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MAROC:24 bébés abandonnés par jour

Une fille est vendue plus cher qu’un garçon!
Mère célibataire, une pépinière pour maquereaux
Un monde dans le monde! Celui des mères célibataires et de leurs bébés.
Tous les jours 153 enfants sont nés hors mariage, 24 d’entre eux seront abandonnés. Des chiffres terribles recueillis grâce à une enquête effectuée en 2010 par le cabinet Amers pour le compte de l’association Insaf.

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Ce travail, ayant duré six mois, a été soutenu par le Fonds des Nations unies pour la femme et la Fondation Drosos. L’étude sur «Le Maroc des mères célibataires» a été présentée samedi dernier à Casablanca. Elle livre des informations à la fois précieuses et consternantes. Surtout que ses auteurs soulignent «l’absence d’homogénéité des données permettant d’avoir une traçabilité réelle des accouchements» de ces mères socialement honnies. Il a fallu donc s’appuyer sur un échantillon de 272.168 naissances réalisées dans des hôpitaux. Ceci a permis d’estimer d’abord le nombre des naissances de mères célibataires ayant accouché hors hôpital et de dresser ensuite leur portrait démographique (voir graphiques). Le Maroc compte 27.199 mères célibataires. Ce chiffre datant de 2009 est fort probablement le seul disponible actuellement. Il est légèrement en baisse par rapport à 2003. Sauf que parallèlement le nombre d’enfants par mère augmente: 35% des femmes célibataires ayant accouché en 2009 ont entre 2 à 6 enfants.
Le drame est ailleurs: un business du ventre se développe. Son réseau est scindé en deux genres: traditionnel et moderne! L’un est «peu ou moyennement lucratif» et consiste en un don illégal du bébé à des inconnues. Une pratique qui fait que les «parents illégitimes» vont éventuellement se servir de l’enfant pour la mendicité, la prostitution… Dans le 2e réseau, vendre un enfant est une profession lucrative. Ces intermédiaires modernes prennent en charge la grossesse de la femme: logement, alimentation, «suivi médical»…
Ce suivi vise surtout à connaître le sexe du futur enfant: une fille vaut plus qu’un garçon. La kafala (adoption) a des effets pervers. L’intermédiaire cherche sa clientèle chez des parents souvent découragés par les procédures. La mère célibataire servira par ailleurs de pépinière pour maquereaux. Le réseau se nourri dans tous les milieux (pauvre et riche) et dans tous les lieux (jardins publics, gares routières…). Il est odieux de savoir que ce réseau est institutionnalisé dans le privé et le public! L’intermédiation est «exercée via des cliniques et accoucheuses traditionnelles», selon l’étude. Mais aussi par les services de santé publique, et quelquefois, dans certaines régions par la Sûreté nationale! Ainsi 8.760 enfants ont été abandonnés en 2009, dont 38% de manière illégale.
Des femmes «échappent à l’emprise du réseau». L’avortement illégal -qui a lui-même son réseau- sert d’échappatoire. Un acte qui se pratique dans le public et le privé via des pharmaciens, médecins, accoucheuses et infirmières.
Les mères célibataires qui gardent leurs enfants sont souvent de jeunes adolescentes (sans emploi ou étudiantes) et des ouvrières. Les premières restent au sein de la famille à condition d’abandonner l’enfant. Les secondes ne sont pas éjectées parce qu’elles sont d’abord «pourvoyeuses de ressources» pour leurs familles. Son enfant vit dans un milieu «relativement protecteur» mais fragile. Son statut dépend des rapports et des ressources générées par sa mère. La mère célibataire n’est plus majoritairement représentée par la petite fille domestique mais par la femme ouvrière. C’est l’une des grandes révélations de cette enquête. Les associations agissent comme amortisseurs sociaux: prévention, prise en charge, soutient psychologique, formation… Entre 2003 et 2009, elles ont sauvé près de 33.000 enfants de l’abandon. Mais doivent faire face aux préjugés, au même titre que les mères célibataires. Ces «contraintes collectives» poussent les ONG à agir de «manière occulte» et «d’adopter des attitudes défensives». Nadia Cherkaoui, psychologue et directrice du projet, relève une «absence de politique» dédiée aux mères célibataires. Le ministère du Développement social et de la famille «doit remplir son rôle», au moment où le Samu social tente de boucher les trous. Il porte secours aux mères célibataires SDF, toxicomanes… Le ministère de la Santé, lui, récolte un bon petit point: il parvient à «remplir son contrat de soin». Les mères célibataires accouchent dans des hôpitaux publics: 59% en 2009 contre 51% en 2003.
Le corps médical dénonce en revanche «une circulaire nuisible, discriminatoire et avilissante». Elle oblige l’hôpital à convoquer les autorités si une mère célibataire accouche. L’association Insaf voit, via l’INDH et le ministère de l’Intérieur, un début de solution pour en finir avec ce Maroc pudibond, discriminatoire et hypocrite.

Faiçal FAQUIHI, L’economiste

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