{"id":11264,"date":"2021-10-25T16:05:59","date_gmt":"2021-10-25T21:05:59","guid":{"rendered":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=11264"},"modified":"2021-10-25T16:05:59","modified_gmt":"2021-10-25T21:05:59","slug":"destination-turquie-mariages-malheureux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=11264","title":{"rendered":"Destination Turquie : Mariages (mal)heureux"},"content":{"rendered":"\n<p>Par\u00a0Khadija Alaoui<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/femmesdumaroc.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/mariage.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/141c5231110cec921054553d324b475f?s=200&amp;d=mm&amp;r=g 2x\" height=\"100\" width=\"100\" alt=\"\" src=\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/141c5231110cec921054553d324b475f?s=100&amp;d=mm&amp;r=g\">En janvier 2020, 600 Marocaines ont \u00e9t\u00e9 escroqu\u00e9es par un Turc qui leur faisait miroiter un mariage de r\u00eave avec des hommes de son pays moyennant une somme rondelette. L\u2019escroc qui s\u2019est gargaris\u00e9 de ses exploits en direct \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision turque avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 le soir m\u00eame. Cette affaire avait mis sur les devants de la sc\u00e8ne l\u2019engouement des Marocaines pour les turcs et les terribles drames qui en r\u00e9sultent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es doubl\u00e9es en darija, et diffus\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es sur les cha\u00eenes marocaines, l\u2019image de l\u2019homme turc, beau, charmant, galant, \u00e9l\u00e9gant et amoureux transi a fait vaciller le c\u0153ur et l\u2019esprit des jeunes filles en fleur en qu\u00eate du prince charmant. Le Turc, affubl\u00e9 de toutes les qualit\u00e9s, devenait le valeureux chevalier des temps modernes, celui qui assurera \u00e0 sa belle une vie de contes de f\u00e9e.<br>La r\u00e9alit\u00e9 est parfois bien am\u00e8re, et de nombreuses jeunes filles en ont fait la triste exp\u00e9rience. L\u2019affaire qui a \u00e9clat\u00e9 en janvier 2020 en est la parfaite illustration. Un escroc turc ciblait des jeunes filles en qu\u00eate d\u2019un mari, et exigeait 50.000 DH pour leur trouver le conjoint de leurs r\u00eaves. Une fois arriv\u00e9es en Turquie, les filles se font confisquer leurs passeports. Et l\u00e0, elles d\u00e9chantent tr\u00e8s vite. Le bel homme attendu est en fait un homme \u00e2g\u00e9 ou un vieillard malade qui aurait pour sa part d\u00e9bours\u00e9 l\u2019\u00e9quivalent de 90.000 DH pour qu\u2019on lui trouve la perle rare. Les Marocaines, sans ressources et ne pouvant plus retourner dans leur pays d\u2019origine, se retrouvaient alors dans une situation inextricable&nbsp;: accepter ce mariage arrang\u00e9 ou se retrouver dans la rue. En fait, si l\u2019affaire des 600 Marocaines arnaqu\u00e9es a fait les choux gras des m\u00e9dias turcs, et d\u2019autres journaux de pays arabes qui ont tourn\u00e9 en d\u00e9rision ces malheureuses, il existe des centaines d\u2019autres affaires, souvent pass\u00e9es sous silence car les victimes n\u2019osent pas crier sur les toits leurs d\u00e9boires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un bon filon et des filles cr\u00e9dules<\/strong><br>C\u2019est ainsi que des interm\u00e9diaires matrimoniaux ont trouv\u00e9 ce filon et ont tiss\u00e9 leurs toiles pour y faire tomber de jeunes cr\u00e9dules. Houda El Kinani, Marocaine install\u00e9e en Turquie depuis plus de 16 ans et vice-pr\u00e9sidente de l\u2019association Dar Almaghrib \u00e0 Istanbul, a mis \u00e0 jour les dessous