{"id":1183,"date":"1999-02-15T16:26:00","date_gmt":"1999-02-15T16:26:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.maghreb-observateur.com\/1999\/?p=1183"},"modified":"1999-02-15T16:26:00","modified_gmt":"1999-02-15T16:26:00","slug":"les-bananeros-marocains-decouvrent-la-concurrence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=1183","title":{"rendered":"Les bananeros marocains d\u00e9couvrent la concurrence"},"content":{"rendered":"<div style=\"TEXT-ALIGN: justify\">(SYFIA Maroc) Pendant des ann&eacute;es, &agrave; l&#8217;abri de leurs serres et du march&eacute;, les bananeros marocains ont bien v&eacute;cu. Ils font &agrave; pr&eacute;sent la rude exp&eacute;rience de la concurrence. Importateurs et producteurs s&#8217;opposent. Le consommateur a, quant &agrave; lui, d&eacute;j&agrave; tranch&eacute; pour la qualit&eacute;&#8230; des bananes import&eacute;es.<\/div>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">Pays des oranges et de la tomate, le Maroc, curieusement, produit aussi des bananes. Bien que tropical, ce fruit, largement pr&eacute;sent sur les march&eacute;s internationaux puisqu&#8217;il est l&#8217;un des trois plus vendus dans le monde, fait l&#8217;objet d&#8217;une production significative dans le pays : pas moins de 100 000 t par an !<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">Cette surprenante acclimatation commence &agrave; la fin des ann&eacute;es soixante-dix. Rabat, d&eacute;cide alors de suspendre l&#8217;importation de nombreux produits, dont la banane. Son objectif : &eacute;conomiser les devises pour financer l&#8217;effort de guerre dans les provinces sahariennes.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">A cette m&ecirc;me &eacute;poque, le Maroc, sur financement de la Banque mondiale, cherche &agrave; d&eacute;velopper les cultures sous abri froid et produire des tomates d&#8217;hiver. Quelques audacieux r&eacute;ussissent &agrave; faire pousser des bananes sous des serres de 4 &agrave; 5 m, comme cela se fait en Gr&egrave;ce et aux Canaries.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">A l&#8217;abri de toute concurrence, ces pionniers b&eacute;n&eacute;ficient sur les march&eacute;s de prix extr&ecirc;mement r&eacute;mun&eacute;rateurs. Avec un co&ucirc;t de revient de 4,5 &agrave; 5 dirhams (1 dirham = 0,62 FF) et un prix de vente en gros d&eacute;passant &agrave; l&#8217;&eacute;poque les 12 dh, la marge atteint 7 dh au kilo. Un bon mara&icirc;cher, qui produit 70 t &agrave; l&#8217;hectare, pouvait ainsi compter sur un chiffre d&#8217;affaires de 840 000 dh et un b&eacute;n&eacute;fice de 490 000 dh &agrave; l&#8217;hectare (environ 300 000 FF &agrave; l&#8217;hectare). De quoi amortir ses installations d&egrave;s la premi&egrave;re r&eacute;colte.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\"><b>Un fruit en or<\/b><br \/>Cette arithm&eacute;tique all&eacute;chante, doubl&eacute;e d&#8217;une exon&eacute;ration totale des revenus agricoles, s&#8217;est vite &eacute;bruit&eacute;e. Tous les investisseurs en qu&ecirc;te d&#8217;opportunit&eacute;s se sont ru&eacute;s sur ce secteur. D&#8217;autant que la banane pr&eacute;sentait d&#8217;autres avantages d&eacute;cisifs pour ces apprentis agriculteurs. Facile &agrave; cultiver, rustique, elle ne n&eacute;cessite pas de connaissances agronomiques particuli&egrave;res. Elle demande peu de main-d&#8217;oeuvre : juste un ouvrier permanent qui loge sur place, surveille l&#8217;irrigation automatis&eacute;e au goutte &agrave; goutte et fait office de gardien.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">De plus, la r&eacute;colte se faisant en une ou deux fois, elle peut &ecirc;tre vendue &agrave; la ferme, &#8220;au cul du camion&#8221;. Le propri&eacute;taire encaisse donc directement le produit de sa r&eacute;colte. Un avantage capital dans un pays o&ugrave; toutes les transactions agricoles se font en esp&egrave;ces ce qui oblige les exploitants soit &agrave; faire totalement confiance &agrave; leurs ouvriers, soit &agrave; se rendre au march&eacute; eux-m&ecirc;mes.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">Pour toutes ces raisons, la banane est devenue la culture de pr&eacute;dilection des agriculteurs du dimanche, ces citadins, fonctionnaires ou chefs d&#8217;entreprises, qui, le week-end, viennent faire un tour rapide sur leur ferme. La moiti&eacute; des exploitations de bananes sont d&#8217;ailleurs situ&eacute;es pr&egrave;s de Rabat et Casablanca.