{"id":15090,"date":"2023-10-20T01:57:35","date_gmt":"2023-10-20T06:57:35","guid":{"rendered":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=15090"},"modified":"2023-10-20T01:57:36","modified_gmt":"2023-10-20T06:57:36","slug":"les-veillees-des-ombres-la-suite-episode-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=15090","title":{"rendered":"Les Veill\u00e9es des ombres. (La suite\u2026) \u00e9pisode 4"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54.png\" rel=\"shadowbox[sbpost-15090];player=img;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54-1024x768.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-22235\" srcset=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54-1024x768.png 1024w, https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54-300x225.png 300w, https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54-768x576.png 768w, https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54-1536x1152.png 1536w, https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/image-54-2048x1536.png 2048w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>E-mail 13<\/p>\n\n\n\n<p>Comment j\u2019aurai r\u00e9agi il y a 2 ans ?<\/p>\n\n\n\n<p>Difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question hypoth\u00e9tique . J\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 ma s\u0153ur Sara hier, elle m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un fait impensable.<\/p>\n\n\n\n<p>Apparemment ta m\u00e8re avait envoy\u00e9 un message par ta grand m\u00e8re \u00e0 mes parents il y a 30 ans, elle avait propos\u00e9 de nous marier, et tous les deux, on serait all\u00e9s \u00e9tudier \u00e0 Montr\u00e9al. Sara a pr\u00e9cis\u00e9 que ta m\u00e8re avait propos\u00e9 de prendre en charge tes frais d\u2019\u00e9tude au Canada. Mais, ma m\u00e8re avait refus\u00e9, elle s\u2019\u00e9tait par la suite mordu les doigts aux dires de Sara.&nbsp;J\u2019ai aussi appris que tu avais pass\u00e9 des vacances avec Sara un certain \u00e9t\u00e9. Et voil\u00e0 le grand hic. Je n\u2019ai \u00e9t\u00e9 en aucun moment mis au courant de ces quelques d\u00e9marches, comme si je n\u2019\u00e9tais qu\u2019un objet avec aucun droit de regard.&nbsp;Je suis tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u ! Je m\u2019en voudrais d\u2019en vouloir \u00e0 ma m\u00e8re et de lui tenir rancune. Je crois que je ne lui en parlerai m\u00eame pas. Qu\u2019en penses tu ? C\u2019est une femme malade tr\u00e8s fatigu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 comment elle a r\u00e9ussi \u00e0 emp\u00eacher un si grand bonheur ou inconsciemment elle en a diff\u00e9r\u00e9 l\u2019essor et le d\u00e9nouement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai appris avec le temps &nbsp;que les \u00e9v\u00e9nements &nbsp;n\u2019arrivaient jamais pour rien, qu\u2019il faut vivre sa propre l\u00e9gende, son r\u00eave ( l&#8217;alchimiste)qu\u2019il faut \u00e9couter son c\u0153ur et faire confiance \u00e0 son \u00e2me, s\u2019affranchir de juger, c\u2019est valoriser l&#8217;\u00e2me, \u00e9manciper sa libert\u00e9 de penser, explorer les profondeurs des &nbsp;choses pour les amener \u00e0 la simplicit\u00e9&nbsp;et \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aimerai t\u2019\u00e9crire et t\u2019\u00e9crire et je ne m\u2019en lasserai jamais. Le devoir m\u2019appelle et je dois te quitter pour le bureau. Je ne sais pour combien de temps je serai capable de taire mes sentiments. J\u2019ai envie de tout t\u2019avouer et de &nbsp;d\u00e9nuder mon \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gros c\u00e2lin Mehdi.<\/p>\n\n\n\n<p>E-mail 14<\/p>\n\n\n\n<p>Ne serait-ce que pour cette information, je ne regretterai&nbsp; <strong>Jamais d\u2019avoir pris l\u2019initiative de&nbsp;te contacter.<\/strong> Je&nbsp;suis estomaqu\u00e9e par ce que je viens d\u2019apprendre.Mais Il n\u2019est pas dans ma nature d\u2019en vouloir \u00e0 qui que se soit, ni de porter un jugement h\u00e2tif. J\u2019ignore&nbsp; comment j\u2019aurai r\u00e9agi si mon fils avait demand\u00e9 \u00e0 se marier \u00e0 cet \u00e2ge pr\u00e9coce. J\u2019avoue que je suis \u00e9galement \u00e9tonn\u00e9e par la proposition de ma m\u00e8re. Cela ne lui ressemble nullement. <\/p>\n\n\n\n<p>Amale.