{"id":10380,"date":"2023-07-16T01:47:36","date_gmt":"2023-07-16T06:47:36","guid":{"rendered":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=10380"},"modified":"2023-07-16T01:47:36","modified_gmt":"2023-07-16T06:47:36","slug":"statut-des-femmes-au-maroc-la-complexite-dune-evolution-en-marche-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=10380","title":{"rendered":"Statut des femmes au Maroc : la complexit\u00e9 d\u2019une \u00e9volution en marche"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386726\/original\/file-20210226-23-15wuamv.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=10%2C0%2C1024%2C720&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=926&amp;fit=clip\" alt=\"Des Marocaines \u00e0 Rabat\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Des Marocaines lors d&#8217;une manifestation appelant \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des sexes \u00e0 l&#8217;occasion de la Journ\u00e9e internationale de la femme \u00e0 Rabat, le 8 mars 2015.&nbsp;Fadel Senna\/AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 l\u2019actualit\u00e9 au Maroc est marqu\u00e9e par la campagne&nbsp;#STOP490, lanc\u00e9e en f\u00e9vrier 2021&nbsp;par le&nbsp;collectif&nbsp;\u00ab&nbsp;Hors la Loi&nbsp;\u00bb, fond\u00e9 en 2019&nbsp;pour demander notamment la d\u00e9p\u00e9nalisation des relations sexuelles hors mariage, et que demeure ouverte depuis plus de deux ans la&nbsp;demande&nbsp;de changement de la loi relative \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage des femmes au Maroc, se pose plus que jamais la question du mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 attendu par une partie de plus en plus audible de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette question vient s\u2019ajouter celle, sous-jacente, de l\u2019articulation entre islam et modernit\u00e9 au Maroc \u2013 un pays o\u00f9, de par la Constitution, l\u2019islam est religion d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une r\u00e9forme en faveur des droits des femmes et de l\u2019enfant<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386733\/original\/file-20210226-13-1rnjql5.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386733\/original\/file-20210226-13-1rnjql5.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip\" alt=\"\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Une Marocaine tient une pancarte sur laquelle est \u00e9crit \u00ab&nbsp;Arr\u00eatez la violence\u2026 contre les femmes&nbsp;\u00bb lors d\u2019un rassemblement marquant la Journ\u00e9e internationale de la femme, le 8&nbsp;mars 2014, \u00e0 Rabat.&nbsp;Fadel Senna\/AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les indicateurs montrent des avanc\u00e9es encourageantes en mati\u00e8re de statut des femmes au Maroc depuis les ann\u00e9es&nbsp;2000, y compris concernant leurs droits au sein de la famille, avec en premier lieu la r\u00e9forme du&nbsp;Code de la famille&nbsp;de f\u00e9vrier 2004, qui avait r\u00e9pondu \u00e0 une attente nationale forte, en \u00e9cho avec le mouvement international consid\u00e9rant la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s hommes-femmes comme facteur de d\u00e9veloppement et de coh\u00e9sion sociale, \u00e0 l\u2019aune notamment du&nbsp;5\u1d49 objectif&nbsp;des Objectifs de d\u00e9veloppement durable 2015-2030 de l\u2019ONU, relatif \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9forme avait consacr\u00e9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les \u00e9poux dans la direction du foyer, \u00e0 travers leur coresponsabilit\u00e9 au sein de la famille \u2013 et, par l\u00e0 m\u00eame, la disparition du concept de l\u2019homme chef de famille.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, elle avait instaur\u00e9 le droit de la femme \u00e0 demander le divorce, une pr\u00e9rogative auparavant uniquement r\u00e9serv\u00e9e aux hommes par le biais de la r\u00e9pudiation&nbsp;; la possibilit\u00e9 du divorce pour m\u00e9sentente&nbsp;; la fixation de l\u2019\u00e2ge du mariage \u00e0 18&nbsp;ans pour filles et gar\u00e7ons&nbsp;; l\u2019abolition de la tutelle sur la femme majeure, lui permettant de se marier sans l\u2019accord d\u2019un tuteur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un processus prometteur en marche<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9forme avait \u00e9galement touch\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant, en permettant pour la premi\u00e8re fois en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage aux petits-enfants du c\u00f4t\u00e9 de la fille d\u2019h\u00e9riter de leur grand-p\u00e8re, au m\u00eame titre que les petits-enfants du c\u00f4t\u00e9 du fils. Autoriser les petits-enfants de la fille d\u2019h\u00e9riter de leur grand-parent maternel avait