{"id":22065,"date":"2023-09-20T11:24:09","date_gmt":"2023-09-20T16:24:09","guid":{"rendered":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=22065"},"modified":"2023-09-20T23:51:06","modified_gmt":"2023-09-21T04:51:06","slug":"ligloo-des-errances-identitaires-un-livre-de-majid-bilal-ou-narration-et-poesie-sharmonisent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=22065","title":{"rendered":"L\u2019Igloo des errances identitaires, un livre de Majid Bilal o\u00f9 narration et po\u00e9sie s&#8217;harmonisent.."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-39.png\" rel=\"shadowbox[sbpost-22065];player=img;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"334\" height=\"500\" src=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-39.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-22067\" srcset=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-39.png 334w, https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-39-200x300.png 200w\" sizes=\"(max-width: 334px) 100vw, 334px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Quand Majid Blal m\u2019a demand\u00e9 une pr\u00e9face pour son recueil, , je me suis dit in petto&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Encore un tapuscrit comme les autres&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Quelques jours plus tard, j\u2019en ai commenc\u00e9 la lecture, sans me faire d\u2019illusion. A peine ai-je lu l\u2019incipit que j\u2019ai pris conscience de ma m\u00e9prise, de ma lourde m\u00e9prise, dois-je dire&nbsp;: l\u2019\u00e9crit que je croyais semblable \u00e0 ceux qu\u2019on m\u2019envoie r\u00e9guli\u00e8rement, s\u2019av\u00e8re une heureuse d\u00e9couverte, doubl\u00e9e d\u2019un plaisir de lecture rare. Une id\u00e9e me vient alors \u00e0 l\u2019esprit&nbsp;: \u00e9crire \u00e0 l\u2019auteur pour lui dire que son recueil se passerait bien de ma pr\u00e9face comme de celle de tout autre \u00e9crivain, aussi illustre soit-il&nbsp;; il se passerait \u00e9galement de toute relecture puisque le livre est parfaitement bien \u00e9crit. Ayant promis une pr\u00e9face \u00e0 Majid, je renoncerai finalement \u00e0 mon id\u00e9e, chose promise, chose due, dixit le dicton.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Igloo des errances identitaires <\/strong>est un recueil comprenant trente-six r\u00e9cits, majoritairement autobiographiques&nbsp;: des histoires du pays et d\u2019ailleurs, des po\u00e8mes en prose, des po\u00e8mes en vers, des fables, des r\u00e9flexions, des impressions, un hymne \u00e0 l\u2019amazigh et \u00e0 tous ceux et celles qui se battent pour que&nbsp;cette merveilleuse langue revive, un autre au pays d\u2019origine, un troisi\u00e8me au pays d\u2019accueil, une d\u00e9finition avis\u00e9e de \u00ab&nbsp;<em>la<\/em> <em>marocanit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb que nos concitoyens gagneraient \u00e0 lire &nbsp;en ces temps d\u2019incertitudes identitaires\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le narrateur s\u2019identifie \u00e0 l\u2019auteur dans tous les textes, hormis un, <strong>Noisette<\/strong>, o\u00f9 c\u2019est une certaine <em>Marie-Claire<\/em>, que je suppose \u00eatre la conjointe de l\u2019auteur, qui assume la fonction de narratrice \u00e0 la premi\u00e8re personne, racontant ainsi sa douleur de femme endeuill\u00e9e suite \u00e0 la disparition de <em>Noisette<\/em>, sa chatte. C\u2019est l\u00e0 sans doute le meilleur hommage qu\u2019un auteur puisse rendre \u00e0 la femme aim\u00e9e&nbsp;: lui confier la narration d\u2019un \u00e9pisode de son autobiographie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <strong>L\u2019Igloo des errances identitaires<\/strong>, les histoires sont aussi vraies qu\u2019originales, la composition y est maitris\u00e9e, le style propre, le ton juste et prenant. Trente-six r\u00e9cits et autant de morceaux d\u2019anthologie que j\u2019ai lus d\u2019une traite, malgr\u00e9 mon handicap visuel&nbsp;: une allergie aigu\u00eb \u00e0 la lumi\u00e8re bleue, qui a sensiblement r\u00e9duit mon temps de lecture sur \u00e9cran, et mon temps de lecture tout court.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue de Majid Blal est une heureuse exception dans la litt\u00e9rature marocaine d\u2019expression fran\u00e7aise. Une langue riche, fluide, imag\u00e9e, rythm\u00e9e, exquise, pour tout dire. Sa prose emprunte tellement \u00e0 la po\u00e9sie que, dans certains passages, je me suis surpris \u00e0 d\u00e9clamer, au lieu de lire. C\u2019est, \u00e0 titre d\u2019exemple, le cas de cette sublime d\u00e9claration d\u2019amour dans <strong>P\u00e8lerinage d\u2019une princesse<\/strong>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tu m\u2019es revenue. Comme un chaton qui gratte \u00e0 la porte, comme un sourire que je ne contr\u00f4le pas, comme une bouff\u00e9e d&#8217;air qui dissipe la fum\u00e9e de mes soucis, comme chaque fois depuis que ce n\u2019est plus moi qui vais te chercher. Tu es juste apparue dans ton halo qui emplit mon \u00e2me et mon \u00eatre de cette clairvoyance que per\u00e7oivent les illumin\u00e9s quand des voix leur soufflent des v\u00e9rit\u00e9s absolues<\/em><em>.