<\/p>\n\n\n\n<p>Une semaine&nbsp; apr\u00e8s leur premier appel t\u00e9l\u00e9phonique, sept jours \u00e0 peine, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es de s\u00e9paration, il d\u00e9cida de l\u2019appeler sur son portable. Il \u00e9tait midi trente et elle venait tout juste de quitter son bureau. Elle fut un peu surprise par cet appel inattendu, et d\u2019une voix tremblante Mehdi lui dit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;-Amale, j\u2019ai quelque chose d\u2019important \u00e0 te dire. Amale, je t\u2019aime! Il pronon\u00e7a ces mots Comme un cri du c\u0153ur, refoul\u00e9 depuis des ann\u00e9es, un soupir de l\u2019\u00e2me qu\u2019elle ressentit comme un \u00e9cho.<\/p>\n\n\n\n<p>Et sans la moindre h\u00e9sitation elle lui avoua &nbsp;qu\u2019elle ressentait envers lui, une tendresse infinie. Elle parlait sans mesurer l\u2019impact de ses mots ni m\u00eame essayer de comprendre, comment \u00e0 son \u00e2ge, l\u2019amour de ses 15 ans pouvait encore subsister au fond d\u2019elle m\u00eame.&nbsp; Apr\u00e8s avoir raccroch\u00e9, elle fut confuse. Et avec un&nbsp;esprit critique, elle remit en doute ce qu\u2019elle venait de dire. Comment \u00e9tait-il possible d\u2019\u00e9prouver des sentiments envers une personne qu\u2019on avait perdue de vu depuis plus de vingt cinq ans ?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se devait&nbsp; de se rem\u00e9morer le pass\u00e9 afin d\u2019essayer de trouver une explication plausible \u00e0 leur r\u00e9action insens\u00e9e.&nbsp;Pourquoi cet amour de jeunesse une fois r\u00e9veill\u00e9,&nbsp; Paraissait comme une \u00e9vidence ? Comme un retour aux sources? Et d\u2019un coup, toute l\u2019histoire remonta \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que ces deux l\u00e0, \u00e9taient tomb\u00e9s amoureux l\u2019un de l\u2019autre durant les 12 jours pass\u00e9s ensemble l\u2019\u00e9t\u00e9 1984, sans pour autant&nbsp; \u00e9changer leurs sentiments avant de se quitter.<\/p>\n\n\n\n<p>Du haut de ses 15 ans et avec&nbsp;l\u2019innocence d\u2019une jeune de son&nbsp; \u00e9poque , elle fut &nbsp; fascin\u00e9e par chacun de ses regards tant\u00f4t&nbsp; bienveillants et profonds, tant\u00f4t vifs, exprimant une vivacit\u00e9 d\u2019esprit, une perspicacit\u00e9, un regard p\u00e9tillant comment si ses yeux souriaient. Ces&nbsp; regards&nbsp; qui captaient toute son attention, et dont elle ne perdait&nbsp;aucune miette de ce qu\u2019ils pouvaient exprimer, s\u2019\u00e9taient grav\u00e9s \u00e0 tout jamais dans sa m\u00e9moire. Une ou deux semaines plus tard, alors qu\u2019il \u00e9tait rentr\u00e9 chez lui \u00e0 Casablanca, il lui \u00e9crivit une lettre, dans laquelle il lui d\u00e9clarait son amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Cette lettre, Amale n\u2019avait jamais pu la lire, puisqu\u2019elle \u00e9tait tomb\u00e9e entre les mains de ses parents. Ces derniers ayant pressenti l\u2019intensit\u00e9 de leurs sentiments amoureux, lui conseill\u00e8rent de&nbsp;l\u2019oublier car cela risquerait de la distraire outre mesure et&nbsp;l\u2019emp\u00eacher ainsi de poursuivre ses \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait l\u00e0, face \u00e0 eux, \u00e0 les \u00e9couter la sermonner \u00e0 tour de r\u00f4le, alors que son \u00eatre profond fut ravi et agr\u00e9ablement surpris.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019arrangea pour avoir ses coordonn\u00e9es et lui promit de lui \u00e9crire r\u00e9guli\u00e8rement jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils puissent se retrouver lors des prochaines vacances.&nbsp;Elle avait d\u00fb lui envoyer &nbsp;plusieurs lettres tout au long de l\u2019ann\u00e9e qui suivit, mais il n\u2019en re\u00e7ut aucune.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9 d\u2019apr\u00e8s, elle fut invit\u00e9e par ses parents \u00e0 passer quelques jours en compagnie de sa s\u0153ur Sara, \u00e0 Casablanca, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 &nbsp;parti &nbsp;au Canada pour ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures, sans qu\u2019ils puissent \u00e9changer le moindre mot. Bien qu\u2019elle fut accueillie gentiment par toute la famille, ce s\u00e9jour fut des plus fades. Mehdi&nbsp; lui manquait terriblement. Durant ce s\u00e9jour elle avoua \u00e0 demi mot \u00e0 Sara qu\u2019elle \u00e9tait amoureuse de son fr\u00e8re. M\u00eame si elle commen\u00e7ait \u00e0 perdre l\u2019espoir que leur relation puisse voir le jour, elle tenait \u00e0 garder le contact avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vers la fin de l\u2019ann\u00e9e scolaire \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9t\u00e9 1984, elle re\u00e7ut une lettre de Sara lui annon\u00e7ant que Mehdi lui avait demand\u00e9 ses coordonn\u00e9es mais qu\u2019elle h\u00e9sitait \u00e0 les lui remettre. Suite \u00e0 cela, Amale t\u00e9l\u00e9phona \u00e0 Sara. Celle-ci toute f\u00e9brile de&nbsp;l\u2019avoir au bout du fil lui dit : \u00ab Amal ! il faut absolument que tu viennes,j\u2019ai beaucoup de chose \u00e0 te dire. Mehdi est rentr\u00e9 de Montr\u00e9al. Il m\u2019a beaucoup parl\u00e9 de toi. Il m\u2019a dit que tu \u00e9tais sa femme\u2026il faut vraiment que tu viennes .. