
A chaque conjoncture politique… un épouvantail politique. Dans les années quatre-vingt et début des années quatre-vingt-dix, il suffisait que votre adversaire politique ou polémique vous collât l’étiquette d’appartenance, vraie ou supposée, ou de collaboration ou même d’affinité avec ce qu’on appelait à cette époque, les «partis de l’administration (PDA), pour vous isoler au sein du groupe, hypothéquer vos chances d’accéder un poste sur le segment de la «Gauche» et vous accuser de trahison des valeurs fondamentales qui structurent l’élite.
Dix ans plus tard, au début des années 2000, cet épouvantail ne fait plus recette. Il fallait donc en inventer un autre. C’est ainsi que la conjoncture mondiale dicta l’histoire du danger des «islamistes», (septembre 2001) pour effrayer la société et sa stabilité. Depuis lors et pendant toute la première décennie de ce siècle, il suffit de brandir l’épouvantail des «islamistes» pour se servir. Même dans une circonscription électorale locale, la formule était de mise par certains candidats qui miroitaient le danger des islamistes pour séduire les pouvoirs et gagner le scrutin par n’importe quel moyen.
Vers l’année 2010 et l’arrivée des islamistes au pouvoir en 2011, d’aucuns agitent l’épouvantail du Tracteur (PAM, parti authenticité et modernité), alors que le parti au pouvoir brandit, de temps en temps, l’épouvantail du printemps arabe pour consolider sa position et préserver le pouvoir. Vers la fin de la deuxième moitié de la deuxième décennie de ce siècle, le populisme servit d’épouvantail avant de céder la place à «l’Algérie», qui est, depuis lors, agité pour jouer le jeu politique et polémique.
Et l’accusation de servir la thèse algérienne deviendra monnaie-courante et argument supposé, efficace, pour éliminer le concurrent, écarter l’adversaire politique, barrer la route à des compétences et lorsque le bouchon est poussé plus loin, la question de la cause nationale est évoquée pour baliser la voie au crime de «haute trahison».
Sur ce registre, force est de constater que si un épouvantail était dans le temps un subterfuge (blé doré) pour éloigner les oiseaux des champs de récolte, en politique, il est devenu une invention des manipulations politiques selon les contextes et les conjonctures à des fins politiques et polémiques.
Mais, mal conçu, l’épouvantail constituerait une indication renseignant et éveillant la cible, suscitant sa vigilance et sa méfiance. C’est en quelque sorte ce qu’on appelle «le retour de manivelle».
