Mise à jour le 24-11-2023

M. Gérard Le Chêne, cinéaste, producteur, cofondateur du festival international de cinéma Vues d’Afrique, a été nommé Membre de l’Ordre du Canada, distinction parmi les plus hautes du pays qui lui a été conférée par Son Excellence, la très honorable Julie Payette, gouverneure générale du Canada pour “ses réalisations exceptionnelles et sa contribution à la nation”.
Diplômé de l’Université de Montréal où il a enseigné la Psychologie des communications de masse, Gérard Le Chêne a collaboré à plusieurs médias québécois au cours des années 1990. Il est un des membres fondateurs d’Amnistie internationale au Québec et cofondateur de la société de production InformAction Films. Sous le nom symbolique d’Alain d’Aix, il a réalisé de nombreux films dont plusieurs ont été primés. InformAction Films est devenu une maison de production de documentaires de premier plan, en particulier du documentaire d’auteur.
Après avoir tourné Vivre en créole, puis la série Transmission d’expériences créoles sur l’affirmation culturelle dans le monde créolophone des Caraïbes et de l’Océan Indien, Gérard Le Chêne a été nommé en 1993 Consul honoraire de la République des Seychelles au Canada.
Il est cofondateur en 1984 et Président directeur général de 1985 à 2010 de Vues d’Afrique. Sous sa gouverne, le festival, organisé chaque année à Montréal, a pris une ampleur considérable, devenant le plus important hors du continent. Il est depuis 2010 Président directeur général international avec pour mission d’en développer le rayonnement sur tous les continents. En 2018, l’Organisation internationale de la Francophonie a attribué à Vues d’Afrique un statut consultatif.
Par ses films et sa direction rassembleuse et visionnaire de Vues d’Afrique, Gérard Le Chêne a constamment mis en relief l’importance de la culture comme outil de connaissance de l’autre et comme antidote à l’intolérance.

Breton d’origine et venu au Nouveau Monde il y a plus de 50 ans, le jovial Gérard, ex-professeur de psychologie des communications, se souvient de ses débuts à Vues d’Afrique en 1985: «C’était un temps nébuleux où l’Afrique n’existait pas hors des nouvelles télévisées. Il n’y avait dans les médias aucune information sur la culture africaine, on ne parlait que de politique, de misère et de famine. Le cinéma africain n’existait pas ici. On a décidé, avec des gens de l’image, des journalistes, des gens qui avaient des amis africains, de faire une semaine de cinéma africain, en 1985, à la Cinémathèque québécoise. Ç’a marché très bien!»
Quand on lui propose du cinéma étranger, hors des normes établies par la machine hollywoodienne, l’ordinaire cinéphile n’est pas toujours avenant, craignant peut-être se faire donner la leçon à coups de documentaires déprimants. Optimiste, Le Chêne, lui-même cinéaste documentariste, croit au contraire que le public est beaucoup plus souple et ouvert: «J’ai cette conviction que, d’une manière ou d’une autre, par le documentaire ou la fiction, le cinéma parle toujours de la réalité. Le public ne va pas au cinéma seulement pour se divertir, mais pour découvrir. Le cinéma ne sert pas tant à répondre à des questions qu’à en poser.»
Vues d’Afrique, de l’aveu de son PDG, n’a rien d’un organisme humanitaire ou d’une entreprise de pédagogie, même si son objectif est évidemment d’attirer l’attention sur d’autres modalités d’existence et d’autres manières de s’exprimer. «Le racisme, c’est dépassé. On a fait comme si c’était une époque révolue. Nous ne faisons pas exactement dans la sensibilisation, et cela nous a d’ailleurs causé des problèmes: Afrique et culture, ce n’est pas le ticket gagnant. Les télés ici ne s’intéressent pas au cinéma africain. Il y a une inertie, une paresse mentale de la part des décideurs. Le public d’ici aime beaucoup parce qu’il y trouve de l’authenticité. Le français sera parlé tel qu’il est parlé au Burkina Faso ou au Cameroun, et ça rejoint les Québécois. Par la francophonie, il y a une sympathie naturelle. Le Québec a besoin d’alliés.»
Des films commerciaux
Outre le documentaire, le cinéma-vérité et le témoignage vibrant, Vues d’Afrique propose aussi des films «commerciaux», c’est-à-dire du cinéma de genre nourri par les modes et la télévision, dont le cinéma de Nollywood (l’équivalent nigérian du Bollywood indien). Le Chêne dit: «C’est une évolution du cinéma africain, Nollywood, où il se produit jusqu’à 2000 films par année. Mais cela dépend de ce qu’on appelle un film! Ce sont des productions à petits budgets, entre 10 000$ et 15 000$. Et ils fabriquent cinq ou six films en même temps, dans les mêmes décors. Il s’est passé la même chose au Québec dans les années 70. Les gens sont fatigués de voir des films américains ou français, ils sont très indulgents quand ils voient des films sur leur propre réalité, qui parlent leur propre langue. Nous vivons à peu près les problèmes: difficultés de fric, arnaques, histoires sentimentales, etc. Ce cinéma vient d’un désir d’expression et d’affranchissement.»

Toutes mes félicitations Monsieur Le Chêne. Pour ma part, l’expression “pour ses réalisations exceptionnelles et sa contribution AUX nations” vous sied mieux.?????