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fut troubl\u00e9e par ce qu\u2019elle venait d\u2019entendre car cela signifiait que Mehdi ne l\u2019avait&nbsp; pas&nbsp; oubli\u00e9e malgr\u00e9 les deux ann\u00e9es pass\u00e9es. Elle ne pouvait s\u2019emp\u00eacher d\u2019y aller avec&nbsp; l\u2019appr\u00e9hension d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7ue \u00e0 nouveau. Elle fut aussi embarrass\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de le revoir en pr\u00e9sence de ses parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement &nbsp;\u00e0 son arriv\u00e9e, &nbsp;une grosse d\u00e9ception l\u2019attendait. En effet Sara&nbsp;et sa&nbsp;maman&nbsp;\u00e9taient assises au salon o\u00f9 un climat glacial &nbsp;se ressentait. Sara qui semblait tr\u00e8s enthousiaste&nbsp;&nbsp;au t\u00e9l\u00e9phone et impatiente de lui transmettre tout ce&nbsp;que&nbsp;Mehdi&nbsp;&nbsp;lui avait confi\u00e9, ne&nbsp;pronon\u00e7a&nbsp;pas un mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s g\u00ean\u00e9e, Amal voulu quitter les lieux au bout d\u2019un moment qui lui paraissait des&nbsp;plus&nbsp;longs. Puis&nbsp;elle fut retenue par la maman lui annon\u00e7ant&nbsp;que&nbsp;Mehdi&nbsp;n\u2019allait pas&nbsp;tarder \u00e0&nbsp;&nbsp;rentrer. Elle \u00e9tait l\u00e0, passive se posant &nbsp;mille&nbsp;questions mais n\u2019osa rien dire.&nbsp;Mehdi finit par arriver, accompagn\u00e9 de son invit\u00e9 canadien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin il \u00e9tait l\u00e0! Pensa t-elle&nbsp;secr\u00e8tement. Il allait &nbsp;pouvoir tout clarifier. Car&nbsp;elle lisait bien dans son regard qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas indiff\u00e9rent \u00e0 sa pr\u00e9sence, souriant et nerveux \u00e0 la fois.&nbsp;Peut \u00eatre&nbsp;m\u00eame un&nbsp;peu intimid\u00e9 par tous les autres, puisqu\u2019il \u00e9tait plus calme lorsqu\u2019il&nbsp;se retrouv\u00e8rent, tous les deux&nbsp;assis tout pr\u00e8s l\u2019un de l\u2019autre. Lui pensif, une cigarette \u00e0 la main et un regard profond, charg\u00e9 d\u2019\u00e9motions retenues &nbsp;pour on ne sait quelle raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vint le moment o\u00f9 elle devait repartir. Il la&nbsp;d\u00e9posa chez son p\u00e8re&nbsp;sans&nbsp;qu\u2019elle puisse avoir&nbsp;r\u00e9ponse \u00e0 toutes ses questions.&nbsp;Pourquoi avait-il \u00e9veill\u00e9 encore une fois en elle ses sentiments douloureux? Une&nbsp;semaine&nbsp;plus tard, elle&nbsp;fit une derni\u00e8re tentative en l\u2019appelant la veille de son d\u00e9part:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab&nbsp;-Allo! c&#8217;est toi Mehdi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui c&#8217;est moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>-Tu vas bien ? Je sais que tu repars demain au&nbsp;Canada ..<\/p>\n\n\n\n<p>-Oui effectivement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu m \u00e9criras Mehdi&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>-Oui bien s\u00fbr.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quelque chose dans sa voix lui disait qu\u2019il n\u2019en ferait rien, et que cet appel allait&nbsp;\u00eatre le&nbsp;dernier. Elle ne su jamais ce qui s\u2019\u00e9tait &nbsp;r\u00e9ellement produit, &nbsp;ni la raison pour&nbsp;laquelle Sara \u00e9tait rest\u00e9e silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fut submerg\u00e9e par le chagrin,&nbsp;la d\u00e9ception et l\u2019amertume durant quelques jours&nbsp;seulement, car&nbsp;elle avait cette facult\u00e9 de pouvoir zapper, occulter &nbsp;toutes les choses qui la faisaient tant&nbsp;souffrir,&nbsp;et&nbsp;tourna la&nbsp;page d\u00e9finitivement, un an plus tard, lorsqu\u2019elle apprit qu\u2019il \u00e9tait contraint de se marier&nbsp;avec une fille qui s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e accidentellement enceinte de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>En1986,&nbsp;Apr\u00e8s le bac Amale alla poursuivre ses \u00e9tudes&nbsp;\u00e0 Rabat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle rencontra &nbsp;une fille nomm\u00e9e Malak. Lorsqu\u2019elle l\u2019aper\u00e7ut pour la premi\u00e8re fois \u00e0&nbsp;la facult\u00e9, il y eut un d\u00e9clic, une forte impression de d\u00e9j\u00e0 vu de part et d\u2019autre, comme il en arrive tr\u00e8s peu dans une vie, une connexion inexplicable, et un air familier, alors que leurs chemins ne s\u2019\u00e9taient jamais crois\u00e9s auparavant.