Portré choc de la condition des femmes au Maroc selon une étude du Haut commissariat des plans par Abdelwahab Benzakour

Covid-19 : le Québec fait face à la recrudescence des violences familiales  et conjugales

La violence à l’égard des femmes constitue d’une part une des formes de violations des droits humains les plus
systématiques et les plus répandues dans le monde et d’autre part, un problème socio-économique qui impacte
l’harmonie sociale, la croissance économique et menace les progrès du développement dans leur globalité. La
Manifestation des rapports de pouvoir inégaux entre les femmes et les hommes, constitue l’une des formes extrêmes des discriminations fondées sur le genre et une atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux des femmes et des filles.
Ces violences fondées sur le genre trouvent leurs racines dans des causes structurelles relatives aux normes et valeurs d’une société, d’une culture ou de communautés qui légitiment et perpétuent les multiples inégalités de genre sur la base d’une hiérarchisation des rapports entre hommes et femmes. Également, les violences structurelles qui en découlent sont les plus difficiles à endiguer, car elles touchent les mentalités, les pratiques et les représentations, et participent à la reproduction de rapports de pouvoir et de domination.Face à cette pandémie et dans l’élan international en faveur de l’éradication des violences à l’égard des femmes et des filles,
le Maroc a engagé d’importantes réformes tant juridiques qu’institutionnelles en harmonie avec ses engagements
internationaux, notamment ceux invitant les pays à tenir à jour les données sur la violence et en améliorer la collecte.
.
Ainsi, la constitution du pays consacre le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes et celui de la parité (article 19), interdit la discrimination fondée sur le sexe et garantit l’intégrité physique et morale de l’individu (article 22). Avec cette loi suprême interne, plusieurs chantiers de réformes législatives ont été amorcés pour la mise en conformité etl’harmonisation de la législation nationale tant avec la constitution qu’avec le système universel des droits humains.
En 2014, l’alinéa 2 de l’article 475 du Code Pénal marocain, qui permettait jusqu’alors à un violeur d’échapper aux
poursuites en épousant sa victime, a été définitivement abrogé. En août 2016, la loi 27-14 sur la traite des personnes a été adoptée et offre pour la première fois un cadre juridique permettant d’adresser cette problématique. Enfin, la loi 103.13 sur la violence faite aux femmes a été mise en vigueur en septembre 2018 et définit la violence à l’encontre des femmes comme « tout acte résultant d’une discrimination liée au genre et causant aux femmes un préjudice sur le plan physique, psychologique, sexuel ou économique ».
A côté de ces progrès en matière législative, le Maroc a engagé plusieurs stratégies et plan d’actions institutionnels visant l’intégration du genre dans ses politiques sectorielles. Ainsi, le pays a inscrit la lutte contre les violences faites aux femmes dans son programme gouvernemental pour l’égalité pour la période 2016-2021, dont l’axe 1 (Choix démocratique, principe de l’État de droit et de justice et régionalisation avancée) prévoit le renforcement des droits de la femme et du principe de l’égalité, via notamment l’opérationnalisation de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discriminations (APALD), le lancement d’une nouvelle politique nationale de lutte contre laviolence faite aux femmes et le renforcement du programme d’insertion économique de la femme.
Dans ce cadre, la mise en place de systèmes de collecte de données à même d’orienter l’élaboration de politiques de lutte contre les violences fondées sur le genre est incontournable. Ainsi, depuis les années 90, des enquêtes de prévalence ont été initiées au niveau international permettant d’expliquer et de rendre visible la réalité et les vécus des femmes face à la violence.
Ces enquêtes ont permis d’objectiver cette violence en dévoilant son ampleur et ses impacts sur les femmes et les jeunes filles et sur la société plus globalement. Elles ont également permis d’élargir la connaissance et la compréhension du phénomène, de sa nature, de ses formes variées, et des différents contextes de son déploiement, permettant ainsi d’appréhender ses causes et les conséquences sociales, humaines et socioéconomiques qu’il engendre.
L’ensemble de ces enquêtes ont contribué à alerter sur les effets dévastateurs sur les femmes victimes de violence et sur leurs entourages proches et également mettre en exergue le coût global et multidimensionnel élevé pour les victimes, pour la société et pour l’état.
Dans ce contexte, le HCP est engagé depuis des décennies dans le renforcement du socle statistique genre national en appui aux efforts du Maroc pour la réalisation des Objectifs de développement durable et leur suivi. C’est ainsi que le HCP veille à l ’intégration du genre dans le cadre des rapports de suivi des progrès en matière d’ODDs et ce en inscrivant progressivement de nouvelles cibles et de nouveaux indicateurs sensibles au genre de sorte que le pays est dorénavant en mesure d’élaborer et de renseigner des indicateurs genres supplémentaires.
En effet, à travers les différentes Conférences internationale – surtout la Conférence Mondiale sur les droits de l’Homme (1993), la Conférence Mondiale sur la Population et le Développement (Caire 1994) et la Quatrième Conférence sur le Femmes (Beijing 1995) – lesEtats se sont engagés pour mettre en place des stratégies pour la prévention de la violence à l’égard des femmes et adopter les réformes nécessaires pour atteindre cet objectif.

