Par : Khalid Daher

Mort anthume : Tragique fin annoncée des garderies privées non subventionnées.
Discriminées et injustement écartées de toutes les aides des gouvernements, à cause d’une politique méprisante envers tout ce qui est privé qui n’a que trop duré et ce depuis plus de 22 ans, les garderies privées non subventionnées (GNS) sont en grève aujourd’hui et demain, partout au Québec.
À la suite des augmentations de salaire consenties aux éducatrices de CPE, beaucoup d’éducatrices de GNS prennent le chemin des CPE où les salaires sont devenus plus qu’attrayants. Cet exode causera inévitablement la fermeture de plus du tiers de ces GNS dont beaucoup ont déjà fermé ou alors fonctionnent à 40% à peine de leur capacité. Souffrance silencieuse sachant que le Ministre n’entend que celle des CPE qui souffrent moins mais très tapageurs. Une agonie dont personne ne parle, pourtant elle est là. Il suffit de tendre l’oreille.
La crise actuelle des places n’en est pas vraiment une, puisque les parents veulent des places subventionnées. Et c’est leur droit le plus fondamental, surtout en ces temps de pandémie. Comment peut-on admettre que des contribuables bénéficient de tout et d’autres de rien ? Du jamais vu. Aucune démocratie au monde ne tolérerait une telle inégalité entre deux contribuables. Pourtant, le Québec accepte bien cet état de fait, et depuis plus de 22 ans et semble bien s’en accoutumer.
Des centaines de milliers d’enfants de contribuables, plus d’un million jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas bénéficié de la contribution réduite depuis 1997, date de mise en place de cette politique pénalisante envers ces familles. Et tout le monde s’en félicite. On se croirait en plein Zinzin-istan.
Le comble c’est qu’elle a été conçue et pensée pour permettre aux familles à faible revenu d’accéder à des emplois. Mais quand on constate que beaucoup de CPE ont été érigés en plein quartiers riches, on ne peut que constater l’énorme dérapage qui ne trouve sa justification que dans l’incompétence de ceux qui l’ont permis. Quand on sait que la majorité des quartiers défavorisés restent sous équipés en places subventionnées, au vu et au su de tous. C’est à se demander s’il y avait vraiment une volonté d’en finir avec la paupérisation dans les quartiers défavorisés.
Aujourd’hui, cette politique qui n’avantage que les CPE a lamentablement échoué et il faut avoir le courage de le dire et de l’avouer ! C’est un constat d’échec total. Elle n’a pas répondu aux objectifs initiaux sans compter sa voracité budgétaire.
Si les syndicats, aidés par certains chercheurs aux objectifs non avoués, se sont érigés en penseurs et décideurs dans cette politique en faisant de l’ombre aux parents qui ne sont même pas représentés dans les comités consultatifs – une autre tare, l’avenir n’augure rien de bon pour le citoyen lambda qui ne comprend rien à ces jeux et calculs qui se déroulent dans les coulisses sombres en cette période de pré campagne électorale.
Acculées au mur, ignorées par un Ministre qui n’a d’yeux que pour les CPE, les GNS n’ont plus le choix, fermer deux jours ; le 20 et 21 octobre ou alors se résigner à une mort brutale et silencieuse dans les prochaines semaines par hémorragie accélérée de leurs éducatrices et même de leur clientèle.
Si abolir la modulation sans rien en échange peut être accepté comme promesse électorale, elle devient donc le signe même que ce gouvernement ne souhaite qu’une chose ; voir disparaitre les GNS de la surface du Québec. Il est sur la bonne voie apparemment. Il a donc démontré qu’il sait détruire. Mais sait-il vraiment construire et écouter ? Permettez-moi d’en douter !
Et comme l’a si bien exprimé Francis Ford Coppola :
“L’injustice est le plus grand facteur de dé-civilisation.”
Khalid Daher