de cet horrible commerce dont sont victimes nos concitoyennes. Pour la militante associative, ce sont les difficiles conditions de vie et l\u2019ignorance totale des lois qui jettent les candidates au mariage dans les filets d\u2019escrocs sans scrupule. Les diff\u00e9rents cas qu\u2019elle a approch\u00e9s au cours de son action sur le terrain ont \u00e9t\u00e9 bern\u00e9s par des interm\u00e9diaires qui op\u00e8rent dans diff\u00e9rentes villes marocaines, et particuli\u00e8rement \u00e0 Casablanca et \u00e0 Mekn\u00e8s. C\u2019est le cas de Souad, \u00e2g\u00e9e de 20 ans. Elle est tomb\u00e9e dans le pi\u00e8ge ferr\u00e9 par une femme qui a facilit\u00e9 sa rencontre avec un Syrien install\u00e9 en Turquie. Celui-l\u00e0 arguant du fait qu\u2019il ne pouvait pas venir au Maroc faute de visa a demand\u00e9 la main de Souad via Wathsapp. Avec la b\u00e9n\u00e9diction de son p\u00e8re, la jeune femme est partie rejoindre \u201cson fianc\u00e9\u201d \u00e0 Istanbul. L\u2019homme lui a promis d\u2019authentifier leur mariage sit\u00f4t sa propre situation r\u00e9gularis\u00e9e. Un mois plus tard, il s\u2019\u00e9vapore dans la nature l\u2019abandonnant \u00e0 son triste sort. L\u2019histoire de Hasnaa est tout aussi path\u00e9tique. Cette trentenaire a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de se marier avec un Turc souffrant d\u2019un lourd handicap. Elle avoue n\u2019avoir jamais vu le mari\u00e9&nbsp;car la demande avait \u00e9t\u00e9 faite par le p\u00e8re. Quand elle a refus\u00e9 cette union, le p\u00e8re du mari\u00e9 a exig\u00e9 qu\u2019elle rembourse la somme de 2500 dollars pay\u00e9e \u00e0 l\u2019interm\u00e9diaire, faute de quoi il la jette en prison. Hasnaa n\u2019avait pas un sou\u2026 Depuis 2017, elle vit dans des conditions difficiles avec ce mari et sa famille dans un petit village au sud-est d\u2019Ankara\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une escroquerie bien ficel\u00e9e<\/strong><br>La militante associative Houda El Kinani a remont\u00e9 les fils de ces arnaques qui d\u00e9marrent sur les r\u00e9seaux sociaux. Des pages sont cr\u00e9es sur la plateforme et des titres all\u00e9chants ciblent les jeunes femmes d\u00e9sireuses de conclure un mariage avec des turcs jeunes et riches. Et d\u00e8s qu\u2019une fille like ou commente le post, l\u2019interm\u00e9diaire s\u2019empresse d\u2019\u00e9changer avec elle par messagerie priv\u00e9e lui faisant miroiter une vie de r\u00eave. Le sc\u00e9nario est presque toujours identique&nbsp;: la femme lui envoie la photo de l\u2019homme bien sous tous rapports, et sert d\u2019interpr\u00e8te entre les deux. Les occupations professionnelles de l\u2019homme, pr\u00e9sent\u00e9 comme un riche commer\u00e7ant l\u2019emp\u00eachant de se d\u00e9placer, il rassure la promise sur ses revenus et ses conditions de vie. En contrepartie, il exige qu\u2019elle soit pratiquante, voil\u00e9e et respectueuse\u2026 L\u2019affaire est vite boucl\u00e9e. Une fois sur place, les probl\u00e8mes commencent\u2026<br>En fait, le mariage d\u2019une Marocaine avec un Turc est parsem\u00e9 d\u2019\u00e9cueils. Ainsi, pour conclure une union en bonne et due forme, la femme est oblig\u00e9e de justifier d\u2019une r\u00e9sidence en Turquie. En l\u2019absence de cette condition, de nombreuses marocaines se marient selon une coutume connue au Maroc sous le terme de la \u201cfatiha\u201d, et que les turcs appellent \u201cimamnikahi\u201d (union religieuse devant imam), c\u00e9l\u00e9br\u00e9e souvent dans les zones les moins d\u00e9velopp\u00e9es de l\u2019est et du sud-est du pays. Ce genre d\u2019union n\u2019a aucune valeur juridique : il n\u2019est pas c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par les imams officiels, fonctionnaires de l\u2019Etat, et n\u2019est donc pas reconnu par les autorit\u00e9s turques. C\u2019est dire qu\u2019un tel mariage ne permet pas la reconnaissance des enfants et ne garantit aucun droit \u00e0 la femme en cas de divorce ou d\u00e9c\u00e8s du mari.