&nbsp;&nbsp;Malak devint&nbsp;tr\u00e8s vite une soeur, une confidente, &nbsp;sa colocataire. Elles partageaient &nbsp;leurs joies et leurs peines mais&nbsp;par dessus tout, le cousin de&nbsp;celle-ci&nbsp;s\u2019\u00e9tait&nbsp;av\u00e9r\u00e9 le meilleur ami de Mehdi. Ce&nbsp;jeune&nbsp;homme fort&nbsp;sympathique,&nbsp;humoristique, Simo qui venait de&nbsp;temps \u00e0 autre leur rendre visite, lui&nbsp;rappelait,&nbsp;un amour dont elle n\u2019avait jamais fait le deuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se sentait attir\u00e9e par lui uniquement parce qu\u2019il \u00e9tait l\u2019ami de Mehdi. Elle en \u00e9tait parfaitement consciente,&nbsp;mais cela ne l\u2019emp\u00eacha pas de sortir avec lui et cela ne dura que quelques semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, le fant\u00f4me de Mehdi hantait leur relation jusqu\u2019au jour o\u00f9 Amal fut&nbsp;profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7ue&nbsp;par un comportement immature de la part de Simo.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, on pr\u00e9senta \u00e0 Amal un m\u00e9decin dont les intentions \u00e9taient s\u00e9rieuses, de bonne famille, tout ce qu\u2019il y avait de plus stable lui inspirant une confiance absolue, et surtout il incarnait la maturit\u00e9 qu\u2019elle ne voyait pas en ces jeunes de son \u00e2ge. Il lui fit rapidement sa demande en mariage qu\u2019elle&nbsp;accepta.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Deux mois apr\u00e8s, un jour, alors&nbsp;qu\u2019elle&nbsp;pr\u00e9parait son examen, elle fut surprise par la visite de Simo accompagn\u00e9 de Mehdi.&nbsp;Et quelle surprise ! Elle fut heureuse de le revoir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Mari\u00e9e depuis peu, Amal avait d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 la page. Ses sentiments envers Mehdi n\u2019\u00e9taient plus d\u2019actualit\u00e9, du moins en surface. Cependant, une partie d\u2019elle br\u00fblait d\u2019envie de lui poser toutes ces questions qui \u00e9taient rest\u00e9es en suspens. Puis n\u2019osa rien dire, jugeant que cela n\u2019avait plus aucun int\u00e9r\u00eat. C&#8217;\u00e9tait \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>E-mail 15<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; Amale ma bien aim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de ce jour du mois d\u2019ao\u00fbt 1984 (30 ans auparavant) o\u00f9 tout a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019aurore. Mon p\u00e8re vigoureusement me r\u00e9veilla en m\u2019arrachant du lit, pendant que je humais le caf\u00e9, encore abruti par le sommeil. Je regardai mon p\u00e8re ex\u00e9cuter sa pri\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019aper\u00e7ut en train de le regarder et haussa la voix dans sa pri\u00e8re en m\u2019avisant ainsi de me d\u00e9p\u00eacher d\u2019aller m\u2019habiller. Un voyage avec mon p\u00e8re \u00e0 Fes en plein mois d\u2019ao\u00fbt &nbsp;pour rencontrer ses oncles, discuter de succession et de terres, pour un adolescent de mon \u00e2ge, l\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019y \u00e9tait certainement pas &#8230;ces discussions \u00e0 n\u2019en plus finir agr\u00e9ment\u00e9es de belles paroles et de mots bien choisis. &nbsp;Mes amis restaient \u00e0 Casablanca et avaient planifi\u00e9 diverses activit\u00e9s. En \u00eatre priv\u00e9 me peinait \u00e9norm\u00e9ment&#8230;Le devoir de l\u2019a\u00een\u00e9 m\u2019incita \u00e0 accepter mon triste sort.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pr\u00eemes la route juste apr\u00e8s la pri\u00e8re du Fajre &#8230;Mon p\u00e8re et sans interruption r\u00e9cita des versets du Coran \u00e0 tr\u00e8s haute voix pour une bonne demi heure &#8230;..Arriv\u00e9s chez son premier oncle nous f\u00fbmes re\u00e7u chaleureusement &nbsp;\u2026\u2026ce fut long et st\u00e9rile. ..la nuit chez cet oncle, j\u2018\u00e9tais pris entre deux implacables ronfleurs. Je ne fermai point l\u2019\u0153il, guettant impatiemment les premiers rayons de lumi\u00e8re, qui je l\u2019esp\u00e9rais mettraient fin \u00e0 leurs combats sonores. Ils avaient maintenu le rythme et surtout les d\u00e9cibels