Des Chiffres et des statistiques à glacer le sang :

Une campagne pour sensibiliser les employeurs à la violence conjugale


Plus d’une femme sur deux a subi au moins un acte de violence durant les 12 derniers mois
Ni la scolarisation ni l’activité économique ne préservent les femmes contre la violence des femmes de 15 à 74 ans 82,6% ont subi au moins un acte de violence,toutes formes confondues, durant leur vie durant les 12 mois précédant l’enquête . De manière générale, l’analyse des données de l’enquête 2019 montre que, plus de 8 femmes et filles âgées de 15 à 74 ans sur10 ont subi au moins un acte de violence durant leur vie (82,6%, soit 83,1% en milieu urbain et 81,6% en milieu rural).
Durant les 12 derniers mois précédant l’enquête, plus de 7,6 millions de femmes, soit un pourcentage de 57,1%, ont subi aumoins un acte de violence, tous contextes et toutes formes confondus. Cette violence touche plus les femmes citadines (5,1 millions de femmes, soit 58,3%) que celles résidant en milieu rural (2,5 millions, soit 55%).
La prévalence globale de la violence s’avère encore plus élevée dans certaines régions du Royaume, notamment à Casablanca-Settat (71,1%), Beni-Mellal-Khénifra (63,9%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (61,5%) et Souss-Massa (58,2%). Elle est, cependant, moins élevée dans d’autres régions, comme les régions du Sud (37,4%), l’Oriental (37,5%) et Draa-Tafilalt (40,6%) . Source : (haut commissariat des plans)

Par ailleurs, les filles et les femmes âgées de moins de 50 ans constituent la tranche d’âge la plus exposée aux différentes formes de violences et pour laquelle la prévalence dépasse la moyenne nationale, particulièrement les jeunes âgées de 15-19 ans et de 20-24 ans avec des taux respectifs de 70,7% et 65,8%. Plus les femmes sont
âgées, moins elles sont victimes de la violence fondée sur le genre. Elles sont 51,6% dont l’âge se situe entre 50-54 ans à être touchées par la violence, 46,8% parmi celles âgées de 55-59 ans et 33,2% parmi celles âgées de 60-74 ans.
La scolarisation des femmes, quant à elle, ne prémunit pas contre la violence, puisque les femmes scolarisées subissent davantage de violence : La prévalence est de 62,7% parmi les femmes ayant un niveau supérieur, près de 65% parmi celles ayant un niveau secondaire collégial ou secondaire qualifiant, contre 49,6% parmi les femmes sans aucun niveau scolaire.
Selon le type d’activité, les femmes professionnellement inactives, en particulier les femmes au foyer sont moins sujettes à la violence que leurs homologues actives occupées et encore moins que les femmes chômeurs .

