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Le long combat pour immigrer au Canada

 Marie-Pier Mercier

Vues d'Afrique

Marié depuis 10 ans à une Québécoise avec qui il a fondé une famille, Marco Mariatti a dû faire un véritable parcours du combattant avant d’obtenir sa résidence permanente. Sa bataille menée sur trois ans montre des ratés du système d’immigration au Canada, accentués par la pandémie.

Andréane Paquet et Marco Mariatti se sont rencontrés sur un bateau de croisière en Alaska, il y a 17 ans. Lui capitaine, elle commissaire de bord ; leur histoire d’amour a engendré trois enfants.

Sophia, 8 ans, Massimo, 5 ans et Émilie, 3 ans, sont tous nés en Italie. Leurs parents y ont vécu 12 ans avant de s’établir au Canada.Sophia, Massimo et Émilie, trois ans, ont vu très peu leur père pendant le processus d'immigration. © Andréane Paquet Sophia, Massimo et Émilie, trois ans, ont vu très peu leur père pendant le processus d’immigration.

Marco Mariatti a fait sa demande de résidence permanente en février 2019. Il l’a finalement obtenu il y a quelques semaines à peine.

On a ouvert le champagne! Ça faisait longtemps qu’il était là! Il a vieilli», dit à la blague Andréane Paquet.Marco Mariatti ont ouvert le champagne lorsqu'il a reçu sa résidence permanente par courriel.© Andréane Paquet Marco Mariatti ont ouvert le champagne lorsqu’il a reçu sa résidence permanente par courriel.

L’histoire de cette famille n’est pas unique. La pandémie a ralenti le processus d’immigration de bien d’autres ménages. Le ministère de l’Immigration a dû aussi concentrer ses ressources sur les réfugiés afghans cet automne.

Des dossiers simples», comme celui de Marco Mariatti, qui devaient se traiter en moins d’un an peuvent maintenant prendre entre deux et quatre ans, explique Johanne Boivin Drapeau, consultante en immigration canadienne. C’est rendu mon quotidien», commente-t-elle.

Un processus opaque

Ceux qui s’embarquent dans le processus d’immigration doivent s’attendre à des délais. Selon Marco Mariatti et Andréane Paquet, des améliorations pourraient toutefois être apportées afin de rendre le processus moins pénible. À commencer par la transparence.

Le manque de transparence de la part d’immigration Canada a tellement été dur. Tu appelles, il n’y a personne qui te répond. Il n’y a pas de ligne directe, ce sont toujours des messages automatiques», déplore Mme Paquet.

Nos familles paient pour un service, elles mettent leur confiance entre les mains du gouvernement, mais il n’y a aucune façon d’avoir un suivi sur son propre dossier», ajoute la consultante, Johanne Boivin Drapeau.

Afin d’obtenir des réponses, les familles ont pour seule option de se tourner vers leur député qui a accès à une ligne parlementaire.

Si cette avenue a été aidante pour le couple Paquet-Mariatti, elle n’a eu aucun succès pour France Gagné et sa femme d’origine cubaine.

J’ai fait des demandes à deux députés et j’ai eu une indifférence totale. Ils s’en foutent pas mal», constate-t-il.

L’homme de Québec, marié depuis novembre 2017, a fait 47 aller-retour en cinq ans entre le Québec et Cuba pour passer du temps avec sa conjointe. Magdalena Martínez est en attente de sa résidence permanente depuis décembre 2020.

On souffre parce qu’on a l’impression que personne ne s’occupe de nous autres. Il n’y a aucun contact humain avec Immigration Canada. Ce qui est le plus cruel, c’est d’être laissé dans l’ignorance. Pendant ce temps, nous, on a beaucoup de rêves en attente», dit-il.

Améliorer le système

Il a tout simplement l’impression qu’il n’y a pas de ministère de l’Immigration.France Gauthier, sa conjointe et son fils. © France Gauthier France Gauthier, sa conjointe et son fils.

Une ligne citoyenne?

Andréane Paquet croit qu’une ligne citoyenne devrait être mise en place.

Avec un agent qui te répond et qui peut t’expliquer ce qui manque dans ton dossier, par exemple», lance-t-elle.

Lundi le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser, annonçait des mesures visant à améliorer l’expérience client et à moderniser le système d’immigration.

L’embauche de nouveaux fonctionnaires permettrait notamment de réduire les délais de traitement.

Aider les clients à venir rapidement au Canada, avec des délais de traitement prévisibles et une communication efficace avec IRCC, demeure pour moi une priorité absolue», mentionnait Sean Fraser.

En attendant, Andréane Paquet et Marco Mariatti lancent un message aux familles dans l’attente.

Restez confiant, c’est dur, mais vous allez y arriver», conseille-t-il. Bientôt vous serez réunis», souligne avec espoir la mère de famille.

Source : Radio Canada

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