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« Fuite des cerveaux , l’insolvable problème »

Comme l’explique Abderrafie Hamdi, plusieurs facteurs pousseraient les compétences marocaines à quitter leur pays : des opportunités d’emploi, la qualité de vie ou parfois les questions liées à la situation des droits de l’homme.

Vues d'Afrique

Par : Rachid Hallaouy.le soir

Pourquoi le Maroc a-t-il participé à la conférence internationale (*) sur la fuite des «cerveaux» ?

La fuite des cerveaux ou des compétences est un phénomène qui touche pratiquement tous les pays, et ce quel que soit son niveau de développement. On peut citer dans le désordre des pays émergents tels que le Maroc, l’Egypte ou l’Inde. Depuis les années 1960, les cadres marocains qui ont suivi une formation universitaire à l’étranger, en France en particulier, ont regagné pour une grande majorité le Maroc pour encadrer l’administration marocaine. Quant aux autres, ils ont préféré s’installer dans les pays d’accueil. En revanche, plus inquiétent est le phénomène de ces deux dernières décennies avec le départ de nombreux hauts cadres formés par le Maroc qui optent pour une émigration économique.

Qu’en est-il des profils et des destinations des «cerveaux» marocains ?

Malheureusement, le Maroc ne dispose pas de statistiques officielles contrairement à des pays du pourtour de la Méditerranée, mais selon des données de l’Union des universitaires arabes, 23 % des ingénieurs arabes et 15 % des scientifiques quittent leur pays d’origine tous les ans.

Par rapport aux pays voisins de la Méditerranée, où se situe le Maroc ?

La Banque mondiale estime que 10,3 % des cadres marocains, contre 9,6 % de Tunisiens et 6,5 % d’Algériens émigrent annuellement. Le Maroc est le premier en Afrique du Nord et le deuxième en zone MENA après le Liban à connaître, voire subir, ce phénomène de «fuite des cerveaux». Les principaux pays de destination sont la France, le Canada, suivis par des pays de la zone euro et des Etats-Unis. Par ailleurs on retrouve depuis que des hauts cadres marocains en Australie, au Japon

Abderrafie Hamdi
ou encore en Amérique latine. L’exode de compétences concerne surtout les informaticiens, les ingénieurs, les chercheurs ou encore les professionnels de santé, hautement qualifiés. Comment expliquez-vous ce phénomène alors que les dirigeants d’entreprise n’ont cessé d’exprimer des déficits en matière de

compétences sur le marché du travail national ?

Il y a plusieurs facteurs qui poussent les compétences à quitter le Maroc. D’abord l’offre limitée en matière d’opportunités d’emploi, les caractéristiques des environnements professionnels et la qualité de vie. Pour certains profils, les questions liées aux droits de l’Homme sont également une motivation. Il faut savoir que les départs de hauts cadres ne sont plus une affaire personnelle en terme d’organisation, il existe des cabinets de recrutements professionnels, organisés, qui sont très actifs.

Que représente la fuite des «cerveaux» marocains en termes de coût pour l’Etat ?

Une étude réalisée par la commission économique des Nations Unies précise que l’Afrique se vide dangereusement de ses matières premières et de son énergie par la fuite de ses cerveaux et de ses capitaux. Le préjudice subi profite à l’Occident qui tire les dividendes de longues années de formations assurées par les pays d’origine. Le Maroc ne fait pas exception à la règle. Prenons un exemple concret. L’Institut national des Postes et des télécommunications (INPT) représente annuellement une charge financière d’environ un million de dirhams pour l’Etat. En contre partie, le même cadre formé à l’INPT crée en valeur ajoutée près de 50 000 dollars par an dans le pays d accueil. ◆

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