “bonjour mon frère, bonjour ma soeur, bonjour mon semblable”. Parce que nous faisons le même voyage pour la même destination.. Et parce que nous rentrerons tous sans…. “RIEN”.» Moussa ElKhal

Le juriste franco-marocain Moussa ElKhal, un homme très engagé

«Tous les pays du monde a des degrés divers sont touchés par la corruption. Rester digne en toute circonstance, c’est ce qui nous manque le plus. Vendre son âme à un homme aussi puissant soit-il, pour un privilège ou un avantage matériel, ne peut que souiller cette âme d’une façon indélébile.» Moussa ElKhal

Le juriste franco-marocain Moussa ElKhal, de l’Association pour le Droit et la Justice au Maroc (ADJM) et assistant de l’avocate Viviane Sonier qui représente les intérêts de plusieurs familles spoliées de leur bien au Maroc. Disait que «seul le roi mettra fin» à la spoliation immobilière, une «mascarade qui n’a que trop durée», souligne qu’il «ne remercierait jamais assez le roi d’avoir pris cette initiative, parce que des milliers de personnes en souffrent». «Je dis bien des milliers de personnes puisque les dossiers trainent pendant de nombreuses et de douloureuses années», martèle-t-il.

Parler des victimes et des dysfonctionnements

Rappelant que l’une des batailles juridiques les plus célèbres est celle dite de San-Victor, étalée sur 65 ans, Moussa El Khal souligne que «pour que le Cabinet royal et sa majesté à sa tête puissent aujourd’hui sonner l’alarme, c’est que nous avons écrit et réécrit depuis six ans». Mais il faut parler des victimes également, estime-t-il.

«Nous sommes dans un pays musulman et en islam, l’héritage est sacré. Et j’ai l’impression qu’au Maroc, il n’y a rien de sacré et l’héritage encore moins, parce que souvent, ce sont des orphelins qui souffrent, des jeunes qui ne savent pas où aller pour trouver leurs droits et souvent c’est aussi des vieux, âgés et malades donc vulnérables. La mafia ne s’attaque pas qu’à eux, mais aussi à tous ceux qui ne peuvent être présents au quotidien pour défendre leurs causes, c’est-à-dire les Marocains résident à l’étranger.»

Le juriste franco-marocain souligne que «la majorité des gens de la justice font un travail énorme et colossal», mais qu’il existe «une minorité de gens de la justice qui ont semé la zizanie et la terreur au sein même des tribunaux». «Si la justice ne règle pas ce problème, rien ne sera fait», avertit-il. Moussa El Khal rappelle aussi qu’il «y a des avocats qui sont impliqués dans ces affaires, qui sont accusés mais qui redeviennent avocats». Et les notaires ? «C’est pareil, ils ne sont pas radiés et donc ils recommencent», nous répond-t-il.

Toujours concernant la spoliation immobilière, le juriste ne manque pas de rappeler son autre proposition qui appelle à répertorier les affaires et créer une juridiction spéciale. «Je viens de voir que toutes les juridictions marocaines devront donner le nombre de dossiers de spoliation, aussi bien en civil qu’en pénal et comme cela on répertorie. C’est une idée que j’avais il y a cinq ans et elle est écrite sur votre site. J’avais dit que l’ampleur est tellement grande qu’il faudrait créer une juridiction spéciale pour notamment relier les affaires entre elles», nous détaille-t-il.

Vers un mécanisme réactif, performant et avec des mesures strictes

Sur un autre registre, Moussa El Khal revient aussi sur les inconvénients de la loi 39-08. Un texte largement décrié par les associatifs, les avocats et les victimes. «Sa majesté fait un travail colossal pour emmener des investisseurs mais malheureusement quand un investisseur prend connaissance de la loi 39-08, et donc apprend que tous les quatre ans, il est obligé de se rendre à la Conservation foncière pour regarder ce qui se passe, et si sa maison est toujours à son nom, quel est le groupe qui va venir ?», s’interroge-t-il.

Il est à rappeler que le ministre de la Justice et des libertés a souligné, lundi, à Rabat, la nécessité d’adopter une approche participative entre les différents acteurs pour des solutions efficaces afin de préserver les biens immobiliers d’autrui et renforcer la confiance dans les institutions chargées de la protections de ces biens. Mustapha Ramid a rappelé, lors de la rencontre, les instructions royales appelant à la création d’un mécanisme réactif, performant et qui veille à l’application de mesures strictes. 

Le ministre s’est également adressé au pouvoir juridiques et à ses responsables, les invitant à accorder une importance particulière aux dossiers de spoliation immobilière et de veiller à des jugements exemplaires qui vont de pair avec la menace que représente ces actes criminels et leurs impacts sur la sûreté immobilière. L’occasion pour lui également d’exhorter les magistrats à accélérer les traitements de ces affaires.

Spoliation immobilière

Les paysans Marocains :

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