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">Pour trouver une terre o&ugrave; s&#8217;installer, ces fermiers occasionnels ont fait flamber le prix du foncier. A la fin des ann&eacute;es quatre-vingt, l&#8217;argent &eacute;tait abondant ; beaucoup d&#8217;hommes d&#8217;affaires ont investi ce cr&eacute;neau, louant ou achetant &agrave; prix d&#8217;or des terres &agrave; proximit&eacute; des centres urbains o&ugrave; ils habitaient. Autour de Rabat, le prix de location &agrave; l&#8217;hectare est pass&eacute; de 1 500 dh &agrave; 15 000 dh. Le prix des terres &agrave; l&#8217;achat a parfois &eacute;t&eacute; multipli&eacute; par cent ! La banane &eacute;tait alors si rentable que ces sommes paraissaient supportables. Ce n&#8217;&eacute;tait pas le cas pour les autres producteurs, les c&eacute;r&eacute;aliculteurs par exemple, &agrave; qui on demandait des loyers souvent sup&eacute;rieurs au produit de la r&eacute;colte.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">Mais ces nouveaux agriculteurs, surnomm&eacute;s un temps bananeros par la presse, n&#8217;en avaient cure. Jouissant de relations, habiles &agrave; la n&eacute;gociation, c&#8217;est sans difficult&eacute; qu&#8217;ils obtenaient des pr&ecirc;ts de la Caisse Nationale du Cr&eacute;dit Agricole. Celle-ci leur avait ouvert grand le robinet du cr&eacute;dit, prenant presqu&#8217;un milliard de francs d&#8217;engagements dans une sp&eacute;culation qu&#8217;elle jugeait rentable et sans risque. Ce qui n&#8217;emp&ecirc;chera pas des ann&eacute;es plus tard ces m&ecirc;mes investisseurs de monter au cr&eacute;neau pour prot&eacute;ger leur paradis artificiel menac&eacute; par l&#8217;ouverture des fronti&egrave;res, au nom de la d&eacute;fense de l&#8217;agriculture nationale, des petits agriculteurs et de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">L&#8217;acte fondateur de la nouvelle Organisation Mondiale du Commerce, sign&eacute; en 1994 &agrave; Marrakech, jette un froid dans ces serres douillettes. Des licences d&#8217;importation de bananes ayant &eacute;t&eacute; &agrave; nouveau accord&eacute;es, on vit faire escale &agrave; Casablanca un bateau en provenance du Costa Rica. Les 570 t de bananes achet&eacute;es &agrave; Del Monte re&ccedil;urent un accueil enthousiaste sur les march&eacute;s marocains. Habitu&eacute;s &agrave; des fruits de petite taille, mal m&ucirc;ris et de qualit&eacute; jug&eacute;e m&eacute;diocre, les consommateurs trouv&egrave;rent &agrave; leur go&ucirc;t ces longues bananes claires, &eacute;tiquet&eacute;es et m&ucirc;ries &agrave; point.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">Cette premi&egrave;re importation fut un &eacute;lectrochoc pour tout un secteur qui, ce mois-l&agrave;, ne trouva plus d&#8217;acheteurs pour ses bananes, pourtant propos&eacute;es aux grossistes moiti&eacute; moins cher que celles import&eacute;es. Jadis dispers&eacute;s, les bananeros se sont vite regroup&eacute;s en une Association des producteurs de bananes (Aproba). Ils ont fait le si&egrave;ge du minist&egrave;re de l&#8217;Agriculture pour finalement obtenir &agrave; nouveau l&#8217;interdiction des importations. S&#8217;en est suivi tout un feuilleton &eacute;maill&eacute; de nouvelles autorisations et de nouvelles interdictions. Bref, une alternance de chaud et froid qui sent la fin d&#8217;une &eacute;poque.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\"><b>Une question de go&ucirc;t<\/b><br \/>Aujourd&#8217;hui, les prix de gros ont baiss&eacute; de moiti&eacute;, suite &agrave; l&#8217;engorgement du secteur. Les serriculteurs n&#8217;arrivent pas &agrave; faire progresser leurs rendements qui stagnent autour des 40 t\/ha alors que leurs coll&egrave;gues des Canaries atteignent souvent 100 t. Ils n&#8217;arrivent pas non plus &agrave; offrir aux consommateurs marocains un produit de qualit&eacute;. Ces derniers, ayant go&ucirc;t&eacute; de meilleurs fruits, d&eacute;laissent la banane nationale s&#8217;ils ont le choix, malgr&eacute; son prix inf&eacute;rieur de 20 %.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">En outre, les agriculteurs ne peuvent plus compter sur la mansu&eacute;tude d&#8217;un Cr&eacute;dit agricole moribond, devenu strict sur le remboursement des cr&eacute;dits depuis qu&#8217;il lutte pour sa survie. Importateurs et producteurs tentent depuis de s&#8217;entendre et de r&eacute;guler le march&eacute;. Ils se sont &agrave; cet effet constitu&eacute;s en Association des importateurs de bananes (APIBA) et essayent de d&eacute;finir des quotas que certains importateurs s&#8217;empressent de contourner.<\/p>\n<p style=\"TEXT-ALIGN: justify\">En 1995, les producteurs avaient demand&eacute; et obten<br \/>\nu un d&eacute;lai de dix ans pour amortir leurs installations, rembourser les 700 millions de dirhams qu&#8217;ils doivent encore au Cr&eacute;dit Agricole, et se mettre &agrave; niveau. En 2005, risque de s&#8217;&eacute;crire le dernier &eacute;pisode de l&#8217;aventure des bananeros marocains&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pays des oranges et de la tomate, le Maroc, curieusement, produit aussi des bananes. 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