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La pollution de «l’espace public» trouble «l’ordre public»

Par : Dr Belkassem Amenzou

Vues d'Afrique

Les défaillances des pouvoirs (politiques, économiques, culturels, sociaux, sportifs…), conjuguées à leurs dérapages communicationnels, polluent automatiquement plus tard l’espace public dans le sens habermassien du concept.

Du coup, ce déclin de l’espace public provoque directement ou indirectement des situations où la paix sociale serait atteinte de manière significative. Ainsi, cette dégénérescence accentuée par des crises de communication balise la voie au trouble de l’ordre public.

Et voilà, la population dans des situations face à face avec les services sécuritaires. Comment en est-on arrivé là ? C’est la question qui devrait être soulevée pour braquer les projecteurs sur les causes du mal au lieu de spéculer sur le maintien de l’ordre public.

Car, orienter les débats, les médias et les autres canaux informationnels, formels ou informels, professionnels ou amateurs, dans le réel ou dans le virtuel, sur la problématique des mesures qui devraient être, bien entendu, adaptées pour permettre l’exercice de la liberté de manifester et de protester tout en assurant la sécurité des personnes et des biens, en anticipant les risque de violences ou de débordements, (agir uniquement ainsi), c’est dissimuler les origines du mal. Autrement dit : c’est «entretenir» le mal, en tentant d’anesthésier l’opinion publique et de la rassurer.

Effrayer et rassurer. Des politiques effraient par leurs incompétences, leurs conduites, leurs dilapidation des deniers publics, bref, leur mauvaise gouvernance. Ce qui déclenche des incendies sociaux que les sécuritaires devraient éteindre correctement.

Ce constat est accentué par des traitements médiatiques et para-médiatiques qui n’abordent pas en profondeur la problématique, en plus d’une certaine incompétence médiatique sur plusieurs canaux de communication dans des visées informationnelles.

Par exemple : Un seul fait divers est relaté plusieurs fois par un même média sous des titres différents. Voici un exemple concret : le 18 mars 2022, un quotidien arabophone a rapporté un fait divers, relatant l’histoire d’un ressortissant libanais qui aurait arnaqué plusieurs hommes d’affaires à Marrakech avant de prendre la fuite.

Dans son édition du 21 mars 2022, le même média raconte le même fait divers, sous l’intitulé «un artiste étranger arnaque des hommes d’affaires à Marrakech». Trois jours plus tard, le même média publie la même histoire sous l’intitulé «un gérant réputé dans le Marrakech de la nuit arnaque des hommes d’affaires».

Et puisque les médias se copient les uns les autres, le même fait divers a été amplifié et repris autrement par d’autres supports. Bilan des courses médiatiques : une dizaine de faits divers en une seule semaine, alors qu’en réalité, il ne s’agit que d’un seul. C’est «l’affaire de l’escroquerie d’un ressortissant libanais», qui est en même temps chanteur dans des cabarets (artiste étranger), et également gérant d’une boîte de nuit (homme d’affaires).

Ainsi, les statistiques médiatiques donnent plus d’une dizaine de faits divers, alors que les données communiquées par les services sécuritaires ne parlent que d’une seule affaire d’escroquerie. Voilà, pourquoi le taux de criminalité est toujours en hausse dans les médias, alors qu’il est en baisse dans la réalité.

Cette soupe, servie à l’opinion publique dans une atmosphère déjà polluée par les défaillances des pouvoirs et leurs dérapages communicationnels, aura incontestablement des effets dévastateurs. Ce qui complique la tâche en aval, alors que les droits ont été bafoués en amont.

Dr Belkassem Amenzou

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