
le Maroc a indéniablement accompli des progrès notoires en ce qui concerne la situation des droits de l’enfant. Ces accomplissements sont visibles dans différents domaines notamment ceux du
droit à la protection, du droit à l’éducation, du droit à la santé et du droit à la participation. Ces réalisations ont pu voir le jour grâce à la mobilisation de tous les acteurs de la société marocaine avec à leur tête les différents départements ministériels en charge du dossier de l’enfant, de la femme et du développement social de manière générale.
L’administration a connu des transformations concernant le statut du personnel, les procédures, les modes d’avancement et de rémunération. Pourtant, dysfonctionnements et disparités résistent au changement et les relations entre l’administration et les citoyens sont toujours marquées par le manque de confiance. L’administration est encore très centralisée et hiérarchisée ; elle est souvent touchée par le clientélisme et la corruption.
Pourtant, certains progrès ont été faits. Par exemple, le nouveau Code de procédure pénale
(2002) a globalement renforcé la protection des enfants et accru les garanties procédurales pour
les mineurs. De plus, la possibilité d’entamer des actions légales contre des décisions de l’État
est de plus en plus grande. Les juridictions administratives instituées en 1993 ont été
progressivement installées dans les principales régions. Au cours des trois dernières années, ces
tribunaux se sont fréquemment prononcés contre des autorités locales qui avaient outrepassé
leurs prérogatives. Toutefois, l’exécution des décisions de justice demeure lente.
Au Maroc, près de cinq enfants sur 100 meurent avant d’atteindre l’âge de cinq ans.

les taux sont de 186 pour 100 000 en milieu urbain et de 267 pour 100 000 dans le rural. Ces taux sont les plus élevés des pays de la région Afrique du Nord/Moyen-Orient et représentent
un vrai problème de santé publique.
Les infections respiratoires aiguës (IRA) et la diarrhée restent des problèmes importants. La pneumonie est l’une des premières causes de mortalité des enfants. Parmi les enfants ayant présenté des symptômes d’IRA, 35% ont été conduits dans un établissement sanitaire ou auprès de personnel médical. La fréquentation des établissements sanitaires est presque deux fois plus importante en milieu urbain (43%) qu’en milieu rural (25%), du fait de la plus grande accessibilité des infrastructures sanitaires.
Les maladies diarrhéiques et leurs conséquences, notamment la déshydratation, sont parmi les principales causes de décès des enfants. Seulement 22% des enfants atteints de diarrhée sont conduits dans un établissement de santé.
Premier défi : généraliser l’éducation et la scolarisation

Généraliser l’éducation fondamentale de qualité en s’appuyant sur des écoles vivantes et attractives reste un défi majeur pour le Maroc, où 40% des jeunes de 15 à 24 ans sont encore analphabètes (50% en zone rurale) et 1,5 million d’enfants de 6 à 15 ans non scolarisés.
Toutes les données disponibles concluent à l’inefficience du système éducatif actuel, essentiellement à cause de problèmes pédagogiques. La pédagogie est le parent pauvre des réformes successives de l’éducation, c’est-à-dire tout ce qui est relatif au contenu, à l’approche didactique, au rapport de l’enseignant à l’élève, à l’animation, au raisonnement, au développement de l’esprit de curiosité, au goût de la lecture et à la capacité analytique.
Pourquoi les enfants marocains, qui sont titulaires du droit à l’éducation, n’en bénéficient-ils toujours pas alors que la CNEF avait fixé la généralisation de l’éducation primaire et celle de l’éducation préscolaire.
Les enfants privés du droit à l’éducation sont d’abord ceux qui appartiennent à des familles
pauvres incapables de supporter les frais de la scolarité, aussi bien en milieu rural qu’urbain
et périurbain. Un élève qui va à l’école occasionne en moyenne des dépenses en éducation pour le ménage, dans le milieu urbain de 767 DH pour le préscolaire dans le public contre 4.623 DH dans le privé. Pour le primaire public, un ménage dépense en moyenne 745 DH pour la scolarisation de son enfant contre 11.697 DH dans le privé, ce qui représente un écart de 10.952 DH.. Au mieux, les familles démunies payent pour les garçons mais pas pour les filles et encore moins pour les enfants handicapés, d’autant que les services existants ne sont pas adaptés à leurs besoins.
Recommandations

- Accroître les moyens financiers nécessaires à la mise en œuvre des engagements du Maroc. Actuellement, les budgets alloués ne permettent pas de les concrétiser ;
- Combler les déficits en formation du personnel chargé de l’application de la loi et ayant la responsabilité de gérer les institutions pour les mineurs ;
- Inciter le Parlement à interpeller le gouvernement sur les résultats des politiques de protection de l’enfance.
- Coordonner les initiatives des différents acteurs concernés dans le cadre d’une stratégie globale.
- Poursuivre le travail d’enquête et de collecte des données, encore très parcellaire.
- Inscrire la protection de l’enfance dans le cadre d’une politique de développement humain permettant aux divers acteurs de remplir leurs obligations et de réclamer leurs droits.
- Encourager les secteur privé et les donateurs à contribuer à la protection de l’enfance.
- Renforcer les capacités des ONG spécialisées dans la protection des enfants
Les médias
Ils sont titulaires d’un droit à l’information vis-à-vis de l’État, des ONG et des organismes internationaux concernés par la survie de la mère et de l’enfant, comme ils sont détenteurs de cette obligation envers la population. L’État doit mettre à leur disposition les données sur la santé des femmes et des enfants dans le cadre d’une stratégie de communication mobilisatrice.
En contrepartie, les médias doivent sensibiliser la population aux risques liés à la grossesse, participer à l’éducation parentale et alerter l’opinion et les décideurs sur les déficits à combler.
