Atiti Conté a aujourd’hui 37 ans. Elle vit à Orléans. © Pascal PROUST
La Journée mondiale contre l’excision, ce dimanche 6 février, est l’occasion de tirer la sonnette d’alarme sur les mutilations sexuelles féminines dont sont victimes des millions d’enfants et jeunes adultes. L’Orléanaise Atiti Conté témoigne.
Atiti Conté n’avait pas 10 ans le jour où elle a été mutilée. Parmi d’autres petites filles, qui subissaient, sans comprendre ce qui leur arrivait, l’ablation de leur clitoris. L’excision.
La galère de la rue pour cette jeune mère réfugiée à Orléans avec ses enfants pour éviter l’excision de sa fille
“Ils avaient organisé une énorme fête”
Un sort subi par des centaines de millions de femmes dans le monde, que raconte cette élégante Orléanaise de 37 ans.
“Je vivais au Togo, et on était partis passer des vacances en famille en Guinée. Ils avaient organisé une énorme fête, c’était comme un rite de passage, au terme duquel nos tantes, nos mères nous transmettaient certaines valeurs sur la féminité et nous disaient ‘Tu es une femme maintenant’.”
Un rite de passage d’une violence inouïe.
“Tu as de la chance qu’on ne t’ait pas tout enlevé”
“On entre dans une petite pièce avec les autres filles, quelqu’un t’attrape les mains, quelqu’un d’autre les pieds, on te bande les yeux. On te charcute, tu passes à l’abattoir. On ne t’explique rien, tu n’as été prévenue de rien. Bien sûr, à force d’entendre les filles avant soi crier, on devine que ce n’est pas gai, mais on y passe quand même.”
ATITI CONTÉ (Orléanaise de 37 ans)
Elle raconte la douleur, “le choc de ce qui nous a été fait”. Les questions pour comprendre ce qu’elle avait subi, pourquoi elle l’avait subi. Sans réponse, jamais.
“Ma mère m’a dit : “Tu as de la chance qu’on ne t’ait pas tout enlevé”. J’ai compris qu’elle, on lui avait retiré les deux lèvres en plus.” Puis est venue la convalescence, qui a duré plus d’un mois.
“Je ne pouvais pas m’asseoir, j’avais les jambes paralysées”
“Certaines filles luttent contre les infections pendant des mois, certaines décèdent.”
À titre personnel, elle a “souffert quand j’allais uriner, je ne pouvais pas m’asseoir, j’avais les jambes paralysées. J’ai ce souvenir d’être restée allongée plusieurs semaines”.
“Il existe quatre types de mutilations sexuelles féminines”, explique une gynécologue à Orléans
Des séquelles dans le corps, la tête et la vie sexuelle
Les séquelles, elle les subit encore aujourd’hui, dans son corps, dans sa tête, dans sa relation avec son compagnon.
“Mon compagnon, il est blanc, ça ne fait pas partie de sa culture. Dès le début, on en a parlé, il l’a accepté. J’ai la chance qu’il m’écoute. Des fois, avec des Africains, c’est dans leur culture et ça leur semble normal, ils ont du mal à prendre du recul et à écouter leur compagne.”
Un groupe de parole
L’écoute, l’échange, l’accompagnement. Des éléments essentiels pour Atiti Conté. C’est pourquoi, alors qu’elle rejoignait le Planning familial en tant que bénévole, elle s’est aussi inscrite au groupe de parole créé là par Nadine Ferandon.
“On est une bonne dizaine, chacune raconte son expérience, ose s’ouvrir, c’est de la thérapie de groupe”, raconte-t-elle.
“Je travaille encore pour me réapproprier mon corps : je fais de la danse contemporaine, afro-contemporaine, africaine, et du yoga. J’ai aussi connu quelques années de thérapie.”
ATITI CONTÉ
“Pourquoi fait-on cela alors que c’est interdit?? Pour contrôler notre sexualité?? Pourquoi le fait-on aux filles de plus en plus jeunes, même aux bébés ? Pour qu’elles ne se débattent pas, ne se souviennent pas?? Je n’arrive pas à l’expliquer.”
Si la majorité des filles subissent l’excision à 4 ou 5 ans, d’autres en sont victimes à la puberté, ou en tant que jeunes adultes.
“Un contrôle du corps et de la femme”
“On est sur un contrôle du corps et de la femme, qui devient une bourse à pénétration sans plaisir.”
MONIQUE LEMOINE (Présidente du Planning familial du Loiret)
“Plusieurs femmes s’étaient ouvertes sur l’excision auprès de Nadine Ferandon, qui a proposé ce groupe de parole. On est concerné, même en France : malgré l’interdiction de pratiquer l’excision dans la plupart des pays d’Afrique noire et d’Afrique du nord, les mères continuent d’amener leurs filles là-bas pendant les vacances pour en ‘faire de vraies femmes’, comme ils disent”, souligne Monique Lemoine, au Planning familial du Loiret.
Appel à la vigilance
Et Atiti Conté conclut sur un conseil : “Si vous êtes en âge de poser les questions, demandez pourquoi vous allez en vacances en Afrique, dans quelles circonstances. Et une fois sur le terrain, restez vigilantes”.
Groupe de parole sur inscription auprès du Planning familial, au 6, rue du Brésil à Orléans, tél. 02.38.70.00.20, e-mail : contact@planning45.org
Numéro d’Allô enfance en danger (anonyme et gratuit, 24/24) : 119.
À savoir
55.000 à 60.000femmes environ en ont été victimes en France, selon les estimations. Il peut s’agir d’émigrées, mais aussi de Françaises que leurs familles ont amenées à l’étranger pour pratiquer la mutilation. Dans des cas rares, celle-ci est réalisée en France.
200 millionsde femmes sont concernées dans le monde, surtout en Afrique, où une femme sur trois en a été victime. L’excision est aussi pratiquée au Moyen-Orient, au Pakistan, en Inde, en Indonésie, en Thaïlande…
Un crimeLa mutilation sexuelle féminine est interdite dans la plupart des pays, même si ça n’en empêche pas la pratique.
En France, c’est un crime “passible de dix ans de prison, quinze ans de prison si c’est sur un mineur, vingt ans si on le fait subir à son enfant. Et tout professionnel de santé découvrant ces faits se doit de faire un signalement au procureur”, indique la gynécologue Catherine Leperlier.
