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Allocution de son excellence Mr le ministre de l’équipement Nizar Baraka lors de la troisième Conférence Internationale sur l’Eau et le Climat (CIEC)

MONSIEUR LE MINISTRE DE L’EQUIPEMENT ET DE l’EAU Nizar Baraka

Vues d'Afrique

Monsieur le Ministre de l’Agriculture, de la Pêche, du Développement Rural, des Eaux et Forêts ; Mesdames et Messieurs les Ministres des pays frères ; Monsieur le Président du Conseil Mondial de l’Eau ; Chers Membres du Réseau International des Organismes de Bassin ; Monsieur le Haut-Commissaire de l’OMVS ; Monsieur le Premier Conseiller du Ministre des Travaux Publics et du Logement de l’Indonésie ; Mesdames et Messieurs les Gouverneurs de la Région Fès-Meknès ; Monsieur le Président de la Région Fès-Meknès ; Mesdames et Messieurs les parlementaires ; Mesdames et Messieurs les élus ; Invités distingués ;

C’est pour moi, un insigne honneur et un réel plaisir d’ouvrir aujourd’hui la 3ème édition de la Conférence Internationale de l’Eau et du Climat, qui se tient Sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, sous le thème « La gestion de bassin : clé pour l’adaptation et l’atteinte des Objectifs de Développement Durable ».

Je voudrai d’abord vous remercier tous d’avoir répondu présent à cette qui nous réunit pour discuter des défis, que nous partageons tous, liés à la gestion de l’eau au niveau des bassins dans un contexte de changement climatiques. Cette Conférence, qui aura lieu aujourd’hui et demain dans la ville de Fès, la ville spirituelle et culturelle du Royaume du Maroc, s’inscrit dans le cadre d’une initiative et d’un partenariat fructueux entre le Ministère de l’Equipement et de l’Eau, le Conseil Mondial de l’Eau et le Réseau International des Organismes de Bassins.

En que Ministre chargé du secteur de l’eau au Royaume du Maroc, ainsi que président actuel du Réseau International des Organismes de Bassin, je déclare que cette conférence va débattre autour des solutions actuelles et futures pour le développement de l’offre en eau et l’économie dans son usage pour répondre aux besoins croissants en eau partout dans le monde. Ces besoins concernent essentiellement l’eau potable, et l’irrigation pour assurer la sécurité alimentaire, qui se voit plus que jamais parmi les objectifs urgents après la pandémie du COVID 19 et les guerres que connaît le monde actuellement. L’eau joue également un rôle important dans la préservation de l’environnement dans les systèmes hydrauliques des bassins et dans la contribution au développement des énergies renouvelables à travers la production de l’énergie hydroélectrique.

Mesdames et Messieurs,

Le lancement des travaux de cette conférence internationale, qui s’articule autour du rôle important que joue l’eau dans tous les domaines, et sur l’importance de sa gestion actuelle et future, s’inscrit dans la traduction des directives Royales de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, lors de son discours Royal sur la gestion des ressources en eau dans un contexte de stress hydrique, émis à l’occasion de l’ouverture de la première session de la deuxième année législative au parlement en octobre 2022. Sa Majesté a souligné que le problème de l’eau est un enjeu national et a également insisté sur le fait que « la question de l’eau n’est pas l’affaire exclusive d’une politique sectorielle isolée, mais qu’elle constitue une préoccupation commune à de nombreux secteurs. Il en résulte que les stratégies sectorielles doivent être constamment mises à jour en fonction de la pression exercée sur les ressources en eau ainsi que sur leur évolution future ».

Comme la plupart des pays du monde, notamment les pays de la Méditerranée, le Maroc fait face à des contraintes liées à la rareté des ressources en eau et à l’irrégularité de leur répartition dans le temps et dans l’espace. Cette situation est appelée à s’aggraver à l’avenir, du fait de la hausse des températures et de la diminution des apports en eau. Afin de s’adapter à l’impact du changement climatique sur les ressources en eau, le Royaume du Maroc a pris de manière proactive des mesures immédiates pour faire face à la pénurie d’eau, programmant et activant des projets structurés dans un cadre participatif entre tous les secteurs et institutions concernés par l’eau, ainsi que le secteur privé, compte tenu de son expérience dans la réalisation de grands projets.

