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Maroc : le journaliste Omar Radi condamné en appel à six ans de prison ferme

Le reporter indépendant de 35 ans, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, était poursuivi pour “atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat” avec “financement de l’étranger” et pour “viol”. Deux affaires distinctes, instruites et jugées conjointement.

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Des militants soutiennent Omar Radi, à Casablanca (Maroc), le 22 septembre 2020. (FADEL SENNA / AFP)
Des militants soutiennent Omar Radi, à Casablanca (Maroc), le 22 septembre 2020. (FADEL SENNA / AFP)

Il s’agit du deuxième journaliste indépendant marocain condamné en une semaine à une sévère peine de prison pour des accusations à connotation sexuelle, après son confrère Soulaimane Raissouni.

“Mon seul tort est d’avoir réclamé une justice indépendante”. Omar Radi, journaliste et défenseur des droits humains marocain, a été condamné en appel par la justice marocaine à six ans de prison ferme dans une double affaire d’espionnage” et de “viol”, dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mars. “C’est un jugement très dur. Nous avons exposé l’ensemble des éléments prouvant l’innocence d’Omar Radi devant la cour mais rien n’a été pris en compte malheureusement”, a déclaré à l’AFP Miloud Kandil, avocat de la défense, qui va se pourvoir en cassation.

Le reporter indépendant de 35 ans, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, était poursuivi pour “atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat” avec “financement de l’étranger” et pour “viol”. Ces deux affaires distinctes ont été instruites et jugées conjointement. Omar Radi affirme être poursuivi en raison de ses opinions et a toujours nié les accusations émises contre lui.

La cour d’appel de Casablanca a ainsi confirmé la lourde peine prononcée en première instance, le 19 juillet 2021. Le parquet avait réclamé mardi “la peine maximale contre l’accusé au regard des éléments à charge”. Au Maroc, l’accusation de viol est passible de dix ans d’emprisonnement. 

“Un procès qui a perdu toute crédibilité”

“Ce verdict inique est la conclusion logique d’un procès qui a perdu toute crédibilité à force d’atteintes aux droits de la défense”, a estimé Ahmed Benchemsi, directeur de la communication chez Human Rights Watch (HWR).

“Les charges pour espionnage étaient irrecevables parce que basées sur rien. Quant à l’accusation de viol, elle aurait mérité un procès juste, autant pour l’accusé que pour la plaignante”, a déploré M. Benchemsi qui a fustigé “une parodie de justice, une vendetta contre Omar Radi”.

Dans un tweet, Reporters Sans Frontières (RSF) a dénoncé mardi “l’acharnement judiciaire” contre @OmarRADI et appelé le roi Mohammed VI à “intervenir enfin pour protéger la liberté de la presse”.

Connu pour ses positions critiques envers le pouvoir

Arrêté et inculpé en juillet 2020, le reporter de 35 ans, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, était poursuivi pour “atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat” avec “financement de l’étranger” et pour “viol”, deux affaires distinctes, instruites et jugées conjointement.

Selon le procureur, M. Radi a rencontré des représentants diplomatiques néerlandais présentés par le parquet comme des “officiers de renseignement”.

Le journaliste a également été accusé d’avoir “fourni des informations de l’ordre de l’espionnage” à deux sociétés de conseil économique britanniques.

M. Radi a expliqué avoir réalisé “des audits de vérification” pour ces deux cabinets mais, spécialisé en économie, il a dit n’avoir fait que son travail de journaliste en s’appuyant sur des données ouvertes au public.

“Leur justice”

Parmi les autres éléments à charge: un financement reçu d’une fondation philanthropique basée à Genève, Bertha. M. Radi assure qu’il s’agissait d’une bourse de recherche sur l’accaparement des terres au Maroc.

Mais le ministère public a jugé que le journaliste avait collaboré avec une fondation “hostile à l’intégrité territoriale du pays”, en référence au Sahara occidental que se disputent le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario.

L’enquête pour “espionnage” avait été ouverte fin juin 2020 après la publication d’un rapport d’Amnesty International affirmant que le téléphone de M. Radi avait été piraté par les autorités marocaines via le logiciel israélien Pegasus. Rabat a démenti, dénonçant une “campagne internationale de diffamation”.

Viol

Dans la seconde affaire, la plaignante, une ex-collègue du journaliste, témoignant à huis clos, a répété avoir été “victime de viol”. M. Radi a évoqué des “relations librement consenties”.

“Au nom de la partie civile, nous estimons que les dédommagements ne sont pas équitables pour tout ce qu’a subi la victime”, a protesté l’avocate de la plaignante, Me Aïcha El Guellaa.

Omar Radi, soutenu par une campagne de solidarité au Maroc et à l’étranger, a toujours affirmé être poursuivi en raison de ses écrits, notamment en faveur des mouvements sociaux et contre la corruption.

Les autorités marocaines, elles, assurent que son procès “n’a rien à voir avec son travail journalistique”.

Un autre journaliste Imad Stitou, 32 ans, a lui été condamné à un an de prison, dont six mois ferme, dans la même affaire de viol.

M. Stitou avait d’abord été présenté comme l’unique témoin à décharge avant d’être poursuivi en état de liberté au cours de l’instruction. Jugé en son absence, M. Stitou a quitté le Maroc pour la Tunisie.

“C’est leur justice et notre destin… Omar, tu étais le dernier test de l’état de santé de ce pays malade”, a-t-il tweeté aussitôt après le verdict.

Source : Avec AFP

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