jusqu\u2019\u00e0 leurs r\u00e9veils. Assis autour de la table o\u00f9 un petit d\u00e9jeuner des plus copieux \u00e9tait servi &#8230; galettes aux miels .. batbout (pains vari\u00e9s) pour n\u2019en nommer que ceux ci.. il y avait bien entendu les fameuses olives rid\u00e9es noires..Ils en mangeaient, et son oncle avec fiert\u00e9 nous relata les circonstances de l\u2019acquisition de ce troph\u00e9e, et surtout de sa noble origine. Moi pour ma part je d\u00e9teste les olives. Le caf\u00e9 servi, mon p\u00e8re alluma une cigarette, moi &nbsp;je pris cong\u00e9 et allai faire de m\u00eame. Il y avait certaines g\u00eanes qu\u2019il fallait adopter, t\u00e9moignage d\u2019un respect auquel le patriarche tenait fermement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commen\u00e7ai d\u00e9j\u00e0 \u00e0 appr\u00e9hender le prochain oncle. Nous &nbsp;devions d\u00eener et ensuite&nbsp; passer la nuit chez lui. \u00c0 16 ans le seuil de tol\u00e9rance n\u2019\u00e9tait certes pas des plus hauts. &nbsp;mais nous avions d\u00e8s notre plus jeune \u00e2ge \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9s aux sens du devoir quelque soit son \u00e9tat, le sens du devoir fait loi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des adieux tr\u00e8s chaleureux dont l\u2019expression de part et d\u2019autre me paraissait disproportionn\u00e9e, et surtout exag\u00e9r\u00e9e, nous pr\u00eemes la direction vers le second oncle.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9, une odeur des plus \u00e2cres des plus r\u00e9pugnantes pour ne pas dire naus\u00e9abonde envahit mes narines. L\u2019odeur ne m\u2019\u00e9tant nullement famili\u00e8re, je n\u2019arrivais pas \u00e0 l\u2019apprivoiser&#8230; une tannerie. Non d\u2019une tannerie quelconque, mais plut\u00f4t la plus imposante, la m\u00e8re reine de toutes les tanneries du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p>Abstraction faite de l\u2019odeur, tous ces bassins archa\u00efques fa\u00e7onn\u00e9s par la main de l\u2019homme arboraient de vives couleurs. Des hommes, pantalons remont\u00e9s ,jusqu\u2019aux &nbsp;genoux plong\u00e9s r\u00e9p\u00e9taient inlassablement leurs marches stationnaires. Ils eurent \u00e0 travers les \u00e2ges s\u2019entendre sur une na\u00efve chor\u00e9graphie all\u00e9geant plut\u00f4t leurs souffrances.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Nous ne p\u00fbmes nous rendre avec la voiture chez son oncle. Les rues \u00e0 partir de l\u00e0 sont extr\u00eamement \u00e9troites et n\u2019offrent de passage qu\u2019aux pi\u00e9tons et aux \u00e2nes lourdement charg\u00e9s. \u00c0 leur passage, on s\u2019aplatissait contre les murs pour leur c\u00e9der le pas. \u00c0 la vue d\u2019un individu piquant sa monture avec une \u00e9norme \u00e9pingle, s\u00fbrement fa\u00e7onn\u00e9 pour la cause, afin de l\u2019inciter \u00e0 avancer, sans me rendre compte, je me ruai sur lui et l\u2019interpelai sur sa pratique. L\u2019homme avec vigueur me repoussa et enfon\u00e7a la chose dans ce qui me paraissait une gale&#8230;un endroit forg\u00e9 pour la cause. Mon p\u00e8re interv\u00eent en saisissant mon bras d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 \u00e0 s\u00e9vir.&nbsp;\u00ab&nbsp;Il n\u2019y a que la salet\u00e9 qui s\u2019incruste entre le doig et l\u2019ongle!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous y sommes presque. Tu sais mon fils, c\u2019est ici que j\u2019ai grandi. Mes meilleurs souvenirs sont l\u00e0. \u00bb Une rue d\u2019une \u00e9troitesse de boyau &nbsp;me laissa interdit. Avec du recul, je me souvins que Fes fut une cit\u00e9 tr\u00e8s prosp\u00e8re et riche. Les convoitises , afin de conqu\u00e9rir cette cit\u00e9, furent&nbsp; s\u00fbrement d\u2019\u00e9poque. C\u2019est peut \u00eatre pour contenir l\u2019ennemi que les rues \u00e9taient si \u00e9troites. Il y avait cette porte d\u2019une \u00e9paisseur d\u00e9mesur\u00e9e. Une ing\u00e9nieuse demi lune s\u2019inspirant d\u2019un fer \u00e0 cheval, devait annoncer notre arriv\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait juste la faire s\u2019entrechoquer contre une plaque de m\u00e9tal install\u00e9e \u00e0 cet effet. Son oncle nous ouvrit la porte. Un homme mince et nerveux. Sa nervosit\u00e9 refl\u00e9tait de la passion. Il parlait avec ses tripes. Les mots d\u00e9ferlaient de sa bouche telle une interminable fontaine. Rien de ce qu\u2019il disait ne fut agressif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il insulta l\u2019Alg\u00e9rie mais pas les alg\u00e9riens. Il