Notre Gouvernement œuvre également pour la concrétisation de l’Accord de Paris sur le climat et pour atteindre les objectifs de développement durable dans le domaine de l’eau. Ces engagements se traduisent par les grands efforts qui ont été déployés, notamment l’intégration du changement climatique dans les politiques de développement des secteurs clés de l’économie nationale. Et en application des hautes directives de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, nous sommes en train d’actualiser la politique de l’eau pour s’adapter au changement climatique en accélérant le rythme de réalisation des projets avec l’application de l’intégration des programmes des secteurs impliqués dans le domaine de l’eau à travers la même approche adoptée dans le développement des ressources en eau conventionnelles, et avec un tournant décisif pour la mise en œuvre de projets de mobilisation des ressources en eau non-conventionnelles. Ainsi, nous œuvrons à réaliser un important programme de projets de dessalement d’eau de mer pour toutes les villes côtières afin d’assurer l’eau potable et l’eau industrielle ce qui va permettre de réduire la pression sur les ressources en eau conventionnelles de notre pays, et d’allouer cette eau aux régions intérieures pour garantir l’eau potable à la population et répondre aux besoins en eau d’irrigation des grands, moyens et petits périmètres équipés. En plus de ces programmes, nous veillons aussi à renforcer davantage l’intégration de l’approche genre dans la politique de l’eau.

La gestion intégrée des ressources en eau au Maroc, institutionnalisée par la mise en application de la Loi 10-95 de l’Eau est un outil efficace pour établir des programmes et des projets d’adaptation au changement climatique au niveau du bassin versant et au niveau national. Dix agences de bassins hydrauliques ont été créé sur le territoire national. Les missions de ces agences ont été renforcées par la loi 36-15 relative à l’eau, qui a renforcé le cadre institutionnel par la création du Comité de Bassin et a donné une forte impulsion aux  plans directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau dans les bassins, étant donné que leur élaboration se fait d’une façon participative avec tous les acteurs du secteur de l’eau, y compris les associations de la société civile, pour étudier les ressources en eaux de surface et souterraines, la réutilisation des eaux usées traitées et le dessalement de l’eau de mer dans le contexte de la gestion intégrée de ces eaux et de l’économie de l’eau, ainsi que les aspects financiers et législatifs nécessaires à la meilleure mise en œuvre de ces plans à l’horizon des 30 prochaines années. La loi sur l’eau a également posé les conditions nécessaires pour  l’élaboration du plan national de l’eau, qui est en cours selon la même méthodologie participative pour l’année 2050.

Mesdames et Messieurs,

Cette conférence est considérée comme une pré-conférence à la COP, et ses recommandations concernant les solutions d’adaptation de l’eau au changement climatique devront être soumises au plus haut niveau de la prochaine COP 28. Il s’agit également d’un événement préparatoire au prochain Forum mondial de l’eau, qui va se tenir à Bali, en Indonésie, en mai 2024.

Depuis l’accueil de la COP22 à Marrakech en 2016, qui était considérée comme la conférence des solutions pour le climat et l’eau après la conférence de Paris ; le Maroc a appelé la communauté internationale à mettre l’eau au cœur des négociations climatiques, et a intensifié sa participation aux conférences sur le climat, pour mettre en avant les enjeux de l’eau et sensibiliser la communauté du climat à la nécessité d’agir en matière d’adaptation dans le secteur de l’eau.

Dans le même contexte et à l’occasion du Sommet Africain lors de la COP 22, a été annoncée la mise en place du Comité Climat pour le Bassin du Congo, qui a effectivement été créé en 2017 comme une approche qui prend en compte les besoins de la région à travers des programmes intégrés, globaux et solidaires. Et depuis, le Maroc a accompagné sa mise en œuvre pour définir les principes de gestion durable de ce bassin. Le Maroc a également procédé, au plus haut niveau, à l’opérationnalisation du comité climat pour la région du Sahel. En effet, ce comité a tenu sa première conférence à Niamey en 2019, avec la participation du Maroc, ou il a promis son soutien. Compte tenu du nexus de l’eau et  de l’agriculture en général, le Maroc a lancé en 2016, avant la convocation de la conférence COP22, l’initiative de l’adaptation à l’agriculture africaine, dite Initiative Triple A, qui poursuit ses travaux pour trouver les moyens les plus efficaces au profit de l’agriculture de notre continent africain.

