Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

Adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies le 16 décembre 1966, le pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule que : « Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »
Il n’y a pas de sentiment antifrançais en Afrique, mais le ras le bol d’une politique post-coloniale qui fait passer les intérêts français avant les besoins vitaux des Africaines et des Africains favorisant ainsi le sous-développement perpétuel de l’Afrique.
Il ne sert à rien pour la France d’agiter le chiffon rouge de « menace de répliquer de manière immédiate et intraitable à toute attaque contre ses ressortissants et ses intérêts au Niger », car les peuples africains ne s’en prennent pas aux ressortissants français mais à la politique de leur gouvernement.
Les Africaines et les Africains ne supportent plus le mépris de la France à leur égard dont la politique étrangère est sous tendue par l’idéologie de l’inégalité naturelle du Blanc supérieur au Noir, d’où le malaise actuel.
Tous les peuples du monde ont le droit de disposer d’eux-mêmes, de définir leur politique étrangère, et de choisir leurs partenaires économiques ou militaires. Les 60 glorieuses de la domination française en Afrique noire, surtout francophone, sont terminées.
Le Niger est un pays souverain, et non un département français pour subir les diktats des autorités françaises qui imposent avec l’aide de l’institution servile sous-régionale qu’est la CEDEAO (Communauté économique de États d’Afrique de l’Ouest) « le retour complet de l’ordre constitutionnel du Niger ». C’est une blague de mauvais goût car en la matière, la politique de la France ainsi que celle de la CEDEAO est celle du deux poids, deux mesures.
Peut-on prendre au sérieux les résolutions de l’Union africaine (UA) financée par l’Union européenne qui a exigé le rétablissement sous quinze jours de « l’autorité constitutionnelle », comme aussi celles du Conseil de Paix et de Sécurité après une réunion de cette instance dans laquelle siège la France ?
L’Union européenne (UE) de son côté « ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas les autorités issues du putsch », a déclaré Josep Borrell, le chef de la diplomatie des Vingt-Sept. Outre la suspension de toute aide budgétaire, toute « coopération dans le domaine sécuritaire » est suspendue sine die avec effet immédiat, a-t-il souligné. Cette position s’aligne sur celle de la France dans le cadre de l’Union de la communauté occidentale. C’est une farce de plus.
La France et la CEDEAO ont cautionné le troisième mandat anticonstitutionnel de monsieur Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire en octobre 2020 ; pour les bons amis on peut toujours fermer les yeux sur les violations des principes démocratiques adoptés par tous. Cette même France a adoubé le fils de feu maréchal Idriss Déby Itno du Tchad comme Président de la Transition en avril 2021 au mépris de l’ordre constitutionnel ; monsieur Emmanuel Macron étant le parrain de cette imposture était même présent lors de la cérémonie d’intronisation du fils de feu maréchal Idriss Déby Itno.
Au Congo-Brazzaville, monsieur François Hollande, le fossoyeur de la démocratie congolaise, avait permis à monsieur Denis Sassou Nguesso de consulter son peuple afin de modifier la Constitution pour une présidence à vie lors du referendum du 25 octobre 2015. C’est cette même France avec feu le Président Jacques Chirac qui, avec l’aide de l’Angola, avait permis à monsieur Denis Sassou Nguesso de revenir au pouvoir à la suite de la guerre civile sanglante du 05 juin 1997 qui fit 400 000 morts, soit un dixième de la population congolaise, un vrai génocide. L’on passa sous silence cet épisode douloureux qui hante chaque jour le subconscient des Congolaises et des Congolais.
Que dire du Togo et du Gabon où les fils des anciens Présidents dictateurs règnent jusqu’à ce jour en faisant de ces Républiques, Res publica, des choses privées sans que la France ne soit offusquée.
Quand elle est mise en difficulté en Afrique, la France qui a déjà opté depuis fort longtemps pour le soutien de ses intérêts économiques, nous ramène la rengaine des principes démocratiques. C’est affligeant car le monde change et la France doit changer.
La multitude des sanctions économiques, financières, le gel des avoirs des dirigeants, la restriction de la liberté de circulation des dirigeants nigériens sont d’une lâcheté sans fin vis-à-vis d’un peuple digne qui a choisi en toute connaissance de cause de prendre son destin en main.
Si l’aide française en Afrique était nécessaire et impérieuse, alors l’on ne comprend pas pourquoi après plus de 60 ans d’indépendance des pays africains francophones, que ces derniers soient toujours aussi pauvres sans eau potable ni électricité ni structure sanitaire de qualité avec une éducation au rabais ? Ces Présidents africains courent le monde entier pour mendier alors que leurs pays respectifs regorgent de richesses importantes.
La France a suspendu son aide au développement de 120 millions d’euros en 2022 au Niger, qu’à cela ne tienne, elle n’aura qu’à la donner aux « Gilets jaunes » en France pour améliorer leur pouvoir d’achat. Les résultats de cette aide ne sont pas visibles au Niger qui reste l’un des pays les plus pauvres du monde malgré son uranium qu’il brade à vil prix à cette France. Ce sont de rodomontades.
L’Afrique noire, surtout francophone, vit une deuxième ère de décolonisation afin que ses populations vivent dans des conditions décentes et dignes sur la terre si généreuse de leurs ancêtres.
Le peuple français avait guillotiné son Roi Louis XVI à l’âge de 38 ans, le 21 janvier 1793. Son exécution constitue l’un des actes fondateurs de la Première République. La Reine Marie-Antoinette est exécutée le 16 octobre 1793. Ce n’est pas pour autant que l’on traite les Françaises et les Français de barbares.
La France doit souffrir de laisser les peuples africains décider de leur sort au lieu d’imposer par des stratagèmes indignes sa volonté à des femmes et des hommes épris de liberté et de paix.
Tous les peuples opprimés d’Afrique se doivent de soutenir les Nigériennes et les Nigériens dans ces moments difficiles afin de leur permettre de subvenir à leurs besoins primaires. Ça constitue un crime contre l’humanité que d’empêcher tout un peuple de vivre, le droit à la vie étant sacré.
Nous avons tous en mémoire l’épisode de l’armée française avec les rebelles ivoiriens de monsieur Alassane Dramane Ouattara bombardant et délogeant de son palais le Président élu ivoirien Laurent Gbagbo, et ce avec la mort de milliers d’ivoiriennes et d’ivoiriens. Est-ce cela que la France avec la complicité de la CEDEAO veut refaire au Niger ?
À la France de s’adapter au nouveau monde où le respect du partenaire est la base de toute relation.
Après avoir perdu son influence au Mali, au Burkina Faso, en Guinée Conakry, c’est maintenant le tour du Niger. Ce n’est pas fini car les Africaines et les Africains ont soif de liberté et veulent s’assumer eux-mêmes en se libérant des chaines mentales de la Françafrique, cette nébuleuse pompe à fric de l’évasion fiscale de l’Afrique vers l’Occident. Aucun dirigeant ne peut gouverner contre la volonté de son peuple, aucune nation n’a le droit d’imposer des dirigeants à d’autres peuples.
La coopération militaire du Mali et du Burkina Faso avec la Fédération de Russie, la Turquie, l’Iran et la Corée du Nord marque un tournant décisif dans les relations entre États, et est le signe d’un bouleversement géostratégique de partenariat qui s’amorce en lieu et place de l’ancienne vassalité. C’est la fin d’une époque.
Nous faisons nôtre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dans son Article 1er : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
« Quand l’ordre est injuste, le désordre est déjà un commencement de justice » disait Romain Rolland.
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Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
