
C’est mon histoire: «J’ai 44 ans. Toute ma vie adulte, j’ai été une femme trompée.»Pas si souvent que ça, tu exagères», m’a-t-il répété plus d’une fois pour tenter de minimiser la portée de ses gestes…
«Il», le père de mes ados, avec qui j’ai passé pas loin de 19 ans. «Il», celui qui me couvrait de mots d’amour, qui m’implorait de faire des trips à trois, alors que je n’en avais aucune envie, et qui m’a été infidèle dès nos premières années de fréquentations.
C’est un bel homme, certes immature, mais ô combien séduisant! Avant notre rencontre, au début de notre vingtaine, il multipliait les conquêtes. J’ai voulu être la dernière, celle auprès de qui il allait se poser, avec qui il allait parler d’avenir. Si on faisait le bilan de notre vie de famille et de la durée de notre union, on pourrait affirmer que j’ai réussi. La vérité, c’est que pour y arriver, je me suis pilé sur le cœur pendant des années, jusqu’à ne plus rien ressentir.
Derrière la façade
Femme de carrière. Professionnelle accomplie. Ambitieuse affirmée. Mon image publique a toujours été celle d’une femme qui collectionne les succès, qui avance avec le sourire, qui affiche une belle sérénité en conciliant les diverses facettes de sa vie.
Qui aurait pu penser que dans la sphère intime se cachait une amoureuse blessée qui doutait d’elle à tout moment? Car comment pouvais-je cultiver un semblant d’estime de moi quand l’homme que j’avais choisi pour m’épauler abusait régulièrement de ma confiance? Pire, quand, par un habile jeu de manipulation psychologique, cet homme me faisait croire que j’étais responsable de cet abus, que c’était de ma faute. Que je n’avais qu’à être plus wild, plus libre sexuellement, pour qu’il n’ait pas «besoin d’aller voir ailleurs». Après des années de ce régime, je ne savais plus discerner le vrai du faux. Pour me protéger, j’ai verrouillé mon cœur et mon corps à double tour. Un couple sain et épanoui? Ce serait pour une autre vie, avais-je fini par croire.
Les années ont passé. Nous avons vieilli. Le fossé entre nous s’est creusé. Au quotidien, nous cohabitions dans une relative harmonie soutenue par une collection de non-dits et de mensonges, dans le but de sauver notre vie de famille. J’enfilais chaque jour mes habits de mère attentive, de professionnelle dévouée, de conjointe agréable. Je souriais de peine et de misère, faisais l’amour de temps à autre pour ne pas provoquer de conflits, posais peu de questions, essayais de faire des projets… Je me convainquais un peu plus chaque jour que c’était ça, la vie. Que c’était normal de faire des compromis pour la santé de son couple. Qu’importe l’ampleur de ces «compromis».