<br>Et ce n\u2019est pas tout. Le turc qui cherche une \u00e9pouse d\u2019une autre contr\u00e9e est souvent d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9. La loi turque est cat\u00e9gorique \u00e0 ce sujet&nbsp;: \u201cUn mariage est consid\u00e9r\u00e9 comme nul et non avenue en cas de mariage avec une personne mari\u00e9e.\u201d De plus, la pratique du deuxi\u00e8me mariage devant imam, interdite depuis 1926 par le code civil de la r\u00e9publique la\u00efque fond\u00e9e par Mustafa Kemal, est passible d\u2019une peine allant jusqu\u2019\u00e0 deux ans de prison.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aucun statut l\u00e9gal<\/strong><br>Les Marocaines qui ont accept\u00e9 d\u2019endosser le r\u00f4le de seconde \u00e9pouse, raconte Houda El Kinani, vivent souvent l\u2019enfer. Parfois oblig\u00e9es de cohabiter avec la premi\u00e8re \u00e9pouse, elles sont assujetties au r\u00f4le de servante, corv\u00e9able \u00e0 merci, subissant des violences physiques et morales. Du fait qu\u2019elles n\u2019ont aucun statut l\u00e9gal, elles peinent m\u00eame parfois \u00e0 prouver qu\u2019elles sont les g\u00e9nitrices de leur enfant, surtout lorsque l\u2019accouchement s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 au domicile. C\u2019est le cas de Houria qui s\u2019est mari\u00e9e devant un Imam en 2016 ou encore de Radia qui vit sous la menace de se voir kidnapper sa fille par son \u201cmari\u201d syrien. Le cas de Radia est tr\u00e8s compliqu\u00e9, car non seulement elle ne peut pas prouver qu\u2019elle est la m\u00e8re de sa fille, mais de plus son mariage n\u2019est toujours pas authentifi\u00e9 et son passeport a expir\u00e9 depuis longtemps\u2026 Leila a eu, dans une certaine mesure, plus de chance. Le mari a reconnu leur fille, et le \u201ccontrat\u201d de mariage, comme le pr\u00e9voit le rituel devant imam, devrait lui assurer de quoi vivre en cas de s\u00e9paration consentie ou de r\u00e9pudiation. Mais aucune loi n\u2019oblige le mari \u00e0 s\u2019y conformer car il est prot\u00e9g\u00e9 par la loi qui ne reconna\u00eet pas les unions \u201cimamnikahi\u201d.<br>Ce tableau sombre des mariages des Marocaines avec des Turcs ne devrait toutefois pas occulter de belles histoires d\u2019unions heureuses et de happy ends.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par\u00a0Khadija Alaoui En janvier 2020, 600 Marocaines ont \u00e9t\u00e9 escroqu\u00e9es par un Turc qui leur faisait miroiter un mariage de r\u00eave avec des hommes de son pays moyennant une somme&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":9989,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[99,205,207,114],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11264"}],"collection":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11264"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11264\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11265,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11264\/revisions\/11265"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9989"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11264"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11264"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11264"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}