Il est temps. Depuis longtemps. La meilleurestratégie pour mettre fin à une occupation sans cesse plus sanglantec’est qu’Israël devienne la cible du type de mouvement mondial qui amis fin à l’apartheid en Afrique du Sud.
2.Israël n’est pas l’Afrique du Sud. Evidemment pas. La pertinence dumodèle sud africain tient en ce qu’il prouve que la tactique BDS peutêtre efficace quand les mesures plus légères (protestations, pétitions,lobbying d’antichambre) ont échoué. Et il y a effectivement de pénibleséchos : les cartes d’identité et les permis de conduire avec leur codede couleurs, les maisons rasées au bulldozer et les déplacementsforcés, les routes réservées aux colons. Ronnie Kasrils, politicien sudafricain important, a dit que l’architecture de la ségrégation qu’il apu voir en Cisjordanie et à Gaza en 2007 était « infiniment pire quel’apartheid ».
3.Pourquoi faire d’Israël un cas à part alors que les Etats-Unis, laGrande Bretagne et d’autres pays occidentaux font les mêmes choses enIrak et en Afghanistan ? Le boycott n’est pas un dogme ; c’est unetactique. La raison pour laquelle la stratégie BDS devrait être tentéecontre Israël est pratique : dans un pays aussi petit etcommercialement dépendant, cela pourrait effectivement marcher.
4.Les boycotts rompent la communication ; il nous faut davantage dedialogue, pas moins de dialogue. A ceci, je répondrai par une histoirepersonnelle. Pendant huit ans, mes livres ont été publiés en Israël parune maison d’édition appelée Babel. Mais lorsque j’ai publié The ShockDoctrine [La Stratégie du Choc, Actes Sud], je voulais respecter leboycott. Sur le conseil de militants BDS, j’ai contacté un petitéditeur appelé Andalus. Andalus est une maison d’édition militante,profondément engagée dans le mouvement anti-occupation et c’est aussile seul éditeur israélien à se consacrer exclusivement à la traductionen hébreu d’écrits arabes. Nous avons rédigé un contrat garantissantque toute la recette irait au travail d’Andalus et rien à moi. End’autres termes, je boycotte l’économie israélienne mais pas lesIsraéliens.
Proposerce plan requiert des dizaines de coups de téléphone, de courriels et demessages, de Tel Aviv à Ramallah, de Paris à Toronto ou la ville deGaza. Ce que je veux dire, c’est que dès que vous commencez à mettre enœuvre une stratégie de boycott, le dialogue augmente de façonspectaculaire. Et pourquoi ne le ferait-il pas ? Construire unmouvement requiert de communiquer sans fin, comme beaucoup de ceux quis’étaient engagés dans la lutte anti-apartheid s’en souviennent.L’argument qui veut
que soutenir des boycotts nous couperait les unsdes autres est particulièrement spécieux étant donné le déploiement detechnologies de l’information bon marché que nous avons sous la main.Nous sommes submergés par les moyens de fulminer les uns sur lesautres, par delà les frontières nationales. Aucun boycott ne peut nousarrêter.
Biendes sionistes fiers de l’être se préparent, là maintenant, à marquerdes points essentiels : ne sais-je pas que beaucoup de ces jouetshigh-tech proviennent des parcs de recherche israéliens, leadersmondiaux en technologie de l’information ? Certes, mais pas tous. Aprèsquelques jours de l’assaut israélien contre Gaza, Richard Ramsey,directeur d’une compagnie de télécommunication britannique, a envoyé uncourriel à la firme israélienne de technologie MobileMax. « Suite àl’action du gouvernement israélien de ces derniers jours, nous neserons plus en position d’envisager de faire des affaires avec vous niavec d’autres compagnies israéliennes. »
Contactépar The Nation, Ramsey a expliqué que sa décision n’était paspolitique. « Nous ne pouvons nous permettre de perdre des clients.C’était donc une défensive purement commerciale. »
C’estce genre de froid calcul commercial qui avait conduit beaucoup decompagnies à quitter l’Afrique du Sud, il y a deux décennies. Et c’estprécisément le genre de calcul qui constitue notre espoir le plusréaliste d’amener la justice, si longtemps refusée, en Palestine.
