
Ce n’est pas que le Maroc se prend pour la destination touristique incontournable, au point de taxer ceux qui s’y rendent. Mais les pouvoirs publics ont obligation d’aller chercher des moyens supplémentaires, quitte à imaginer des taxes parafiscales improbables. La seule comparable au monde, dans sa forme, est la «taxe Chirac» mais, elle, est destinée non pas à la promotion du tourisme en France, mais à la solidarité internationale. Elle consiste à prélever quelques centimes d’euros sur chaque billet d’avion au départ de France afin de constituer un fonds pour espérer rendre accessibles les soins aux plus défavorisés de la planète et lutter contre certaines pandémies, par le truchement de l’organisation dédiée à ces combats, Unitaid. Tout le contraire donc de la «taxe Haddad».
D’ici son entrée en vigueur, le 1er avril 2014, cette taxe aura suscité beaucoup de craintes sous-jacentes. Le choix de pallier la coupe budgétaire drastique du Tourisme par une taxe «déclarative» est aux yeux de Karioun «un exercice d’équilibrisme pernicieux». En tout cas, la nouvelle stratégie du ministre, si c’en est une, soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses à ce secteur qui affiche des signes d’essoufflement. Des signes encore certes peu perceptibles mais suffisamment nets pour se traduire par des contreperformances répétées. Selon les derniers chiffres du HCP, la contribution du secteur au PIB a accusé une baisse de 6,9% en 2012. Il n’empêche, «le Maroc offre un produit moyen et haut de gamme, donc la catégorie de touristes ne changera pas de destination à cause d’une hausse de 9 euros du prix de billet d’avion». Haddad croit dur comme fer à son coup… et que nos visiteurs joueront le jeu. Cette taxe de 100 et 400 DH (selon la catégorie) devrait représenter un prélèvement compris entre 800 millions et 1 milliard de DH pour les compagnies desservant le Maroc. Une estimation au doit mouillé, glisse cet observateur. C’est pourquoi le tollé qui s’en est suivi n’est pas prêt de retomber. Pour les entreprises aériennes, presque toutes déficitaires, cette taxe est un surcoût.
Une chose est sûre: «la taxe Haddad» va se traduire par une augmentation des prix des billets donc une perte de parts de marché. Chez Royal Air Maroc, on estime l’impact à l’équivalent de 250 millions de DH sur son résultat net. «Nous sommes déjà en train de voir où rattraper ce manque à gagner et il est probable que nous nous déchargerons de quelques actions directes de soutien au tourisme», menace Driss Benhima, PDG de Royal Air Maroc.
L´Economiste,Maroc
