
À peine avait-elle franchi le seuil de sa nouvelle demeure, qu’elle sut, à cet instant précis, qu’elle allait devoir se soumettre aux conséquences de sa décision, et se conditionner à être une personne capable d’assurer le libre arbitre contre toute embûche. Son ex-mari n’était certes plus là, mais qu’en est-il de son emprise ? La voilà enfin libre ! Encore lui fallait-il s’adapter à cette liberté.
Elle qui ne vivait qu’à travers ce qui lui était imposé, plus question à présent de laisser quiconque s’immiscer dans le moindre de ses choix, ni être dans l’obligation de demander l’approbation d’autrui. Seulement, tous ses repères intrinsèques étaient à redéfinir.
Toutes ces choses élémentaires, qui sont de l’ordre de l’acquis, pour une personne évoluant dans un environnement sain, ne l’étaient guère pour celle qui avait vécu auprès d’un homme qui semait constamment le doute en elle et dans sa capacité de jugement, qui la réprimandait chaque fois qu’elle donnait son avis en société, en modérant sa critique par la même réplique, au cas où elle le contesterait, et qui finissait par la dérouter.« ma chérie je n’aimerais pas que les autres se moquent de toi ou de ta manière de t’exprimer.»
Rien de ce qu’elle entreprenait n’était assez convenable à ses yeux, il manquait toujours quelque chose. Il recherchait la faille pour la dévaloriser et la culpabiliser.
Il arrive dans des couples, que l’un des partenaires, d’une manière sporadique et anodine, veuille s’imposer, mais là où cela devient anormal c’est lorsque ce comportement est récurrent, subtil et intense, sans se soucier de l’impact psychologique sur l’autre, au point que celui-ci se sente vidé sans pour autant pouvoir définir ce qui ne va pas.
Quand l’avis de la femme de ménage pouvait compter plus pour lui que celui de sa propre femme, tous les sens de cette dernière se retrouvaient corrompus, par ces signaux négatifs et insidieux qui détruisaient à petit feu sa personnalité.
S’habiller à sa guise était quasiment impossible sans qu’il soit présent, afin de l’obliger à prendre des vêtements plus larges. Et pour être plus persuasif, il hurlait en comparant ses formes à celle d’un homme qui se nommait « Boutayeb » elle n’avait aucune idée de qui pouvait être ce monsieur, ni de quoi il avait l’air. Il la fixait d’un air horrifié et criait «mais ce n’est pas possible ! Est-ce qu’au moins tu t’es regardée dans le miroir? On dirait Boutayeb ! »
Elle restait bouche bée, mais n’osait rien dire pour ne pas le blesser, parce c’était lui qui avait un excès de poids manifeste et qui était totalement dans le déni de son état.
Toutes ces années, il répétait les mêmes remarques acerbes qui lui gâchaient le plaisir que pouvait procurer l’achat d’un simple pantalon, et freiner même son éventuelle rébellion. Elle finissait par accepter afin d’éviter de supporter ses grandes colères et se retrouvait à remonter le pantalon qui n’était pas ajusté à sa taille et qui tombait toutes les 2 mn. Et même lorsqu’elle arrivait à le contourner en changeant l’étiquette, pour lui faire croire qu’elle avait pris la taille plus large, il finissait par s’en rendre compte.
Des années plus tard, lorsqu’elle emménagea dans sa nouvelle maison, elle apprit que le concierge s’appelait Boutayeb et toutes les fois qu’elle le voyait, aussi insensé que cela puisse paraître, elle était tentée de lui faire part de son histoire. Mais bien évidemment elle n’en faisait rien.
Afin de regagner son autonomie et l’estime d’elle même, elle devait se reconnecter à son être, se défaire des croyances négatives, comme celles qui la maintenaient prisonnière du sentiment de culpabilité, se débarrasser des blocages engendrés par de fausses perceptions inculquées, inoculées tout au long des années, réapprendre à penser par elle même en se laissant guider, à nouveau par son instinct, et surtout en écoutant l’enfant qui venait de renaître en elle, qui lui permettait de voir juste et de se respecter:
« Écrire ! Quel plaisir !
Le plaisir de pouvoir parler à soi, et se passer de la présence de l’autre. L’autre qui bien souvent n’est pas apte à vous écouter ni à vous comprendre, c’est donc pour vous le moyen d’étaler tout ce que vous êtes obligés de dissimuler afin de voir plus clair en vous, vous connecter à l’essence même de votre être, tracer le chemin qui lui est propre, et qui le mènera vers la paix, la vraie ! Celle qui procure le bien être absolu.
Cet être léger et pur, qui dans les rares fois où nous sommes connectés à lui, est capable de nous combler, car très souvent, il est dénié masqué ou étouffé. Nous l’avons tellement délaissé qu’il nous est très difficile de le laisser s’exprimer sans que notre mental ne vienne conditionner nos faits et gestes, nous demeurons ainsi inconscient. »
C’était ainsi qu’elle s’était souvenue de ce jour où elle venait tout juste de fêter ses 14 ans. Loin encore de toute influence, elle avait naturellement prédit ses choix pour l’avenir.
