Mieux définir les seuils d’immigration pour le Québec

Nous savons tous que le Québec devra passer au travers d’une longue période marquée par le vieillissement accéléré de sa population. Nous en voyons déjà les effets avec la hausse de la demande des soins de santé pour les personnes âgées et le manque de travailleurs dans de nombreux secteurs. Et il en sera ainsi pour les deux prochaines décennies. Le gouvernement du Québec devra, entre autres choses, mettre en place de nombreuses mesures pour atténuer à moyen terme et à long terme le manque de main-d’œuvre qui découle du vieillissement de sa population.

Parmi celles-ci, il y a des mesures pour accroître la productivité (faire plus avec moins de travailleurs), pour mieux former la main-d’œuvre, pour reconnaître les compétences des travailleurs (y compris celles des immigrants) et pour mieux intégrer les immigrants dans le marché du travail. Il faudra également décider des compétences des immigrants qu’on désire attirer chez nous. Dans son dernier plan budgétaire qu’il a publié le 25 mars dernier, le gouvernement Legault a donné beaucoup d’information sur les mesures de ce type qu’il planifie de mettre en place durant les cinq prochaines années. Certaines de ces mesures seront maintenues en place durant une période beaucoup plus longue que cinq ou sept ans et d’autres s’ajouteront sûrement à cette liste. Mais cela ne sera pas suffisant.

Le gouvernement aura également à décider du nombre optimal d’immigrants que le Québec devra accueillir d’année en année. Ses choix concernant les seuils d’immigration pour les deux prochaines décennies seront cruciaux. Malgré l’importance de ces décisions, le gouvernement a malheureusement décidé de ne pas discuter de ce sujet dans son dernier plan budgétaire. En fait, l’expression « seuils d’immigration » n’apparaît pas dans son plan budgétaire, un document de plus de 500 pages. Certains ont soutenu cette stratégie de communication en disant qu’il était important de concentrer le message sur l’à-propos des autres mesures que j’ai décrites plus haut. Certains ont dit qu’il y avait peu de différence entre les seuils d’immigration prônés par les divers intervenants. Certains ont même laissé entendre que de parler de ces seuils d’immigration était une perte de temps, un bruit inutile.

Pour ma part, je pense qu’il faut en parler, et j’irai plus loin. Le gouvernement devrait présenter à la population divers scénarios sur une période de 20 à 25 ans où on pourrait voir l’évolution du bassin de travailleurs, du taux de chômage et du PIB. Certains de ces scénarios pourraient différer selon diverses hypothèses retenues sur l’évolution des seuils d’immigration. Cette information permettrait aux Québécois de mieux comprendre les répercussions liées au choix des divers seuils d’immigration.

Notez que le but de cette analyse n’est pas de trouver les seuils d’immigration qui maximisent le PIB du Québec, mais les seuils qui maximisent le bien-être collectif de sa population. Il résulterait de cette approche un meilleur débat public. Les plans budgétaires du gouvernement de cinq ans seraient également plus solides parce qu’ils reposeraient davantage sur un sous-ensemble de projections à long terme et ils seraient mieux compris grâce à de meilleures explications fournies par le gouvernement. On a besoin d’en savoir plus sur la façon dont on va traverser cette longue période de deux décennies.

J’aimerais souligner, en terminant, que les projections démographiques ont été ces dernières décennies d’une très bonne qualité. Le vieillissement de la population a été très bien prévu, des décennies avant son arrivée. Dommage qu’on ne se soit pas mieux préparés à y faire face. Ne refaisons pas ce même type d’erreurs qu’on a faites dans plusieurs domaines, y compris dans la gestion de nos infrastructures collectives. Nous devons mieux utiliser l’information disponible pour mieux planifier à long terme. Cela commence par en parler avec de l’information de qualité en main.

Source : Le devoir