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Même à l’étranger, les journalistes craignent d’être poursuivis par la justice Marocaine.

La poursuite bâillon ne vise pas à réparer un quelconque préjudice, mais bien à réduire au silence une personne qui ne dispose pas des moyens pour se défendre. Il s’agit d’une pratique particulièrement répandue aux États-Unis et qui a été définie au Canada pour la première fois en 1999.

Habibulah Mohamed Lamin

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La justice Marocaine chercherait à cibler ses journalistes à l’étranger, accusés de diffamation à l’encontre de représentants du gouvernement, ce qui suscite des spéculations quant à une intensification de la répression de la dissidence

La récente opération de répression de la liberté de la presse pourrait être un prélude aux efforts déployés pour réduire au silence les dissidents à l’étranger en profitant du rapprochement entre le Maroc et Israël soutenu par Washington, rapportent un certain nombre d’activistes.

Trois agences de sécurité marocaines, dont la Direction générale de la surveillance du territoire (communément appelée DGST), auraient déposé une requête auprès du tribunal de première instance de Rabat pour poursuivre des ressortissants marocains à l’étranger pour des faits présumés de diffamation à l’encontre de représentants du gouvernement.

D’après le journal espagnol El País, la plainte a été déposée contre « des individus qui résident à l’étranger et se rendent coupables de diffamation à l’encontre de personnalités publiques dans l’exercice leurs fonctions ».,

L’article n’a pas fourni de détails sur l’identité des personnes susceptibles d’être concernées par les plaintes. Il n’a pas non plus précisé le mécanisme judiciaire à l’étranger qui permettra le traitement légal de ces plaintes, compte tenu du fait que plusieurs pays et cadres juridiques sont concernés.

Si le gouvernement marocain n’a pas encore confirmé ces informations, des journalistes à l’étranger se disent déjà accablés en raison de leur discours antigouvernemental et s’attendent à une répression accrue à l’avenir.

« Les autorités sont en colère contre les voix libres actives en dehors du Maroc ».

« Ils ont mené une campagne locale pour réduire les activistes au silence et il m’ont spécifiquement visé avec quelque 400 vidéos publiées par des plateformes parrainées par l’État, m’accusant de trahison et d’être un agent algérien », affirme-t-il. « J’ai dévoilé des cas de corruption »

Un « message effrayant » envoyé aux journalistes

Si les plus hauts services de renseignement ont vraiment demandé à ce que les journalistes et les activistes soient poursuivis à l’étranger, cela est extrêmement alarmant.

« Je conseille à mes camarades journalistes d’informer leurs autorités locales de toute menace. À titre personnel, j’ai reçu de nombreuses menaces et j’ai demandé la protection de la police, mais celle-ci ne m’a pas encore été accordée. Je n’écarte pas non plus d’éventuelles tentatives d’assassinat », affirme-t-il

Une journaliste américano-marocaine ancienne correspondante d’Associated Press (AP) à Rabat, estime que cette décision a de quoi inquiéter les voix dissidentes à l’étranger qui ont de la famille au pays. 

Selon elle, cela pourrait envoyer un message selon lequel l’État marocain, même loin de ses bases, cherche à user de son pouvoir pour réduire ces voix au silence.

« La principale conséquence est que les dissidents marocains résidant à l’étranger devront désormais se préoccuper des risques d’arrestation ou d’inculpation à leur retour au Maroc ».

« Les journalistes marocains résidant à l’étranger devront désormais se préoccuper des risques d’arrestation ou d’inculpation à leur retour au Maroc »

Un journaliste Marocain affirme qu’il paie déjà le prix de ses critiques en ligne contre le gouvernement marocain. 

Il soutient qu’une chaîne YouTube parrainée par l’État a filmé une interview de sa famille chez lui en décembre pour obliger ses proches à faire part de leur opposition à ses opinions politiques.

Le réchauffement des relations entre le Maroc et Israël s’est récemment intensifié lorsque l’administration du président américain Donald Trump a facilité l’accord de normalisation entre les deux pays, suivi plus tard d’une visite diplomatique américaine officielle pour préparer l’ouverture d’un consulat dans la région de Dakhla au Sahara occidental.

Dans le même temps, les craintes se sont accrues, depuis la révélation en juin dernier par Amnesty International de l’implication de la société israélienne d’espionnage NSO et de son système Pegasus dans la détention du journaliste marocain Omar Radi. 

Hicham Mansouri, ancien chargé de projet au sein de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI), qui bénéficie de l’asile en France, estime que l’accord entre le Maroc et Israël a encouragé Rabat à prendre des mesures pour réduire au silence les voix des journalistes à l’étranger. 

France-Maroc. Hicham Mansouri de la Maison des journalistes parmi les  cibles du logiciel espion Pegasus.

« L’accord s’inscrit dans un schéma plus large où le Maroc se tire d’affaire en arrêtant des journalistes et des activistes tout en ayant peu de comptes à rendre voire aucun au niveau international ».

Le Maroc a été traité comme « un partenaire sur le plan sécuritaire par l’administration Trump et les gouvernements de l’UE qui sont prêts à fermer les yeux sur les violations qui y sont commises, comme en Égypte et en Arabie saoudite »

Source : Midlle east eyes

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