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Maroc : Les MRE sont les magrhébins les plus touchés par la crise

Il y a seulement trois mois, on était «bikhir». On a passé des vacancessuperbes au Maroc. Au retour, on est tombé dans la m… Le licenciementsec a également les MRE et  l’ensemble du personnel dans la boîte où jetravaille. Pas moyen de se maintenir. Le patron lui-même s’est inscritaux ASSEDIC (chômage)». Abbès est sonné par le déluge social qui acommencé à sévir en France. Il ne comprend pas. Seule consolation : larecrudescence des licenciements parmi ses amis. Il sait aujourd’hui,qu’il ne pourra pas avant longtemps, envoyer un seul euro à Machrâa BelKsiri où ses parents et ses trois frères chômeurs subsistent grâce auxtransferts qu’il leur fait parvenir par Western Union. Ici, ses deuxjeunes enfants et sa femme doivent désormais sacrifier la sortie dusamedi chez les cousins et amis et, plus encore, la récréation-caféchez Robert, non loin de Tati. En réalité, les 3,5 millions de MRE dontles transferts constituent la principale source de devises du Royaume,ont vite intégré l’ampleur de la crise. Les faux frais, les voyageséclairs au Maroc et les prêts au frère ou au cousin relèvent déjà dupassé.
La peur des lendemains
La ceinture est serrée et lapeur des lendemains sombres commande désormais les attitudes et lescomportements. Bien sûr, les délégations des banques marocaines enEurope continuent à vanter leurs produits d’épargne, promettre descrédits immobiliers à bas taux et même bénéficier de reportd’échéances. Mais chacun sait que l’horizon est sombre et qu’il estplus que jamais nécessaire de préparer des parades à la crise. Mustaphaa déjà pris les devants. «Je me suis mis d’accord avec mon patron surun licenciement pour faute grave. Cette formule me permet de m’inscrireau chômage en bénéficiant d’indemnités conséquentes durant 37 mois.Pendant ce temps-là, je travaillerai au noir à 60 euros par jour. Pasd’impôts, pas de tracasseries avec les services sociaux !». Mais toutle monde n’est pas électromécanicien, qui plus est spécialiste dessemi-remorques comme Mustapha. «Les difficultés que rencontreront lesMRE durant cette crise, viendront du fait que ces derniers se composentmajoritairement de deux grandes catégories : d’une part, les profilssurdimensionnés qui ne peuvent trouver des emplois que – précisément-dans les niches frontalement frappées par la crise financière etéconomique et, d’autre part, les ouvriers non qualifiés», assure SophieAchouchi, chargée de développement Europe chez une filiale de LVMH.
Cela dit, le pays d’origine souffrira autant de cette crise dont lesprémisses se sont faufilées à travers le trapèze boursier, sans quel’on y prenne garde. Les transferts de fonds des MRE ont représentéplus du double des investissements directs étrangers et auraientatteint, en 2007, la somme de 57 milliards de dirhams. On a même puenregistrer l’engrangement lors du premier semestre 2008 de 3,5milliards de dollars, soit une hausse de 5% par rapport à la mêmepériode de l’année précédente. Mais la foudre a frappé aussitôt et lesintempéries sont venues rappeler aux Marocains leurs fragilitésdiverses et variées. Parmi ces fragilités, il est un fait peu connu ducommun des Marocains : Citant le Conseil déontologique des valeursmobilières (CDVM), l’Oxford Business Group (OBG, un cabinetd’intelligence économique basé à Londres) relève que le nombre des MREa constitué 58% du nombre total des «étrangers» qui ont investi dans laBourse de Casablanca. Parallèlement, les Organismes de placementcollectif en valeurs mobilières (OPCVM), ou fonds mutuel, ont attiré leplus les MRE qui ont transféré 1,68 milliard de dollars au titre del’année 2007 – soit une part de 27,8% de l’ensemble des investissementsen titres d’OPCVM. Cette épargne boursière bien consistante des MRE adonc été pénalisée par la crise financière qui n’a pas épargné leMaroc. La crise n’a pas épargné l’informel non plus. Quartier LesBosquets à Montfermeil. Ici, la mémoire collective garde jalousementles affrontements sanglants entre les jeunes des quartiers et lesforces de l’ordre pilotées par l’ex-ministre de l’Intérieur Sarkozy.C’est ici que le Karcher fut évoqué par celui qui deviendra Président.
Fermetures d’usines
Le marché des Bosquets n’est que l’entrée en matière d’un véritablesouk qui se tient deux fois par semaine à quelques enjambées de là :Clichy-sous-Bois. «Il y a quelques semaines encore, je pouvais dépensersans lésiner sur les légumes, les fruits et la viande. Je ne peux plusacheter des sacs de 10 kg de pommes de terre, de carottes,d’oignons…etc. et des cartons de cinq poulets. Maintenant, je vaismolo-molo. On ne sais pas de quoi demain sera fait», raconte FatihaLamrani, pourtant cadre moyen de la fonction publique territoriale duDépartement de Seine-Saint-Denis. Mère de deux enfants, elle n’hésitepas à dire qu’elle pourrait, le cas échéant, vendre sa maison deMohammedia pour faire face à la panoplie de crédits qu’elle acontractés en France. Même les vendeurs à la sauvette qui peuplentl’intersection des boulevards Rochechouart et Barbès n’ont plus le venten poupe. L’informel ne nourrit plus suffisamment son homme «Les gensvont vers les objets utilitaires plus que vers les gadgets», affirmekader, 15 ans de «business» à Barbès. Au commissariat du quartier, onn’établit plus mécaniquement les PV des ventes à la sauvette : «Si onn’est pas sur un flag, on laisse passer. La majorité de ces jeunes ontleurs papiers en règle. Ils ne trouvent pas de boulot. On ferme lesyeux deux fois sur trois», assure un inspecteur accoudé à un bar de larue Mira en sirotant un thé.

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