Très peu de victimes de violences conjugales déposent plainte

Selon les statistiques officielles, plus d’une femme sur deux a été victime d’une forme de violence dans le pays en 2019.

Rares sont les femmes victimes de violences conjugales qui saisissent la justice au Maroc : 2 % quand il s’agit de violences sexuelles, 7 % après des agressions physiques, selon une étude officielle publiée jeudi 26 novembre à Rabat.

Pour les violences subies dans l’espace public, 22 % des victimes portent plainte quand il s’agit d’agression physique, 3,5 % quand l’agression est sexuelle, selon cette étude publiée par le Haut-Commissariat au plan, avec le soutien de l’ONU-femmes.Lire aussi  Au Maroc, la parole des femmes victimes de violences sexuelles commence à se libérer

Seules 3,5 % des victimes de violences sexuelles conjugales quittent leur foyer, 16 % quand il s’agit de violences physiques, moins d’une sur dix (8 %) cesse ses « engagements familiaux » quelle que soit l’agression subie, selon la même étude.about:blankclose

Les stigmates de la violence physique des époux vont des égratignures et ecchymoses (dans 52,2 % des cas), aux fractures, « incisions profondes », fractures ou cassures des dents. Les violences sexuelles entraînent « blessures et déchirures au niveau des organes génitaux » dans plus 13 % des cas, avec des grossesses non désirées dans 3,5 % des cas.

Le  coût social :

Violence conjugale et confinement : un cocktail explosif - Châtelaine

Moins de la moitié des victimes des violences les plus graves font appel à un professionnel de la santé. Pour les femmes actives, les violences – qu’elles soient ou non subies dans le cadre conjugal – ont entraîné une perte moyenne de quatorze jours de travail par an. Environ 40 % de femmes victimes de violences dans un cadre professionnel ont dû changer de travail, 7 % ont « carrément quitté le marché du travail », souligne l’étude.

Plus d’une femme sur deux a été victime d’une forme de violence au Maroc en 2019, selon les statistiques officielles. Cette étude sur le « coût social » de ces violences a été menée entre février et juillet 2019, avant la pandémie de Covid-19 sur une population de 15 à 74 ans. Plusieurs organisations féminines se sont inquiétées ces derniers mois de la hausse des violences conjugales pendant les longs mois de confinement liés à la crise sanitaire.

Le Maroc a adopté en 2018 une loi contre les violences faites aux femmes, rendant pour la première fois passible de peines de prison les actes « considérés comme des formes de harcèlement ou de mauvais traitement ». L’étude qui ne prend notamment en compte que les violences conjugales a été jugée insuffisante par des associations féministes.

Source :Le Monde avec AFP

Violences conjugales : les couples non mariés sont les plus concernés

Les violences aggravées par le confinement

Les violences basées sur le genre se sont accentuées de 31,6% durant les périodes de confinement et d’urgence sanitaire, par rapport à la même période de l’année 2019, selon les chiffres livrés par la Fédération des ligues des droits des femmes (FLDF).

En effet, un total de 4.663 actes de différentes formes de violences faites aux femmes a été enregistré au cours de cette période. La violence psychologique a représenté le taux le plus élevé avec 47,9%, suivie par la violence économique avec 26,9% et la violence physique (15,2%).

Il s’agit notamment de 709 actes de violence physique, dont un cas d’homicide à l’égard d’une femme et un autre de tentative d’homicide, en plus d’une hausse de 5,1% de la violence sexuelle.

Même constat auprès de l’Union de l’Action Féministe (UAF), dont le dernier rapport fait état de hausse des cas de violences à l’égard des femmes depuis le début du confinement, selon les chiffres recueillis auprès des 13 centres Annajda.

Les différents intervenants s’accordent sur la nécessité de dénoncer. En effet, seules 6,6% des femmes violentées ont porté plainte contre leur agresseur. Un constat confirmé par le Haut commissariat au plan en 2019.

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