Une question de destin
« J’avais 14 ans, lorsque le professeur de français nous avait demandé de rédiger en quelques lignes ce que nous souhaiterions faire de notre avenir. Je me souviens que ma note n’avait pas été brillante, car le style employé n’était pas à la hauteur des espérances de mon professeur qui me le fit bien comprendre.
Mais sa réaction excessive et démesurée m’avait laissée perplexe…je n’arrivais pas à saisir au juste ce qui le dérangeait réellement dans ma rédaction au point de la lire à haute voix à toute la classe.
Je m’étais, peut être, emballée naïvement dans le sujet sans trop me soucier du but de l’exercice. Concentrée à me projeter dans l’avenir que je m’étais tracé, et à l’énoncer spontanément avec une logique incontestable d’une fillette convaincue d’avoir en sa possession les clefs du futur.
Et si j’évoque Aujourd’hui ce vieux souvenir c’est pour aboutir à une réflexion profonde que j’aimerai tellement cerner, car tout ce que j’avais imaginé s’était réalisé par la suite?…
Sans nier l’intervention divine, inexplicable bien des fois, qui échappe totalement à notre contrôle, je me demande encore aujourd’hui :
Est-ce la succession d’évènements survenus par hasard qui fait que nous nous orientons vers tel ou tel chemin ?
Est-ce la soumission à un conditionnement dicté par notre milieu ?
Est-ce que notre destinée est profondément ancrée en nous presque inscrite dans nos cellules et qu’un enfant non soumis encore à toute influence pourrait librement et naturellement prédire ses choix ?
Est-ce la résultante de tous ses facteurs réunis ?
La seule chose dont je suis sûre c’est que chacun de nous est doté d’une intuition dictée par le langage de son cœur et qu’à chaque fois que nous nous livrons à elle, nous avançons d’un pas ferme vers un accomplissement de soi. »
Quant au Divorce, bien évidemment, il n’en demeure pas moins, une déchirure et une expérience douloureuse, nécessitant un temps de guérison, comme toutes les blessures. Pour passer à travers, il lui fallait faire le deuil de ce qu’elle était, et de ce qu’avait été sa vie d’avant.
Mais face à la société, c’était une autre histoire, car en sortant d’un schéma social établi, la société vous demande des comptes, vous juge, ou au mieux, vous range dans la case des victimes, puis vous marginalise.
Comme dirait Jean Paul Sartre « l’enfer c’est les autres.»
Fort Heureusement, elle réussit à esquiver toute cette période là, en se focalisant sur le présent, en s’entourant de vraies amies et en recréant de nouveaux cercles sociaux.
Devenir libre signifiait absolument sortir de son isolement.
Ainsi, chaque mercredi, elle et quelques amies allaient à la découverte d’une expérience culinaire, dans des lieux pittoresques, dotés de jardins féeriques. Et dans un climat d’humour et d’autodérision, elles passèrent leur après-midi à faire le plein d’énergie et à laisser s’évaporer comme par magie, tous leurs soucis du quotidien.
De jour en jour, elle retrouvait sa joie de vivre, en réalisant de simples choses qui lui étaient strictement interdites mais tellement essentielles, comme renouer avec les proches, s’ouvrir aux gens, voyager, reprendre des études afin de réactualiser ses connaissances et progresser dans sa vie professionnelle. Et qu’elle fut sa jubilation lorsqu’elle redécouvrit le monde du savoir !
Son cerveau pouvait enfin fonctionner normalement à plein régime et à bon escient, sans avoir à ruminer et beuguer sur les mêmes questions qui la cantonnaient dans un mal-être permanent.
Et Chaque jour la menait vers un nouveau bonheur qui nourrissait, apaisait son âme et comblait tout le vide existentiel au fond d’elle même.
Ayant retrouvé sa paix, elle devenait plus apte à consacrer du temps, de l’énergie en partageant sa joie avec tous ceux qui l’entouraient, avec ses enfants en étant plus disponible, à l’écoute de leurs besoins et renforcer les liens qui les unissaient..
Après la colère Vint le temps du pardon...
Le but de ce récit était principalement de mettre le message à portée de toutes les personnes qui occupent encore, sans en être conscientes, la position de victime, qui ne comprennent pas ce qui leur arrive parce qu’elles n’ont jamais pris connaissance de ce type de caractère, et qui essaient sans relâche d’améliorer leurs rapports conjugaux en mettant en œuvre toutes ces valeurs transmises par leur éducation à savoir la rigueur, le sacrifice, la loyauté la compassion…et qu’avec même toutes les bonnes volontés ne pourront espérer changer leur partenaire si celui-ci ne décide de le faire. Et qu’au lieu de s’éterniser dans ce processus de doute et de manque d’estime de soi, en subissant des humiliations de toute part, s’armer de défense afin de se protéger de ce type de relation, se reconnecter à soi et prendre du recul en attendant de trouver la meilleure issue possible.
