Pegasus. Comment Israël entretient le mariage entre la high-tech et le Renseignement militaire

Hacker in a balaclava standing in the darkness furtively stealing data off a laptop computer on wooden background

Le logiciel Pegasus, au cœur d’un scandale d’espionnage, a été développé et vendu par la société israélienne NSO, dont un quart des employés sont passés par les unités du Renseignement de l’armée, pendant leur service militaire obligatoire.

À l’âge de 18 ans, tous les citoyens d’Israël (à l’exception des ultraorthodoxes et de la minorité arabe) font leur service militaire : deux ans et demi pour les filles, trois ans pour les garçons, dans un pays qui a connu six guerres depuis sa création en 1948. Faire son service au Renseignement, ce n’est pas glamour comme les commandos d’élite ou les pilotes de chasse. En revanche, en matière de carrière, l’expérience permet de profiter de l’explosion du secteur high-tech, témoigne Hanan Geffen, ancien officier dans la prestigieuse unité

L’unité 8200 ? Elle regroupe l’élite du renseignement militaire et emploierait 8000 conscrits, souvent les lycéens les plus brillants. Les jeunes qui sortent la 8200 sont très recherchés, en particulier par les entreprises spécialisées dans la cybersécurité, dont la plupart des patrons sont issus de la… 8200. Esprit de corps, créativité, capacité à travailler sous pression, à gérer d’énormes bases de données : tout ça, on le retrouve dans la high-tech, précise Geffen.

Élite

Les anciens de la 8200 forment une sorte d’élite, comparable aux réseaux des grandes écoles en France, et dont l’influence s’étend de Singapour à la Silicon Valley en Californie. D’après une étude de 2018 relayée par le quotidien Haaretz, sur les 2300 fondateurs de 700 entreprises de cybersécurité, 80 % sont passés par les services de renseignement de Tsahal. NSO et son logiciel Pegasus sont un produit de cet écosystème si particulier : un quart des 800 employés de NSO sortent de la 8200.

Le groupe NSO emploie 800 salariés en Israël, dont un quart sont passés par l’unité de renseignement de l’armée. | REUTERS

Pour comprendre, il faut remonter à la fin des années 1960. Le tout jeune État d’Israël rassemble la recherche académique et militaire sous l’égide d’un Bureau du scientifique en chefLe but, c’était d’utiliser l’expérience militaire pour développer une économie de la connaissance, basée sur le capital humain, dans un petit pays privé de ressources naturelles et d’industrie lourde, explique Orna Berry, ex- « scientifique en chef » ​de 1997 et 2000.

L’attaque surprise, le jour de Kippour 1973 par les forces égyptiennes et syriennes, marque un tournant. Les autorités militaires ont compris qu’il fallait investir massivement dans le renseignement, dit Hanan Geffen. Elles ont donc développé un système de recrutement très sophistiqué, qui commence dès le lycée car on s’est vite rendu compte que les ados étaient plus performants que leurs profs en matière de nouvelles technologies.

Israël joue la carte de la « start-up nation »​

La révolution numérique est passée et, aujourd’hui, Israël joue à fond cette carte de la « start-up nation »​. Le secteur high-tech représente 15 % du PIB, 40 % des exportations (43 milliards d’euros, dont 6 rien que pour la cybersécurité). Il reste aussi fortement connecté aux autorités militaires, dont dépendent les autorisations pour exporter les technologies les plus sensibles, du type de Pegasus.

Malgré les accusations, déjà en 2019, d’atteintes aux droits humains, NSO a pignon sur rue, à Herzliya Pituach, dans la banlieue cossue de Tel-Aviv. Et l’entreprise voyage dans les bagages des diplomates israéliens. Hongrie, Maroc, Arabie saoudite, Émirats arabes unis… Autant de pays devenus clients de NSO après de spectaculaires rapprochements politiques avec l’État hébreu.

Face au nouveau scandale, Israël fait profil bas mais ne lâche rien sur le fond. Ministère de la défense, mais aussi le Parlement, ont promis d’enquêter sur des allégations selon lesquelles le logiciel d’espionnage, destiné à lutter contre le terrorisme et la criminalité, aurait été utilisé à mauvais escient par certains États clients.

Source : Ouest France