
On dit de l’âge qu’il apporte sagesse et sérénité.
L’auteur d’une telle affirmation, ignorait qu’existait le Maroc, ce pays d’exception, qui semble produire l’effet contraire, sur nombre de nos hommes politiques.
Prenez l’exemple de nos gauchistes. Après s’être opposés aux excès du pouvoir dans leur jeunesse, ils devraient être déterminés et endurcis, acculant celle-ci dans ses derniers retranchements.
Que Nenni !
La proximité du pouvoir les a, bien au contraire, ramollis, « médiocrités » et avilis.
Je vous fais grâce de l’anecdote de 1997 et d’un Youssoufi, qui pour se donner bonne conscience, et rassurer ceux dont les yeux s’arrondissaient de stupéfaction, à le voir se rallier au pouvoir, avait évoqué un pacte secret entre lui et les autorités.
Nul n’a jamais su ce que ce pacte supposait comme compromis, ou compromission, d’un côté comme de l’autre de cette ligne tranchée qui sépare les dictateurs des démocrates.
Vingt ans plus tard, le doute n’est plus permis. La nature du pacte est connue : Les autorités se sont payées, à moindres frais, des gauchistes repentis, en guise de bras séculier, pendant qu’elle et son clan s’enrichissaient à milliards.
Dans une autre vie, Driss Yazami était un gauchiste et un droit-de-l’hommiste convaincu. C’était il y a fort longtemps. Il y a mille ans.
Depuis, bien de l’eau aura coulé sous le pont. Tout le monde aura apprécié son talent raté de défenseur de la constitution mitonnée, à la va-vite, avec quelques comparses, pendant que le peuple s’époumonait à siffler la faute.
Le statut de repenti ne lui suffisait plus, il a endossé celui de l’ « affranchi », qui n’hésite plus à monter au créneau, à tout bout de champ, pour défendre le même système politique qu’il avait, pourtant, combattu pendant plus de trois décennies.
Outre le fait que Yazami se fourvoie, en se dépâtissant de la neutralité qui incombe à sa qualité, il en oublie, de surcroît, que ces pratiques, maintes fois dénoncées, font partie de l’arsenal corrupteur, utilisé par le régime et ses thuriféraires, pour inciter les citoyens à aller aux urnes, moyennant récompense.
En démocratie, ce sont les urnes qui viennent aux citoyens, dans les écoles, les mairies, préfectures et autres bâtiments officiels, et non les citoyens qu’on mène, tel du bétail à celles-ci.
Le conseil national, qui ne s’est jamais offusqué des conditions de vie de nos compatriotes, dans ce qu’il qualifie de « communes difficiles d’accès », s’aperçoit, soudain, à l’orée des élections, de leur existence et des souffrances auxquelles elles ont à faire face. « Syndrome du TGV » oblige, on ne peut, en effet, à la fois, faire dans les dépenses somptuaires et inutiles et financer les infrastructures vitales, pour le désenclavement de ses populations.
Le même conseil n’a jamais, non plus protesté de voir des enfants en bas âge, parcourir plusieurs kilomètres, dans des conditions abominables, pour puiser un ou deux seaux d’eau, à l’aube, avant de prendre le chemin de l’école, elle-même à bonne distance de la misérable masure parentale.
Après avoir, un temps, secoué la tête en signe de dénégation et de refus de la dictature, l’ex gauchiste opine, à présent du chef, à toute interpellation de Ses Seigneurs et Maîtres.
Il dodeline de la tête.
C’est décidé, il sera « Le » dodelineur à l’image de ces petits ânes gris en plastique, sur la galerie arrière des voitures et qui dodelinent, à chaque mouvement du véhicule.
C’est à présent un fait avéré, Driss Yazami est passé à l’ennemi, avec armes et bagages. Il a décidé de troquer son honneur, contre les lambris du pouvoir et les grosses coupures de monnaie qui vont avec.
Et non content de débiter des inepties, voilà qu’il se prend à faire du zèle, en les transcrivant, sous forme de communiqués solennels ! Et il ne se trouve pas une âme charitable pour le faire taire.
Dommage ! Ca nous aurait fait des vacances !
Par: Salah Elayoubi
