Eugène Ébodé est Docteur en littérature française et comparées et professeur de diplomatie culturelle à l’université Lansana Conté de Conakry (Guinée).
Son courant littéraire le situe entre le réalisme magique et le baroque existentiel.
Il participe ce week-end du 22 au 26 avril 2023 aux « 72 H du livre de Conakry ». Il y prononcera le discours inaugural : « L’Afrique qui panse », lors de l’ouverture de cet important événement littéraire et panafricain organisé par Sansy Kaba Diakité.

Le fantastique est indétectable et indécelable et pourtant, il est incrusté dans nos existences. Il vient aussi de ma conviction qu’il existe des prolégomènes à tout existentialisme : l’inconnu précède l’essence et la subjugue ! Écoutez, un aspect de la philosophie bantoue de l’aire culturelle de laquelle je suis issu nous apprend que la vie est un singulier combat entre le visible et l’invisible.
Né le 11 janvier 1962 à Douala au Cameroun. Études primaires et secondaires à Douala, sa ville natale, et à Yaoundé au lycée bilingue de Yaoundé. Puis à N’djaména, au Tchad, où il s’inscrit en classe de terminale D au lycée Félix Eboué. Avant les épreuves du Bac, les troubles politiques reprennent au Tchad. La guerre civile pousse Ebodé à retraverser le fleuve Chari sous une pluie de balles pour retourner dans son Cameroun natal.
Marqué par son errance “intra” africaine, il a le sentiment d’assister aux convulsions d’un monde qui n’arrête pas d’agoniser. Il envisage alors un exil, cette fois en Occident, d’autant que les années Ahidjo sont marquées par un autoritarisme déprimant. La passion pour le football va reporter de deux ans ce projet. Ses parents sont de conditions modestes et le football représente aussi le moyen de réaliser quelques économies avant le voyage vers la France. En effet, Charles Ondolo Ébodé, son père, est infirmier. Assena Vilarienne, sa mère, est femme au foyer. Elle y a fort à faire avec ses 10 enfants (6 garçons, 4 filles). Eugène Ebodé en est le troisième. La lecture est à la fois pour lui un merveilleux guide et un compagnon.
Ses débuts dans le football, en 1980, sont réussis. Il devient dès la première journée de championnat de football de première division du Cameroun, le gardien de but titulaire du ” Dragon de Douala “. Quelques mois plus tard, il est convoqué en équipe nationale junior, les ” Lionceaux du Cameroun ” pour les éliminatoires de la coupe du monde junior en Australie. Malgré la qualification de l’équipe, il ne fera pas partie du groupe qui s’envole pour Sydney. La saison suivante, il signe dans la ” Dynamo de Douala “, club qui deviendra ” la dynamite ” dans son roman La divine colère.

En 1982, il quitte le Cameroun pour la France. Il reprend les études tout en jouant dans un club amateur à Argenteuil. Après l’obtention du baccalauréat, il est admis au concours d’entrée de L’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-provence. Diplômé en 1988, il entre au CELSA (École des Hautes Études en sciences de la communication et de l’information) où il obtient l’année suivante le DESS en communication et relations publiques.
Il est d’abord formateur au Centre National de la Fonction Publique Territoriale avant de devenir, à Achères, directeur adjoint du service Jeunesse, puis directeur des affaires culturelles et directeur de cabinet du maire. Conseiller municipal de la commune de Villepreux, ancien chroniqueur littéraire de l’émission Cosmopolitan, sur France Inter. Il est actuellement chroniqueur du journal Le Courrier de Genève.
Les axes du réalisme magique chez Eugène Ébodé
Le réalisme magique est le courant littéraire auquel il souhaite « adosser ses écrits et ses contes exprimant le retournement des morts. ». Après La transmission, roman inaugural d’une trilogie axée sur la représentation d’une jeunesse africaine, Eugène Ebodé clôt ce cycle romanesque avec Silikani. Il est question dans ce roman cadencé, d’un hommage aux musiciens africains et aux jazzmen. Les thèmes favoris de l’auteur sont la mémoire et la transmission des valeurs de progrès présentes en chaque culture. Éclectique, il aime lire la littérature russe et plus particulièrement son incontestable icône : Alexandre Pouchkine.
En réponse à une question que lui posé un journaliste du journal le Matin voici ce qu’il a répondu
Le fantastique est présent aussi dans votre écriture, constitue-t-il un supplément à la réalité visible ?

