Insouciance collective ,La guerre contre l'Iran peut être plus proche que ce qu'on pense

Silence assourdissant en Italie sur les perspectives d’une grande guerre moyen-orientale amorcée par une attaque balistique et aérienne états-unienne et israélienne contre une présumée base iranienne d’entraînement des terroristes qui tuent les GI’s en Irak. Silence du gouvernement Berlusconi, silence de la majorité et de la minorité parlementaire, silence des politologues et experts militaires, silence des mass médias. On en parle et on en écrit aux États-Unis et en Europe, pas en Italie. La dernière, et la plus alarmante, annonce d’une apocalypse éminente a été donnée par le périodique de droite The American Conservative : sous le titre « La guerre avec l’Iran peut être plus proche qu’on ne l’imagine » Philip Giraldi, ex fonctionnaire de la CIA, se réfère à une réunion du Conseil de sécurité nationale qui a approuvé les plans d’attaque par missiles Cruise contre une base d’Al-Qods (les gardiens de la Révolution) où seraient entraînés les militants irakiens engagés dans la guérilla contre les troupes d’occupation. La secrétaire d’État Condoleeza Rice, le secrétaire au Trésor Henry Paulson, le conseiller pour la Sécurité nationale Stephen Hadley, le président Georges Bush et le vice-président Dick Cheney ont approuvé le plan opérationnel, tandis que le secrétaire à la Défense Robert Gates s’est exprimé en faveur d’un renvoi de l’opération. Deux jours avant, le 7 mai, la Maison-Blanche, par l’intermédiaire des dirigeants de la région kurde en Irak, avait envoyé une communication officielle au gouvernement iranien, demandant à ce dernier d’admettre ses interférences dans le pays voisin et de prendre l’engagement formel d’interrompre son appui aux différents groupes de militants qui se battent contre les troupes d’occupation. Réponse immédiate de Téhéran : aucune discussion n’est possible tant que les États-Unis ne suspendront pas les infiltrations d’agents et le soutien qu’ils fournissent aux dissidents iraniens. D’où la décision de l’Administration Bush d’envoyer un signal « non équivoque », c’est-à-dire balistique, à la direction iranienne. On peut présumer — conclut la note informative de The American Conservative — qu’il s’agira d’une attaque de précision ciblée contre les dispositifs d’Al-Qods sur une base aux environs de Téhéran, qui évitera des pertes chez les civils : il reviendra au président de donner l’ordre de mission dès que les préparatifs seront au point.

Le 10 mai, la Maison-Blanche a admis officieusement qu’une réunion du Conseil de sécurité nationale avait eu lieu et qu’elle avait eu pour thème la visite du président à Jérusalem cette semaine, pour participer aux célébrations du 60ème anniversaire de l’État d’Israël, ainsi que pour relancer les négociations de paix, argument repris ensuite par Georges Bush le 12 mai.

Non moins alarmants sont les développements de ces dernières semaines : un second porte-avions avec chasseurs bombardiers et navires d’appui a rejoint l’imposant déploiement aéronaval états-unien dans le Golfe Persique ; on voit croître de jour en jour le barrage de dénonciations contre le gouvernement de Téhéran, de la part du Département d’Etat, pour de présumées interférences militaires en Irak, alors que se montent désormais à 5 les interceptions d’unités légères iraniennes dans les eaux territoriales par des unités de la marine US ; de vastes champs de mines ont été installés aux frontières ; et malgré les démentis de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) et de seize agences de renseignement états-uniennes, le vice-président Cheney et le secrétaire d’État Rice ont continué, de concert avec le gouvernement israélien, à dénoncer la potentielle menace nucléaire de Téhéran ; la tentative manquée au Liban de neutraliser le Hezbollah, prélude probable d’une seconde offensive israélienne, peut avoir induit Washington à accélérer le calendrier de l’offensive contre l’Iran.

Gary Leupp, professeur d’histoire à la Tufts University, orientaliste et expert des questions moyen-orientales, a tracé, à partir des révélations publiées par The American Conservative, les possibles conséquences catastrophiques de l’attaque états-unienne prévue : d’une réaction militaire iranienne spasmodique et généralisée, à l’engagement dans la guerre de la Syrie et du Liban ; des insurrections armées chiites au renversement des régimes pro-occidentaux jusqu’à de nouvelles alliances, impensables aujourd’hui, comme celle de Téhéran et des Talibans sunnites. Gary Leupp est on ne peut plus pessimiste sur l’éventuelle opposition de l’opinion publique états-unienne qui serait prise dans une grande flambée patriotique de soutien à « nos boys au front » ; quant aux deux candidats démocrates à la présidence, tant Hillary Clinton que Barak Obama ont déjà assuré que, contre l’Iran, « toute option est valable » ; sans parler du républicain McCain, qui a même été décrit par un de ses partisans comme « un Bush aux stéroïdes ». Une grande guerre moyen-orientale rendrait certaine sa déjà probable victoire en novembre ; elle aiderait les États-Unis à dépasser leur plus grave crise économique depuis celle des années Trente ; et dans le projet insensé des neocons, l’interruption des flux énergétiques moyen-orientaux vers la Chine, l’Inde et l’Europe, ainsi qu’une utilisation possible d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran, renforcerait l’hégémonie politique militaire du grand empire d’occident sur le monde entier.

Et l’Italie ? « L’Italie fera sa part » comme l’a anticipé l’ex-ministre de la Défense et ultra atlantiste Martino, avec sa proposition de changer les règles d’engagement au Liban, et d’employer directement nos valeureuses troupes sur les champs de bataille afghans. Tous les autres, opposition et gouvernement, journaux et télé journaux préfèrent ignorer le drame imminent qui risque de s’abattre sur l’humanité. C’est ainsi que nous ne savons pas si nous avons augmenté —comme tous les autres pays européens— nos réserves stratégiques de pétrole, si le ministère de la Défense a déjà préparé des plans d’évacuation pour nos soldats dépourvus de tous moyens militaires propres à combattre dans une guerre ouverte, en Afghanistan et au Liban, et de ces centaines de carabiniers et forces spéciales employ&ea
cute;es à l’entraînement de l’armée et de la police en Irak.

Le gouvernement du bel paese et l’opposition de Sa Majesté préfèrent s’occuper de la nécessité urgente de bâillonner Travaglio [1], de réduire à néant Anno Zero [2]et d’actualiser les diktats contre les femmes de Joseph Ratzinger [3].

 Lucio Manisco
Journaliste ; il a été le correspondant de la Rai, et de titres de la presse écrite, pendant plusieurs dizaines d’années aux États-Unis ; ex-fondateur du quotidien Liberazione (organe du Prc), et ancien député européen.

source:voltaire.net