Protection sociale: 3 questions à Dr Rochdi Talib, PDG du groupe de santé AKDITAL

Protection Sociale - GADE-NIP

Casablanca – Dr Rochdi Talib, président-directeur général du groupe de santé AKDITAL, a accordé à la MAP une interview dans laquelle il s’est exprimé sur la portée du projet de généralisation de la protection sociale.

Il a aussi mis l’accent sur le rôle du secteur privé dans la réussite de ce chantier ainsi que les défis à relever afin de faire émerger de véritables champions nationaux avec des fondements économiques sains.

1- SM le Roi a lancé récemment le projet de généralisation de la protection sociale qui va bénéficier à quelques 22 millions de personnes. Quel potentiel représente ce chantier pour les groupes de santé privés au Maroc et particulièrement pour le vôtre ?

Permettez-moi tout d’abord de saluer cette révolution socio-économique menée par SM le Roi Mohammed VI. Grâce à cette initiative Royale, le Maroc fera son entrée dans le club très restreint des pays qui offrent une protection sociale à tous ses citoyens. C’est ainsi que l’ensemble des Marocains vont pouvoir bénéficier d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation. Cette couverture médicale permettra à nos compatriotes de choisir leur établissement médical et ainsi de bénéficier de soins de qualité avec une meilleure prise en charge.

La réussite de ce projet passera indéniablement par la remise à niveau des acteurs de santé privés. Fini le modèle économique de la petite clinique-villa ; il est primordial aujourd’hui de constituer des groupes de santé structurés, de véritables champions nationaux, avec des fondements économiques sains, en capacité de réaliser des investissements lourds afin d’offrir des plateaux techniques et des soins à la hauteur des attentes des citoyens.

AKDITAL s’est engagé dans cette voie depuis quelques années déjà. Cela nous a permis de développer un portefeuille de cliniques répondant aux meilleures normes internationales. D’ici quelques jours, nous serons à 8 établissements de santé disséminés dans la région Casa-Settat, dont deux hôpitaux privés parmi les plus importants du pays : 900 lits hospitaliers, ce qui correspond à 10% de la capacité litière privée nationale et à plus de 1.700 emplois directs.

2- Comment ce secteur compte accompagner la mise en œuvre de cet immense chantier, en termes d’investissement et de ressources humaines ?

Depuis le discours du Trône de SM le Roi Mohammed VI en 2020, nous avons profondément revu notre stratégie de développement. Grâce aux soutiens de nos investisseurs et de nos banques, nous allons désormais accélérer la cadence de nos investissements dans l’objectif de doubler notre capacité litière qui passera de 900 lits actuellement à plus de 1.800 à fin 2022. Pour ce faire, ce sont 7 à 8 nouveaux hôpitaux privés qui verront le jour dans les prochains mois dans les villes de Tanger, Agadir, Salé, Safi et El-Jadida, qui connaîtra l’ouverture du plus grand hôpital privé du Maroc dans les jours à venir.

Pour accompagner ce développement, nous avons mis en place notre propre centre de formation, AKDITAL Academy, qui a pour vocation de mettre à niveau les connaissances et compétences de nos futurs collaborateurs. Cette initiative ne résout évidemment pas la problématique structurelle du manque de ressource dans notre secteur d’activité.

Notre ambition est de couvrir les 12 régions du Maroc dans les prochaines années avec des hôpitaux privés dont la capacité litière oscille entre 200 à 270 lits par entité. La force de nos hôpitaux privés est leur capacité à offrir une prise en charge globale des patients. Ils permettent de répondre aux besoins de nos concitoyens en termes de petites chirurgies, de chirurgies de pointe (cardio-vasculaire, neuro-chirurgicale, …) en plus d’une prise en charge globale des patients atteints de cancer en mettant à la disposition des praticiens des bunkers et accélérateurs pour la radiothérapie, des dispositifs pour la chimiothérapie et enfin des unités de médecine nucléaire.

3- Quels sont les défis à relever afin de permettre l’émergence de grands groupes de santé qui contribuent au renforcement de l’offre de soins au Maroc ?

Nous avons besoin de relever, ensemble, des défis qui concernent en particulier le faible taux d’encadrement médical, l’important déficit en ressources humaines et leur répartition géographique inégale. Nous sommes convaincus que le secteur privé peut faire partie de la solution. Il y a des options possibles et nous sommes prêts à en discuter avec les autorités compétentes. A titre d’exemple, le secteur privé est prêt à investir dans les endroits les plus reculés du Maroc s’il est accompagné dans ses projets d’installation et de recrutement, à l’image de ce qui se fait aujourd’hui pour les métiers mondiaux du Maroc.

Nous avons besoin également de revoir la dualité secteur public/secteur privé pour en faire une complémentarité et pour travailler en bonne intelligence afin de répondre, ensemble, aux besoins et attentes des Marocains. Cela peut commencer, par exemple, par la mise en place d’une cartographie sanitaire nationale, dans laquelle les autorités compétentes orienteront les investissements privés en fonction des besoins des populations.

En somme, nous prônons une approche inclusive dans laquelle l’ensemble des acteurs du secteur de la santé au Maroc peuvent échanger et innover pour réussir ensemble le déploiement de ce chantier Royal.