
(Paris) La candidate du parti Rassemblement national Marine Le Pen affronte de vives dissensions internes dans son parti, l’obligeant à suspendre un haut responsable de sa campagne pour avoir donné des informations confidentielles à son rival Éric Zemmour.
LÉON BRUNEAU AVEC LE PÔLE POLITIQUE DE L’AFPAGENCE FRANCE-PRESSE
L’eurodéputé et membre dirigeant du RN Nicolas Bay, qui envisage de rejoindre Éric Zemmour, a été suspendu de toutes ses fonctions y compris celle de porte-parole, a annoncé la direction du parti qui l’accuse d’avoir transmis « depuis des mois des éléments stratégiques et confidentiels à notre concurrent direct Éric Zemmour ».
La candidate du RN fait face depuis des semaines à une série de défections vers son rival d’extrême droite, dénonçant une « campagne de sabotage » interne au parti et parlant de « haute trahison » et de « limaces poisseuses ».
Problèmes de parrainages
Ce n’est pas le seul souci de Marine Le Pen qui reste cependant créditée de 17 % dans les sondages d’intentions de vote, en deuxième position derrière Emmanuel Macron (25 %) mais devant Éric Zemmour et la candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse.
À 54 jours du premier tour, la recherche des 500 parrainages d’élus, nécessaires pour pouvoir se présenter, s’est en effet transformée en véritable course d’obstacles pour plusieurs candidats, dont Mme Le Pen.
Marine Le Pen en a récolté 274 selon la liste actualisée publiée mardi par le Conseil Constitutionnel, se disant « très inquiète pour l’obtention » de ses parrainages.
En France, en vertu d’un système électoral qui décourage les candidatures non sérieuses, les candidats doivent obtenir le parrainage de 500 élus. Les députés, sénateurs, maires, conseillers municipaux et départementaux, ainsi que de nombreux autres élus sont habilités à signer un parrainage. L’exigence des 500 parrainages a souvent été critiquée comme étant trop restrictive.
« Je serai probablement amenée à faire un appel directement aux maires, car j’ai les plus vives inquiétudes », a-t-elle dit lors d’un déplacement dans l’Aisne en s’en prenant à l’« aide » apportée, selon elle, par les Républicains de Valérie Pécresse à Éric Zemmour.
Zemmour est aussi à la peine, avec seulement 250 parrainages signés, mais son entourage assurait mardi avoir « enregistré plus de 500 promesses ». « Il faut que les maires comprennent bien que cette campagne a besoin d’un débat démocratique et loyal », a insisté son porte-parole Guillaume Peltier sur France 2.
Plusieurs candidats de gauche ayant dans les sondages une fraction des soutiens de MMes Le Pen et Pécresse et de M. Zemmour n’ont pas ce problème. L’écologiste Yannick Jadot et le communiste Fabien Roussel se sont ainsi approchés mardi du seuil des 500 parrainages.
MM. Jadot et Roussel ont recueilli respectivement 450 et 492 parrainages, selon cette liste, qui voit la candidate de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud se qualifier pour la troisième fois à la présidentielle avec 509 signatures d’élus.
Les candidats doivent impérativement obtenir 500 parrainages d’élus d’ici le 4 mars pour pouvoir participer au scrutin du 10 avril.
Parmi ceux déjà qualifiés, Emmanuel Macron, qui temporise sur l’annonce de sa candidature et comptait mardi 1260 signatures validées, sa rivale de droite Valérie Pécresse (1824) et la socialiste Anne Hidalgo (1007).
Taubira à la peine
Quant à Christiane Taubira, elle est sérieusement à la traîne avec 73 parrainages seulement.
Le « retrait » lundi du Parti radical de gauche (PRG) de la campagne de l’ancienne ministre de la Justice, qui a échoué à rassembler la gauche malgré sa victoire fin janvier à la Primaire populaire, pourrait être le coup de grâce pour une candidate qui stagne à 5 % ou moins dans les intentions de vote.
Ses partisans réunis dans le collectif « Taubira pour 2022 » sont « révoltés » et appellent à un rassemblement mercredi à 19 h 30 devant le Conseil constitutionnel.
Selon eux, l’ancienne Garde des Sceaux est « menacée de ne pouvoir se présenter à cause de l’action des partis qui s’opposent frontalement et violemment aux citoyens ».
Mardi soir, Mme Taubira a assuré qu’elle allait « continuer » sa campagne, invoquant le mandat confié par la Primaire populaire. « Je n’ai pas fait le deuil de cette élection », a-t-elle affirmé sur LCI. Lundi soir, un proche de la candidate était mois optimiste, admettant ne pas être sûr qu’elle sera « sur la ligne de départ le 4 mars ».
Zemmour appelle Trump
Entretemps, Éric Zemmour qui selon un sondage Harris Interactive paru mardi dépasse Valérie Pécresse d’un demi-point à 14,5 %, a voulu se donner une dimension internationale, en faisant savoir mardi qu’il avait échangé la veille par téléphone avec l’ancien président américain Donald Trump.
Ce dernier lui a conseillé d’être « sincère ». « Ca me paraissait intéressant de confronter nos regards » sur « les destins respectifs de la France et des États-Unis pris dans la tourmente d une même guerre de civilisations », a expliqué le candidat.
La déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, confrontée à deux crises internationales avec l’Ukraine et le Mali, se fait elle toujours attendre.
Selon une source gouvernementale, il sera « compliqué » pour le chef de l’État d’être au Salon de l’agriculture, qui commence le samedi 26 février, « en n’étant pas encore candidat ». « Mais il n’est pas impossible qu’il se déclare au salon », ajoute cette source, assurant que « tout est prêt pour les 15 premiers jours de la campagne, les déplacements et les mesures ».
D’ici là, le premier ministre Jean Castex a annoncé le lancement le 25 février d’une « grande campagne », incitant les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et à voter.
Source : La Presse