Le Maroc soutient ainsi, toute autre initiative qui vise l’adaptation et s’engage à y contribuer. Je cite l’exemple de l’Initiative d’adaptation « AWARE » lancée par la co-présidence Égyptienne de la COP 27 à Sharm El Cheikh l’année dernière.

Mesdames et Messieurs,

La gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) est la méthode adoptée par de nombreux pays au niveau mondial, comme cela sera discuté lors de la session ministérielle. Cependant, la mise en œuvre de la GIRE manque d’engagements forts dans tous les domaines techniques, législatifs, financiers et institutionnels. Ainsi, en toute conviction, les organismes de bassins ont un rôle croissant pour atteindre les objectifs escomptés de cette gestion pour tous les plans, y compris le Plan d’action de Dakar pour les bassins des fleuves, des lacs et des aquifères, lancé lors du dernier Forum mondial de l’eau à Dakar en mars 2022, dans le cadre du segment des bassins organisé pour la première fois, et dont le RIOB a assuré activement la promotion, aux côtés de l’OMVG, de l’OMVS, de la CEE-ONU et de la Suisse. Aussi, les organismes de bassin nationaux ou transfrontaliers, ont pu à travers des plateformes de partage entre de nombreux acteurs, contourner l’approche sectorielle. Elle peut également conduire des systèmes d’information communs et organiser les données afin de construire une vision commune de l’état et des usages des ressources en eau.

Les comités de bassins sont également considérés comme des mécanismes de gestion intégrée des ressources en eau au niveau local, étant donné qu’ils fournissent un cadre pour la planification collective des implantations et des investissements nécessaires, et ils encouragent le dialogue entre les acteurs publics et privés.

Mesdames et Messieurs,

Depuis Dakar jusqu’à Bordeaux en octobre 2024, date de la prochaine assemblée générale mondiale du RIOB, en passant par la COP28 à Dubai et le Forum mondial de l’eau de Bali en mai 2024, il est désormais obligatoire d’accélérer notre action d’adaptation au changement climatique. C’est un objectif ambitieux que nous affirmons lors de notre conférence à Fès. Et son activation ne peut se faire qu’à travers les bassins pour les bassins des ressources en eau en mettant en place des mécanismes clairs, des procédures et une feuille de route pour faire avancer le domaine de l’eau pour la population, hommes et femmes sur tous les continents, et parvenir à la justice spatiale par une approche participative et assurer l’eau, la sécurité alimentaire et énergétique pour nous tous et pour les générations futures.

Je saisis cette occasion pour annoncer le lancement officiel de la huitième édition du Grand Prix International Hassan II de l’Eau. Ce prix, créé en mars 2000, à l’initiative conjointe du Royaume du Maroc et du Conseil Mondial de l’Eau, en l’honneur de feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu accorde la paix à son âme, pour sa vision éclairée et sa sage stratégie dans la gestion intégrée et durable des ressources en eau, qui est considérée comme l’un des prix internationaux les plus importants et les plus prestigieux dans le domaine des ressources en eau. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, a bien voulu porter la valeur de ce prix 100 000 dollars à 500 000 dollars et il a été remis à Dakar à l’OMVS pour l’importance qu’accorde le Maroc à la gestion des bassins. Le prochain prix sera décerné à Bali, en Indonésie, en mai 2024.

J’ai également le plaisir d’annoncer la signature, dans l’heure qui suit, un accord de partenariat avec le Gouvernement Indonésien et le Conseil Mondial de l’Eau, qui confie au RIOB la mission de coordonner la préparation du segment des bassins au sein du processus politique du Forum de Bali.

Enfin, je souhaite un grand succès aux travaux de cette précieuse conférence et à ses résultats, qui serviront de base à la déclaration de Fès.

Et merci pour votre aimable attention.

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