nous exprima sa passion pour l\u2019\u00e9quipe du Mass, et sa reconnaissance envers Hazaz sans pour autant le glorifier ni l&#8217;id\u00e9aliser. \u00c0 mon \u00e2ge, l\u2019int\u00e9grit\u00e9 avait plut\u00f4t un sens patriotique. Et voil\u00e0 que ce tas d\u2019\u00e9nergie sans vraiment m\u2019adresser un mot et sans jamais le pr\u00e9m\u00e9diter m\u2019invitait \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;A partir de l\u00e0 d\u00e9buta notre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Une table ronde, Copieusement garnie. En face de moi&#8230;. un regard. Une Impr\u00e9visible apparition. Elle se tenait face \u00e0 moi dans tout ce que la nature pouvait cr\u00e9er en terme de splendeur.&nbsp; Un sourire permanent laissant para\u00eetre une joie inn\u00e9e. Elle n\u2019avait dit mot, Mais ses yeux s\u2019exprimaient dans un langage que mon \u00e2me ne put en saisir un d\u00e9but de sens qu\u2019une d\u00e9cennie plus tard. Je la contemplais \u00e0 travers des regards brefs mais soutenus. J\u2019eus beau vouloir me r\u00e9signer \u00e0 la quitter des yeux, je n\u2019y parvenais tout simplement pas, m\u00eame faisant appel \u00e0 ma pudeur, je ne pus abandonner. Un \u00e9tat d\u2019esprit dont j\u2019ignorais tout m\u2019avait m\u00e9dus\u00e9. Je m\u2019\u00e9tais trouv\u00e9 \u00e0 d\u00e9fier toutes les lois des bonnes convenances. son grand-p\u00e8re m\u00eame, \u00e9tant absorb\u00e9 par son d\u00e9bat avec mon p\u00e8re concernant la guerre au Sahara et les relations tendues &nbsp;avec notre voisin et suppos\u00e9 ami l\u2019Alg\u00e9rie aurait pu remarquer notre man\u00e8ge. J\u2019aurais &nbsp;alors commis une grave offense vis \u00e0 vis de celui qui avec beaucoup d\u2019attention, nous offrait l\u2019hospitalit\u00e9. Sans compter mon p\u00e8re qui lui, aurait ressenti une grande g\u00eane et pour moi une profonde indignation. Bien que furtifs mes regards, elle les remarqua. Le sien je m\u2019en souviens, \u00e9tait subtil, pudique et un sourire non interrompu ne faisant appel \u00e0 aucun effort.&nbsp; A la fin du repas, on vint porter \u00e0 mon arri\u00e8re oncle le n\u00e9cessaire pour pr\u00e9parer le th\u00e9. Tel un chef d\u2019orchestre il s\u2019ex\u00e9cuta \u00e0 la t\u00e2che dans des mouvements \u00e0 la fois pr\u00e9cis et gracieux. Il incorpora l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre tout les ingr\u00e9dients dans la th\u00e9i\u00e8re. Il rajouta l\u2019eau bouillante, la menthe et puis le sucre en dernier. Ensuite il d\u00e9posa la th\u00e9i\u00e8re sur un br\u00fbleur \u00e0 faible flamme et ne la quittait plus des yeux. Je pris cong\u00e9 et demanda \u00e0 mon arri\u00e8re cousin Omar de m\u2019accompagner fumer une cigarette. Omar est le fr\u00e8re de la maman \u00e0 Amale, et par la force des choses son oncle . La diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge n\u2019\u00e9tant que de quelques ann\u00e9es, Amale voyait en Omar des fois un grand fr\u00e8re des fois un ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Omar \u00e9tait une personne un peu r\u00e9serv\u00e9e mais tr\u00e8s sociable. Il aimait bien chanter, je me souviens encore de sa voix m\u00e9lodieuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ma joie ne pouvait plus se contenir, une excitation d&#8217;une f\u00e9brilit\u00e9 presque enivrante se r\u00e9pandit &nbsp;\u00e0 travers tout mon corps. Pourtant, tout ce que nous avions \u00e9chang\u00e9, quelques regards&#8230;.et ce sourire perp\u00e9tuel, presque jamais interrompu.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ressorti avec mon arri\u00e8re cousin fumer une cigarette. Il me parla de tout ce que l&#8217;on pouvait faire durant mon s\u00e9jour, qui \u00e0 l&#8217;origine ne devait se rallonger que de trois jours. Mais moi, tout mon esprit ne cogitait que pour elle. Elle, qui pourtant ne s\u2019\u00e9tait content\u00e9e de m&#8217;adresser &nbsp;que quelques subtils regards&#8230;et bien s\u00fbr &nbsp;son inoubliable sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais conscient de mon \u00e9tat&nbsp;et&nbsp;je savais qui en \u00e9tait responsable mais je n&#8217;arrivai pas \u00e0 cerner la rapidit\u00e9 dont son charme avait op\u00e9r\u00e9. D\u00e9sormais&nbsp;je reconnaissais avoir eu le coup de foudre.<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre de Omar \u00e9tait situ\u00e9e sur la terrasse&nbsp;en retrait&nbsp; du reste des&nbsp;habitations du riad, ce qui lui conf\u00e9rait une certaine intimit\u00e9.