<\/em>&nbsp;\u00bb Ou encore dans ce magnifique portrait du <strong>fou des fleurs<\/strong>, prisdans le r\u00e9cit \u00e9ponyme&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Par les matin\u00e9es orang\u00e9es du soleil avare, de ce pays; par les aubes gris\u00e2tres des hivers qui prennent en otage la vie du dehors; par la somme des deux saisons qui font l&#8217;ann\u00e9e, de son pas aphone, r\u00e9gulier, d\u00e9licat, mon voisin ira chercher son journal. Il ne part jamais, on ne le voit que revenir<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9crits sur une d\u00e9cennie, entre 2005 et 2016, les r\u00e9cits qui composent <strong>L\u2019Igloo des errances identitaires<\/strong> relatent une bonne partie de la vie du narrateur&nbsp;: depuis sa prime enfance dans son douar natal, \u00e0 la jonction des cha\u00eenes du Moyen et du Haut-Atlas oriental, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019installation au Qu\u00e9bec, en passant par l\u2019\u00e9cole coranique, le coll\u00e8ge de Midelt, le lyc\u00e9e Moulay Ismail \u00e0 Mekn\u00e8s, l\u2019expatriation au Canada, l\u2019universit\u00e9 de Sherbrooke, les gal\u00e8res de l\u2019immigr\u00e9 d\u00e9sargent\u00e9, sa \u00ab&nbsp;plus haute des solitudes&nbsp;\u00bb\u2026 \u2013 un long parcours sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches et de traquenards. Le narrateur est livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame depuis son plus jeune \u00e2ge, affrontant seul l\u2019adversit\u00e9, composant avec <em>l\u2019ennemi<\/em> trop puissant, se dressant contre lui d\u00e8s qu\u2019il montre les premiers signes de faiblesse, prenant ses jambes \u00e0 son coup quand le risque est r\u00e9el\u2026 Il y avait d\u2019abord la famille, tellement \u00e9crasante que, pour survivre, l\u2019enfant doit se dissoudre dans la communaut\u00e9, faire patte blanche, \u00ab&nbsp;<em>enfouir son \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans le \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb ind\u00e9fini&nbsp;<\/em>\u00bb; l\u2019impitoyable instituteur Bourguig et son gourdin; le cruel Bouzemane, le surveillant g\u00e9n\u00e9ral du coll\u00e8ge El-Ayachi, \u00e0 Midelt, o\u00f9 \u00ab&nbsp;<em>La torture et les s\u00e9vices corporels \u00e9taient le quotidien des \u00e9l\u00e8ves.&nbsp;<\/em>\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, les maltraitances, physiques du moins, n\u2019existent pas; &nbsp;la b\u00eatise, elle y s\u00e9vit autant, ou presque&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce dont j\u2019ai voulu me d\u00e9barrasser en quittant les montagnes de l\u00e0-bas, je l\u2019ai retrouv\u00e9 dans les suffisantes hauteurs de<\/em> <em>certains ici<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est <em>par exemple le cas &nbsp;de cette institutrice, adepte \u00ab&nbsp;de la p\u00e9dagogie du rejet<\/em>&nbsp;\u00bb qui avait ordonn\u00e9 \u00e0 la petite Samira, la fille du narrateur, \u00e9l\u00e8ve en troisi\u00e8me ann\u00e9e du primaire&nbsp;:&nbsp;\u00ab &nbsp;<em>Tu ne reviendras en classe que quand tu auras effac\u00e9 totalement ces salet\u00e9s sur tes mains&nbsp;!&nbsp;\u00bb. <\/em>Le narrateur, exc\u00e9d\u00e9, remettra l\u2019institutrice \u00e0 sa place et obtiendra m\u00eame que sa fille fasse, \u00e0 l\u2019intention de ses camarades de classe, et pas seulement, un expos\u00e9 sur le henn\u00e9&nbsp;! Morale de l\u2019histoire&nbsp;: l\u2019Occident, bien que tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9, est loin d\u2019\u00eatre l\u2019Eldorado que l\u2019on croit de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l\u2019Atlantique; et le combat contre la b\u00eatise, tare universelle s\u2019il en est, se poursuit ici comme ailleurs, ind\u00e9finiment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019igloo des errances identitaires <\/strong>est l\u2019une des \u0153uvres majeures de la litt\u00e9rature marocaine d\u2019expression fran\u00e7aise, o\u00f9 se manifeste, des les premi\u00e8res lignes, le talent ind\u00e9niable de l\u2019auteur ainsi que sa radieuse ind\u00e9pendance d\u2019esprit. Mon souhait est que cette \u0153uvre, une fois publi\u00e9e, parvienne au lecteur marocain et que la presse nationale lui accorde l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle m\u00e9rite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mohamed Nedali&nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand Majid Blal m\u2019a demand\u00e9 une pr\u00e9face pour son recueil, , je me suis dit in petto&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Encore un tapuscrit comme les autres&nbsp;!&nbsp;\u00bb Quelques jours plus tard, j\u2019en ai commenc\u00e9 la&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":22068,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[99,193,116],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22065"}],"collection":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22065"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22065\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22071,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22065\/revisions\/22071"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/22068"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}