Le fantastique est indétectable et indécelable et pourtant, il est incrusté dans nos existences. Il vient aussi de ma conviction qu’il existe des prolégomènes à tout existentialisme : l’inconnu précède l’essence et la subjugue ! Écoutez, un aspect de la philosophie bantoue de l’aire culturelle de laquelle je suis issu nous apprend que la vie est un singulier combat entre le visible et l’invisible. Le plus tordant est que le but n’est pas la défaite de l’un contre l’autre, mais l’harmonie de l’un et de l’autre. C’est ce souffle-là qui court dans «Habiller le ciel» sous l’impulsion donnée par Vilaria et par toutes les mères qui enfantent le bonheur en poussant des cris épouvantables. Vilaria, en mourant, en s’éteignant dans l’étreinte blanche et sèche de la mort, sans un cri justement, continue de me donner de ses nouvelles. Il y en a pléthore dans le roman. Chaque fois d’ailleurs que «tombe» un article sur ce roman, j’entends son «Oyenga», ce chant victorieux qui ouvre ses pas de danse. La danse est la preuve que la fin, la mort n’est qu’une vue encalminée de l’esprit. La danse, qui est mouvement perpétuel, transcende les ruptures et les cloisons ! Alors, dansons notre éternité au lieu de grommeler et d’avoir le nez dans le frigidaire. Mais redouter la mort est autre chose : méditer en silence sur le temps qui vous pousse en dehors du temps saisissable. Les mères le savent et c’est la raison pour laquelle Vilaria continue de danser pour tancer le vide. Elle ressemblait à une réincarnation de Shiva Nataraja par son élégance et la grâce de ses mouvements.
Œuvres :
Romans
- La transmission, éd. Gallimard, 2002
- La divine colère, éd. Gallimard, 2004
- Silikani, éd. Gallimard, 2006.
- Madame l’Afrique, éd. Apic, 2011
- Métisse Palissade, éd. Gallimard, 2012
- La Rose dans le bus jaune, éd. Gallimard, 2013
- Souveraine Magnifique, éd. Gallimard, 2014
- Le balcon de Dieu, éd. Gallimard, 2019
- Brûlant était le regard de Picasso, éd. Gallimard, 2021
Poésie
- Le Fouettateur, éd. Vents d’Ailleurs, 2006
Contes
- Grand-père Boni et les contes de la savane, éditions Monde global, 2006
Nouvelles
- Le capitaine Messanga – ouvrage collectif – Gallimard jeunesse – 2004
- Anata et Basilou – ouvrage collectif – Gallimard jeunesse – 2005
- Le match retour – ouvrage collectif – Gallimard jeunesse – 2006
- La dame étoile in Dernières nouvelles de la Françafrique – Vents d’Ailleurs – 2004
- La profanation in Dernières nouvelles du colonialisme – Vents d’Ailleurs – 2006
- Sarah Vaughan: Lady Scat in Le Tour du Jazz en 80 écrivains (livre collectif sous la direction de Franck Médioni)- Editions Alter Ego – 2013
Ses distinctions et prix littéraires :
- Prix Ève-Delacroix de l’Académie française en juin 2007 pour son roman Silikani (Gallimard, 2006)
- Élevé au rang de chevalier des Arts et des Lettres en janvier 2010 par le ministre de la culture Frédéric Mitterrand 2
- Prix Yambo Ouologuem (décerné au Mali le 10 février 2012) pour le roman Madame l’Afrique publié aux éditions Apic d’Alger
- Grand prix littéraire d’Afrique noire 2014 décerné à Paris par l’ADELF pour le roman Souveraine Magnifique (Gallimard, 2014)
- Prix Jeand’Heurs du roman historique décerné par le département de la Meuse le 1er décembre 2015 pour Souveraine Magnifique (Gallimard, 2014)
- Chevalier dans l’Ordre de la Valeur de la République du Cameroun en Novembre 2016.

Simplement Super
C’est un savant résumé de la bibliographie d’un géant de la littérature africaine.
Un intellectual qui fait rayonner toute l’Afrique