&nbsp;Et ce fut \u00e0 cet endroit que nous \u00e9change\u00e2mes nos premiers mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait si longtemps. Je ne me souviens que de quelques bribes de nos discussions. Aussi anim\u00e9s ,passionn\u00e9s, interminables fussent-ils, ces \u00e9changes me donnaient l&#8217;impression de l&#8217;avoir infiniment et toujours connue. Une bienveillance me gagna, \u00e9veillant en moi curiosit\u00e9 et bien \u00eatre. Je ne recherchais dor\u00e9navant&nbsp;que sa compagnie. Mais il y avait Omar, son cousin et Rime la soeur de Amale.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous arriv\u00e2mes \u00e0 discuter au travers &nbsp;de tout ce monde l\u00e0, mais nos instants privil\u00e9gi\u00e9s furent lorsque tout ce joli monde se coucha. Nous demeurions \u00e9veill\u00e9s jusqu\u2019aux petites heures du matin, ni sommeil ni fatigue, rien ne pouvait&nbsp; venir \u00e0 bout de notre qu\u00eat\u00e9 de rester ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Je la sentais tellement proche que des fois je la sentais en moi. Ni l&#8217;un ni l&#8217;autre ne voulions laisser para\u00eetre le moindre soup\u00e7on. Nous gardions jalousement et bien en secret&nbsp; cet \u00e9tat d&#8217;esprit \u00e0 la fois f\u00e9brile, agr\u00e9able et m\u00e9connu, mais surtout cette s\u00e9curit\u00e9 qui m&#8217;invitait \u00e0 juste \u00eatre moi m\u00eame.&nbsp;Ce que je ressentais au bout de deux jours, jamais auparavant je n&#8217;eus \u00e0 le ressentir. Je n&#8217;attendais que le moment du retour de nos escapades, dans les rues \u00e9troites de la vielle m\u00e9dina.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos excursions dans les rues de F\u00e8s n&#8217;avait ni itin\u00e9raire pr\u00e9cis ni but d\u00e9fini. Nous partions ainsi &nbsp;tous les gar\u00e7ons, Amal et sa s\u0153ur Rime ne pouvaient nous accompagner durant ces randonn\u00e9es. C\u2019\u00e9tait mal vu et c&#8217;\u00e9tait ainsi. J&#8217;avoue qu\u2019a l&#8217;\u00e9poque cette restriction me paraissait des&nbsp;plus normales. Deux jeunes filles de bonne famille ne sillonneaint pas les rues sans destination ni but pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers 13h&nbsp;nous retournions \u00e0 la maison pour le d\u00e9jeuner. Nous sortions plus tard dans l&#8217;apr\u00e9s midi,&nbsp;lorsque le soleil \u00e9tait plus cl\u00e9ment et la chaleur plus supportable. Je n\u2019aurais jamais pu imaginer qu&#8217;une telle chaleur pouvait exister.<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9s est une ville nich\u00e9e dans une vall\u00e9e entour\u00e9e de montagnes imposantes donnant une&nbsp;chaleureuse&nbsp;&nbsp;impression d&#8217;observer&nbsp;des m\u00e8res couveuses guettant vaillamment cette d\u00e9licate cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me pressais \u00e0 passer la porte en qu\u00eate&nbsp;de Amale. Je tournoyais dans toutes les directions \u00e0 sa recherche. Je ne pouvais bien entendu en aucun cas m&#8217;informer d\u2019elle. Cela aurait pu \u00e9veiller des soup\u00e7ons. Cela ne se faisait tout simplement pas, c&#8217;\u00e9tait ainsi .<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre \u00e9tait-elle retourn\u00e9e chez sa m\u00e8re. Si tel \u00e9tait le cas pour combien de temps?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Etait-elle partie pour une longue p\u00e9riode. Elle demeurait chez son grand p\u00e8re durant la p\u00e9riode scolaire, c&#8217;\u00e9tait commode \u00e0 bien des \u00e9gards, la proximit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole mais surtout cette paix, ce calme qu&#8217;elle avait rarement v\u00e9cu chez elle, cette tendresse et affection donn\u00e9e avec tant de bienveillance par&nbsp;ses deux grands parents chacun \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa grand-m\u00e8re lui avait transmis la &nbsp;passion de la musique, de la nature, et surtout un grand &nbsp;int\u00e9r\u00eat pour l&#8217;art. Son grand p\u00e8re lui avait appris l\u2019humilit\u00e9 le respect sans que cela ne touche \u00e0 sa fiert\u00e9 et \u00e0 &nbsp;sa dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n&#8217;apparaissait toujours pas et pourtant cela faisait un moment que&nbsp;nous \u00e9tions \u00e0 table. Un noeud me serra la poitrine. Aucune nourriture ne pouvait passer au travers de mon gosier, au risque de m&#8217;\u00e9touffer. Il y avait l\u00e0, ce noeud persistant \u00e9trangement douloureux qui me remplissait d&#8217;une peine inconnue .<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;-Maman ! Amale et Rime sont elles parties chez leur m\u00e8re? Interrogea Omar.