Le Maroc m’a séduit et m’a blessé ( citation de Abdelwahab Benzakour)
Casablanca, c’est une femme d’affaires qui, dirige de grandes sociétés de la place et préside des conseils d’ administration. Elle voyage en jet privé et roule en Maserati, déjeune au Bistrot Chic avec une préférence pour le Cabestan où on sert des mets raffinés et hors de prix, fumant des Rothmans la cigarette glamour et buvant du Chabli .

Casablanca, c'est la pieuvre aux milles tentacules, rejetée par l'océan atlantique: puante, sentant le gasoil, la chicha, la bière, le mauvais vin, et la pisse. Tout en agonisant, elle ne laisse personne indifférent. Certains l'aiment, d'autres la maudissent .
Casablanca, c'est le modernisme qui côtoie la laideur et la précarité. Une bourgeoisie qui affiche son opulence, la marque de son identité et une classe écrasée, rasant les remparts, telle une ombre chinoise .
Casablanca, c'est l 'ancienne médina, le premier noyau urbanistique, un nid de proximité complexe, fait de labyrinthes, de mosquées minuscules et désaffectées où une population bigarrée: arabes, berbères, juifs, espagnols, vit cachée par dignité en souffrant dans le silence. Juste en face, se dresse la place de France, une arène très animée où les européens se prélassaient sur des terrasses de cafés ensoleillées. C'est le cœur de Casablanca d'où partent les TAxis ( transport autonomes de Casablanca ) et les troyllebys rouges ...
Le planificateur de l'époque, n'a pas oublié les zones industrielles parsemées avec soin un peu partout , les Roches Noires, Bélvèdére ,, la Gironde , Ain sbaa...) , où les usines, Bata, Coca-Cola, Général Tire, Somaca, Lbarrad les grandes brasseries, Lafarge ......qui , autrefois, recrutaient à bras ouverts, une main d' oeuvre abondante et non qualifiée. On est à l'époque du noir et blanc.
Avec le temps, le visage de Casablanca se transformait. L' emploi est sacrifié au profit des ensembles d' habitats sans âme. La densité est privilégiée au détriment des squares et des espaces de jeux pour les gamins. Seule la carcasse du marché la criée au quartier Bélvèdére qui est devenue une auberge Abritant les sans abris et les rats et la foire, sont debout témoins d un passé" glorieux " pour nous rappeler un temps que les moins de 50 ans , ignoraient.
Casablanca est un être hermaphrodite. Tantôt un mec, tantôt une nana aimant le plaisir et se cachant pour le savourer loin des regards inquisiteurs. Une nana fréquentant les salons de coiffure, les après-midi pour se faire belle et aller le soir à la pêche au gros, du côté de Ain diab. Cette fille de joie, victime du décrochage scolaire , est au labeur presque toute la semaine offrant sa chair aux charognards assoiffés pour nourrir sa famille. Elle rejoint le domicile vers 4h du matin, sentant la friture de poisson, l'alcool, le tabac et l'odeur des étreintes.
Casablanca le cœur battant du Maroc et son poumon comme certains aimaient la qualifier et la chérir, est atteinte d' amnésie et de tuberculose à cause de la pollution, de la corruption et du passe-droit, fumant et se saoulant la tronche, ne se souciant guère ni de son look, ni de sa santé, encore moins de son avenir.
Dans les quartiers chics, Casablanca est une belle fille, bourgeoise hautaine et raciste . Une femme adulée, choyée, qui préfère uniquement ses semblables.
Par les temps qui courent, Casablanca c' est aussi , cette fille ,voilée mais sans conviction uniquement pour éviter les incivilités des dragueurs et le harcèlement dans les rues.
Casablanca est une femme politique qui, dirige toute une métropole, entourée des élus, mal- intentionnés qui essaient de la doubler au premier virage. Mais tiendra-t-elle le coup ?

Casablanca est frétillante et s’esclaffe de rire à la moindre anecdote, jonglant entre le halal et le haram. Une funambule. Une vraie équilibriste.
Casablanca c’est aussi une jeunesse oisive, qui n’ a peur de rien. Bravant les interdits, brûlant les dogmes et dérangeant l’ordre établi, soutenant le Raja et le Widad ,et se transformant le temps d’ un derby, en conquérante et en vandales, saccageant tout sur son passage: magasins, véhicules sous le regard des forces de l’ordre, qui prient le bon Dieu pour que ces jeunes rentrent chez eux sans trop de dégâts.
Casablanca c est Toto , lbig , Lbenj, Doliprane…..Des rappeurs , exprimant leur colère avec des textes brûlants. Une plume acérée, qui ne connaît pas l’auto – censure , chantant le désespoir et drainant des foules d’ un autre genre.
Casablanca, c’ est le courtier, le samssar qui fréquente les cafés pouilleux où il traite les dérogations à la loi , les divorces , les contrats des joueurs…. Tout se vend et s’achètent” belallali “et sans scrupule. Comme des loups, ils rôdent autour des palais de justice , des commissariats, des moukatâa, des administrations…Des endroits où le gibier est à portée de main .

Casablanca, c’est la mosquée Hassan 2 édifiée sur l ‘atlantique. Un haut minaret avec son rayon laser orienté vers la Kaaba qui balaie la ville pour débusquer les bons et les méchants en rendant compte aux anges qui font leur tournée habituelle. Même si la brume la dissimule parfois, les anges restent aux aguets, écoutant les doléances, les désidératas des gens mal en point.
Casablanca, c’était “Alfa 55” mais déclassée par les Twin Center et les magasins adjacents. Un triangle éclairé par les panneaux publicitaires , un pâté de Chicago, les talons aiguilles s’ exposent en exhibant leur marchandise, à la recherche du plus offrant .

Au réveil, à l’ intersection du boulevard Roudani et Zarktouni, le panneau publicitaire du Maroc Télecom avec le slogan :” Un monde nouveau vous appelle ” cache une partie de l’ afficheur qui scintille de la station d’essence. Du suspens ! encore une hausse, ce lundi, le prix du gazoil à 16dh,…et le litre d’ essence à 14dh,…malgré la hausse tout le monde roule et, tourne en rond. La déprime s’affiche sur les faciès des usagers de la route et provoque l’ire des mouaddafines.(fonctionnaires) Des insultes fusent aussi de la part des chauffeurs de taxi à l’égard de Poutine, de sa génératrice sans oublier ses ancêtres .

A Casablanca comme partout ailleurs , la vie est devenue trop chère et inaccessible pour ” darouich”(le smic) , les gens de peu qui, faute de mieux , se gavent de poulet aux hormones quant au poisson , il est hors de prix. Lahlimi , l’ homme providentiel, qui chuchotait , jadis, dans l’ oreille du premier ministre , nous sort tous les mois, des statistiques sur la consommation des marocains et la qualité de vie .Ses chiffres , n’ ont aucun rapport avec la réalité des souks. Ses experts devraient en principe arpenter les quartiers marginalisés où les prix s’envolent, tous les jours, donnant le tournis aux ménages.
Casablanca, ce sont une brochette de ” talb mâachou”(factotum) plombiers ,électriciens, déboucheurs de caniveaux …. qui , investissent , tôt le matin, la place de bab Marrakech, accroupis, le dos au mur, sur un morceau de trottoir, et enserrant leur tête avec leurs grosses paluches, espérant une offre d’ emploi qui tarde à se présenter. En attendant , ils tuent le temps en fumant et en se rappelant le bon vieux temps.
À force de se serrer la ceinture , le Casablancais risque la constipation. Et, là c’est un autre dégât.
