Festival Vues d’Afrique : Le 38ème chapitre de de la saga du cinéma africain.

Entretien : Zahra Mennoune avec Monsieur Gérard le Chêne,

Maghreb Observateur

Le journal Maghreb Observateur a eu un entretien exclusif avec M. Gérard le Chêne, président directeur du festival Vues D’Afrique. Sous sa gouverne, le festival, organisé chaque année à Montréal, a pris une ampleur considérable, devenant le plus important hors du continent africain. Il en est aujourd’hui PDG avec pour mission de développer le rayonnement international de Vues d’Afrique.

Parlons du festival à travers son parcours depuis le commencement jusqu’à présent et de sa particularité ?

A travers 38 ans d’expérience, nous avons tissé un réseau de confiance et d’amitié, avec beaucoup de réalisateurs et de producteurs. Nous sommes jumelés avec le FESPACO depuis 35 ans, avec le festival de Namur en Belgique, le festival de Khouribga au Maroc, les journées de Carthage, le festival du Cameroun, le festival de Kigali, le festival de Lausanne. Nous sommes associés avec tous les festivals qui s’intéressent au cinéma africain comme nous. C’est moins difficile d’avoir une bonne programmation de films, grâce à ces réseaux.

Est-ce qu’il y a un quelconque impact dû à la COVID-19 sur le déroulement du festival ?

La crise de la COVID a commencé au mois de mars 2020, et notre festival devait débuter en avril. Nous avons étés obligés au dernier moment, de nous convertir et paradoxalement nous avons réussi, parce que ça nous a permis de décupler le nombre de fréquentations en touchant l’ensemble du Québec, le Canada francophone et même aussi un certain nombre de pays en Europe et au Maghreb. C’est la raison pour laquelle nous avons recommencé en 2021 en nous ouvrant encore un peu plus au niveau international. Comme parfois la diffusion est limitée au Canada, les ayants droits sont un peu réticents pour une diffusion mondiale. Cela dit, nous avons réussi à augmenter considérablement le nombre de fréquentation, et cela n’a pas été négatif.

Et en ce qui concerne l’impact sur les professionnels?

Pour les gens de la profession, c’est sûr que c’est difficile, en particulier pour les acteurs. Les gens du documentaire réussissent quand même à émerger, mais enfin c’est très difficile pour tout le monde. Au FESPACO festival, nous ne nous en étions pas bien rendu compte, vu que la masse, des films présentés, était quand même importante, avec de très belles réalisations.

C’est un peu difficile pour tout le monde. D’ailleurs nous allons programmer un certain nombre de films présentés au festival (FESPACO).

Quand on parle de Vues d’Afrique, est ce que ça veut dire forcément cinéma africain fait par des africains?

Vues d’Afrique, c’est le cinéma sur l’Afrique. Et les africains sont les mieux placés pour parler de leurs cinémas. Cela dit, nous aimerions bien avoir des films européens ou chinois pour avoir leur opinion.

C’est un festival international ouvert à tous pays avec une majorité de pays africains, parce que ce sont eux qui parlent d’une façon authentique de leur continent. Ce qui vient à l’esprit, c’est la diversité du cinéma africain, et le fait qu’il soit fait par des africains. Maintenant, pour des raisons techniques, ce cinéma est devenu un peu plus universel. C’est cette diversité que nous cherchons à refléter au cours du festival. Il y a des pays qui dominent énormément au point de vue production, comme le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du sud et bien entendu le Nigeria. Nous cherchons à diversifier, par des films par exemple Somaliens, Namibiens… D’ailleurs, nous allons programmer le film somalien ‘La femme du fossoyeur’ qui a été nominé au FESPACO. Donc c’est une sorte de panorama de la production africaine, et des films majeurs internationaux sur l’Afrique, c’est le mandat du festival vues d’Afrique.

Pensez-vous que la révolution médiatique des réseaux sociaux peut remplacer les réseaux classiques de présentation?

Je ne suis pas sûr que ce soit une révolution médiatique. C’est sûr qu’elle est dynamique, et impulsive, mais son impact est minime. Dans une campagne politique, l’impact est de 7%. Il y a les débats et les équipes qui suivent les candidats etc. Donc les réseaux sociaux jouent un rôle modeste. Ce n’est pas par l’entremise des réseaux sociaux qu’on peut avoir une bonne information sur le cinéma africain.

Comment faites vous le choix des films pour le festival ?
De multiples façons, il y en a qu’on nous propose, il y a des films que nous recherchons, parce que nous en avons entendu parler, et aussi grâce à nos réseaux associés. Nous agissons d’une manière proactive, et nous suivons la naissance d’un film, et nous le programmons avant même qu’il n’ait eu une carrière. La coopération avec les réseaux des festivals auxquels nous sommes associés, marche très bien.

Il y a des jeunes qui font de très beaux films, mais ils restent anonymes. Il y a une section appelée Relève, qui a pour but d’aider les jeunes cinéastes débutants.
J’ai été cinéaste moi-même, et je sais que c’est un peu difficile. Il faut médiatiser le film un peu partout. C’est ça un peu notre rôle, nous recevons plus de 1000 films et nous devons tous les visionner et choisir les meilleurs. Les jeunes maintenant, ont plus de facilités à montrer leurs films que cela était par le passé.

C’est difficile pour eux de trouver les fonds ?
Un festival ne s’intéresse qu’aux films terminés. La production d’un film est une autre problématique qui concerne les réalisateurs et les producteurs. Nous ne sommes pas en mesure de financer un film.

Et la présence marocaine au festival ?

Le film d’ouverture sera ‘Haut et fort’ de Nabil Ayouch, et ce sera l’occasion de célébrer 60 ans de relations diplomatiques entre le Maroc et le Canada.

Nous avons l’embarras du choix pour la sélection de films marocains. Ils sont nombreux et très beaux. Nous pouvons organiser un festival juste pour le cinéma marocain, mais ce n’est pas le cas.

Il y a une grande diversité de courts et longs métrages, et nous faisons de notre mieux, pour sélectionner les meilleurs.

Qu’est-ce qu’il y aura de particulier dans la prochaine édition ?

Il y aura projection d’un très bon documentaire fait par Michel Thierry, un Belge spécialiste de l’histoire coloniale de la Belgique en Afrique. Nous allons programmer la meilleure comédie présentée par le Burkina Faso. Il y aura surtout la présentation de ‘Marcher sur l’eau’ le film d’Aïssa Maïga qui traite les thèmes de l’environnement et du développement durable en Afrique. Nous avons des partenariats avec l’institut de la francophonie pour le développement durable du Québec et il y aura des débats et des colloques à ce sujet.

La présence féminine au festival

Aïssa Maïga sera la marraine du festival. La présence féminine sera beaucoup plus marquée avec les courts métrages qu’avec les longs métrages.

Zahra Mennoune, pour Maghreb-Observateur.

Toronto / Canada

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