<\/p>\n\n\n\n<p>-Oui mon fils &#8230;elles sont parties pour le d\u00e9jeuner, elles devraient \u00eatre de retour pour l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>A ces mots, et&nbsp;comme par enchantement ma peine disparut, &nbsp;laissant place \u00e0 un enthousiasme que je peinais \u00e0 r\u00e9primer. Il ne fallait pas que ce changement d&#8217;humeur paraisse juste apr\u00e8s cette nouvelle. Cela aurait peut \u00eatre trahi mes sentiments pour elle.&nbsp;Instinctivement nous portions une attention tr\u00e8s aiguis\u00e9e \u00e0 nos comportements&nbsp;en pr\u00e9sence de ses grands-parents, c&#8217;\u00e9tait ainsi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La faim me regagna soudainement \u00e0 la vue de ces deux coqs r\u00f4tis garnis d&#8217;oignons caram\u00e9lis\u00e9s, d&#8217;amandes grill\u00e9es servis sur un lit de sauce onctueuse, parfum\u00e9s d&#8217;herbes fines qu&#8217;elle se procurait dans son joli jardin si bien entretenu. Les salades se dressant en formation circulaire dans un tourbillon de couleurs et d&#8217;agr\u00e9ables textures et pr\u00e9sentation. Mais je ne pouvais acc\u00e9der \u00e0 toute cette nourriture si app\u00e9tissante puisse t-elle \u00eatre. J&#8217;avais d\u00fb refuser maintes et maintes invitations \u00e0 manger, pr\u00e9textant que j&#8217;avais mang\u00e9 des beignets \u00e0 la m\u00e9dina et que je n&#8217;avais pas faim. Je n\u2019avais pas d\u00e9jeun\u00e9 cette fois-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019arrive encore de sentir l\u2019odeur du pain fra\u00eechement cuit \u00e0 la maison de ton grand-p\u00e8re. Ton oncle Omar s\u2019endormait. Toi tu allais chercher du beurre et ensemble on en mangeait. Ce fut un merveilleux s\u00e9jour, o\u00f9 nous parlions jour et nuit sans jamais nous fatiguer. Mon premier&nbsp; v\u00e9ritable et dernier Amour. On s\u2019\u00e9tait promis&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, mon p\u00e8re devait repartir pour Casablanca. Je ne voulais plus y aller, je voulais rester dans cette ville que j&#8217;ai toujours m\u00e9pris\u00e9e, &nbsp;j&#8217;y \u00e9tais rest\u00e9, je pense 12 jours&#8230;les plus belles journ\u00e9es et nuits de ma vie&#8230;&#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p>Amal, tu as r\u00e9alis\u00e9 la chose la plus merveilleuse, celle de me contacter. Tu me fais sentir que j\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 une partie tellement importante de moi. On me l\u2019avait si sauvagement et injustement arrach\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019en veux \u00e0 personne ni n\u2019en garde rancune, sinon \u00ab demander \u00e0 &nbsp;Dieu de me donner la force de changer ce que je peux, et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 d\u2019accepter ce que je ne peux changer. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la question si tu m\u2019avais contact\u00e9 il y a deux ans, oui j\u2019aurai \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9, je pense que oui.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le moment, ta suggestion semble \u00eatre la meilleure, allons y doucement et exprimons nos pens\u00e9es et sentiments, sans freins aucuns.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du fond de moi m\u00eame je t\u2019aime Amal.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Mehdi<\/p>\n\n\n\n<p>A suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>E-mail 13 Comment j\u2019aurai r\u00e9agi il y a 2 ans ? Difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question hypoth\u00e9tique . J\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 ma s\u0153ur Sara hier, elle m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":85,"featured_media":22235,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[193,103,114],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15090"}],"collection":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/85"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15090"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15090\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22279,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15090\/revisions\/22279"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/22235"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15090"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15090"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15090"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}