Les jeunes Marocains ont des relations sexuelles de plus en plus tôt. Ils s’informent sur le sexe essentiellement via le porno et internet. Leur sexualité est un champ miné de risques, alerte une récente enquête. En témoigne le nombre des avortements et des personnes vivant avec le VIH. L’État ne s’en inquiète pas pour autant.
Les Marocains entament leur vie affective à un âge de plus en plus jeune : 15 ans en moyenne pour les garçons contre 16 ans pour les filles. Cette vie sentimentale entraîne dans son sillage des pratiques sexuelles. 41,5% des jeunes disent avoir échangé des caresses, des baisers, des câlins ou autres types de relations sexuelles. Ce pourcentage est plus élevé chez les hommes (48,9%) que chez les femmes (31%), c’est ce qui ressort d’une enquête de A. Debbagh (Service d’urologie, centre hospitalier universitaire Ibn Rochd, Casablanca, Maroc) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S115813602030058X
HYPOCRISIE SOCIALE
Paradoxalement, les jeunes sont de plus en plus nombreux à être portés vers le sexe mais restent imprégnés de conceptions patriarcales lorsqu’il s’agit de liberté et d’égalité sexuelle. Avoir une vie sexuelle est jugé comme étant plus légitime et toléré pour les hommes que pour les femmes. Ainsi 51.62% des hommes et 40.51% des femmes interrogés considèrent que le besoin sexuel est plus important chez la gent masculine. Le désir sexuel féminin demeure mal perçu. 56.54% des hommes et 41.80% des femmes affirment que la fille ne doit pas avoir un désir sexuel très prononcé. 62.41% des hommes et 37.61% des femmes affirment qu’un garçon doit avoir plus de connaissances sexuelles qu’une fille.
Malgré la multiplication des pratiques sexuelles allant de rapports sexuels superficiels jusqu’aux complets, l’importance de garder sa virginité reste ancrée chez les deux sexes. 75.16% des hommes et 77.60% des femmes estiment qu’une fille doit conserver sa virginité jusqu’au mariage. Ce taux baisse quand il s’agit des hommes. 56.13% des hommes et 65.07% des femmes considèrent qu’il est important que le garçon demeure puceau jusqu’au mariage.
Le décalage entre la pratique et la perception de la sexualité se manifeste également dans la connaissance des méthodes de contraception. Tout en ayant une vie sexuelle active, les jeunes interrogés sont dépourvus d’informations sur la sexualité et sur leurs droits sexuels et reproductifs. Et ils l’admettent. Seuls 30.9% des hommes et 15.8% ont déclaré avoir une « bonne connaissance » de la sexualité.
LES JEUNES LIVRÉS À EUX-MÊMES
Les trois premières sources d’information sur la sexualité chez les jeunes sont respectivement internet (48.3%), les réseaux sociaux (28.7%) et les films pornographiques (17%), « Seuls les prestataires de santé, l’éducation nationale ou les parents sont habilités à donner des informations fiables. Étant donné que les parents ne remplissent pas ce rôle, c’est à l’État de s’y atteler en introduisant une éducation sexuelle, adaptée à tous les âges, dans l’école. C’est ainsi que l’enfant aura des connaissances sur la puberté, les attouchements sexuels, etc. En l’informant, on l’aidera à mieux se protéger ».
Malgré les cris d’alarme lancés par la société civile, l’État ne parait pas s’inquiéter des conséquences de l’absence d’éducation sexuelle chez les jeunes, ni se préoccuper de la recrudescence de leurs comportements à risque. L’absence d’une réelle prise de conscience des autorités va de pair avec leur manque de moyens.
Selon une étude réalisée par l’organisation «Menassat pour les recherches et études sociales», 60% des parents interrogés sont favorables à l’enseignement de l’éducation sexuelle dans les établissements scolaires.
«Les libertés individuelles au Maroc: Représentations et pratiques». C’est l’intitulé de l’étude réalisée par l’organisation à but non lucratif «Menassat pour les recherches et études sociales».
Selon les résultats de cette étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de Marocains dans toutes les régions du Maroc, 60% des interrogés sont favorables à l’enseignement de l’éducation sexuelle dans les établissements scolaires. Cette étude a porté sur les libertés individuelles, déclinées sur trois axes, à savoir la libre disposition du corps ou la représentation du corps, la liberté de croyance et la sexualité, rapporte le quotidien Assabah dans son édition du jeudi 18 novembre.
S’agissant de l’axe relatif à la représentation du corps, les résultats de l’étude ont révélé que 50% des sondés se sont dit conscients du droit de disposer de leur corps et 50% affirment que la façon de s’habiller de la femme reste une liberté individuelle. Cependant, plus de 60% des interrogés soutiennent «la nécessité de couvrir le corps féminin en portant le hijab». Ce dernier taux reste plus important chez la gent féminine avec 65.3% et 57.1% chez les hommes. Cette question trouve principalement «son explication dans les enseignements de l’islam (62,5%)», indiquent les résultats de l’étude.
Pour ce qui est de l’axe portant sur la sexualité, fait savoir le quotidien, «76,3% des personnes sondées reconnaissent l’existence de rapports sexuels hors mariage et estiment qu’ils se sont généralisés dans la société marocaine». De même, «60% des personnes interrogées affirment connaître personnellement une jeune femme ou un jeune homme ayant eu ce type de rapports sexuels». L’étude a également montré qu’environ 50% des personnes interrogées considèrent le fait d’avoir des relations sexuelles avant le mariage comme «liberté individuelle».
Concernant l’homosexualité, l’étude ajoute que «60% des personnes interrogées ont fait part de leur refus d’exprimer cette orientation dans l’espace public», alors que 30% ont affirmé connaître une personne homosexuelle. Par ailleurs, indique l’étude, près de 70% des sondés ont indiqué ne pas être au courant de l’article 490 du Code pénal, criminalisant les relations sexuelles hors mariage.