
Les mêmes réponses depuis des années, des réponses d’une monotonie déconcertante. Aucun plan d’action, ni même une stratégie visant à obtenir le droit a la participation politique des MRE.
Le CCME, que vous présidez depuis de nombreuses années, est critiqué pour son faible rôle dans l’amélioration de la relation entre les MRE et leur pays d’origine. N’est-il pas temps de procéder à la réforme de cette institution?
La liberté d’expression est garantie par la Constitution et ce n’est pas moi qui vais critiquer ceux qui en usent. Il est normal que le bilan de cette institution soit l’objet d’un débat public serein, informé et pluraliste. Il faudrait en effet entendre toutes les voix, comme, par exemple, les créateurs invités au dernier SIEL. La qualité de notre débat civique gagnerait aussi à faire un peu de comparatisme, en analysant le travail de la quinzaine d’institutions similaires qui existent de par le monde. Ceci étant, nous avons travaillé, il y a des années, avec le gouvernement pour élaborer un projet de loi conformément à la Constitution de 2011. Je me félicite que le discours royal ait amené le gouvernement à reprendre ce chantier pour présenter très rapidement un projet de loi sur le CCME au Parlement à qui revient le dernier mot.
La communauté marocaine résidente à l’étranger, malgré son importance et son poids, ne participe pas encore aux élections nationales particulièrement les législatives. Faut-il, selon vous, remédier à cette situation?
La Constitution garantit le droit de voter à partir du pays de résidence, même s’il faut probablement le faciliter (instaurer le vote par correspondance ou électronique, faciliter le vote par procuration). On peut aussi se porter candidat à tous les scrutins (locaux, régionaux et nationaux) dans le cadre des circonscriptions existantes et vous savez qu’il y a actuellement des parlementaires issus de l’immigration. Il reste à préciser par la loi «les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité » et «les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence», ce qui ne devrait pas poser de difficulté particulière.
Que pensez-vous du débat portant sur la création ou non de circonscriptions à l’étranger?
Ce débat n’est pas que maroco-marocain. Il y a aujourd’hui 15 pays au monde (sur 193) qui ont «des parlementaires de l’émigration». Cette représentation est donc minoritaire et relativement récente: fin des années 1990-début des années 2000. Au sein de ce groupe, Il y a une très grande diversité en termes de sièges réservés aux élus de l’étranger, de taille des circonscriptions, du nombre d’expatriés par élu, de procédures d’inscription (des pays exigent une inscription avant chaque scrutin) et de modalités de vote (l’Italie a exigé jusqu’en 2001 le vote au pays même). Il y a par ailleurs des questions à discuter: en cas de création de circonscriptions à l’étranger, comment garantir des campagnes électorales équitables, traiter le contentieux électoral éventuel, …?
Sur le fond, cette revendication émane-t-elle de toute la communauté, de toutes les générations, alors que nous voyons s’accélérer l’intégration politique dans les pays de résidence? Enfin, quel est l’intérêt stratégique de ces populations? Ce sont là quelques problématiques à débattre entre les différents acteurs. En attendant, utilisons plus les autres droits ouverts: droit de pétition, droit de motion législative, participation aux autres instances constitutionnelles.
Source : extrait de l’intervew https://www.maroc-hebdo.press.ma/driss-elyazami-politique-marocains-immigration