constitu\u00e9 une innovation de la loi marocaine, y compris par rapport \u00e0 la loi islamique.https:\/\/www.youtube.com\/embed\/BrFjqJzfw0E?wmode=transparent&amp;start=0Maroc&nbsp;: les droits des femmes encore \u00e0 conqu\u00e9rir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le code de 2004&nbsp;avait \u00e9galement \u00e9tabli pour la premi\u00e8re fois le droit de l\u2019enfant ill\u00e9gitime \u00e0 la reconnaissance de sa paternit\u00e9 dans le cas o\u00f9 il serait n\u00e9 d\u2019une relation hors mariage en raison de force majeure, \u00e9largissant le champ des preuves l\u00e9gales \u00e0 pr\u00e9senter au juge, alors qu\u2019auparavant, la r\u00e8gle \u00e9tait la non-reconnaissance syst\u00e9matique de l\u2019enfant n\u00e9 hors mariage.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9forme avait \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme une lib\u00e9ration de la femme marocaine du statut de \u00ab&nbsp;subordonn\u00e9e&nbsp;\u00bb, et de \u00ab&nbsp;mineure \u00e0 vie&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle avait auparavant, et avait eu le m\u00e9rite de montrer que les mentalit\u00e9s au Maroc n\u2019\u00e9taient pas rest\u00e9es fig\u00e9es dans le pass\u00e9, offrant l\u2019espoir de nouvelles r\u00e9formes \u00e0 venir. Elle avait eu le m\u00e9rite, aussi, d\u2019avoir eu un r\u00f4le d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur du changement, d\u00e9mystifiant l\u2019id\u00e9e longtemps dominante selon laquelle il \u00e9tait tr\u00e8s difficile, voire, inconcevable, de r\u00e9former le code marocain de la famille, per\u00e7u comme un corpus \u00ab&nbsp;sacr\u00e9&nbsp;\u00bb en raison du fait qu\u2019il puise sa source principale du rite mal\u00e9kite sunnite musulman.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Inad\u00e9quations entre mutation sociale et lois en vigueur<\/h2>\n\n\n\n<p>Si la mise en place des r\u00e9formes et les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s pour combattre les discriminations bas\u00e9es sur le genre sont en marche, des d\u00e9s\u00e9quilibres perdurent, et des chantiers restent ouverts pour consolider et g\u00e9n\u00e9raliser la mat\u00e9rialisation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes au Maroc ainsi que la protection des droits des femmes, plus en conformit\u00e9 avec l\u2019article 19 de la&nbsp;Constitution de 2011&nbsp;qui consacre le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 sur le plan des droits pour tous les Marocains.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386729\/original\/file-20210226-19-1lio69j.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Des Marocaines, \u00e0 Rabat, le 30&nbsp;mars 2019.&nbsp;Alberto Pizzoli\/AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour exemple, en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage, si les r\u00e8gles demeurent presque les m\u00eames quatorze si\u00e8cles apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam, il est difficile de nier que l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de solidarit\u00e9 qui les justifiait au temps du proph\u00e8te, consistant notamment en la prise en charge des femmes par les hommes de leur famille, r\u00e8gle sociale incontournable durant des si\u00e8cles, a \u00e9volu\u00e9 vers plus d\u2019individualisme dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, cette derni\u00e8re, en quelques d\u00e9cennies, est pass\u00e9e d\u2019une structure traditionnelle de nature patriarcale et tribale \u00e0 la famille nucl\u00e9aire de plus en plus urbanis\u00e9e, dans laquelle la femme s\u2019autonomise par le travail et contribue financi\u00e8rement \u00e0 la marche du foyer. Dans son \u00ab&nbsp;Rapport sur la Parit\u00e9&nbsp;\u00bb, publi\u00e9 en octobre 2015, le&nbsp;Conseil national des droits de l\u2019homme (CNDH)&nbsp;avait estim\u00e9 que \u00ab&nbsp;la l\u00e9gislation successorale in\u00e9galitaire participe \u00e0 augmenter la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des femmes \u00e0 la pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lois matrimoniales en lien avec le religieux<\/h2>\n\n\n\n<p>Autre exemple d\u2019in\u00e9galit\u00e9s en droits, le mariage entre une femme marocaine musulmane et un non-musulman non converti \u00e0 l\u2019islam n\u2019est pas permis en droit marocain.&nbsp;Une r\u00e8gle&nbsp;qui ne s\u2019applique pas \u00e0 l\u2019homme marocain, qui peut \u00e9pouser une femme des trois religions du livre sans obligation de conversion \u00e0 l\u2019islam. Si la femme marocaine musulmane \u00e9pouse \u2013 hors du Maroc \u2013 un non-musulman non converti \u00e0 l\u2019islam, les enfants n\u00e9s de cette union sont consid\u00e9r\u00e9s comme des enfants non l\u00e9gitimes au regard de la loi marocaine, qui ne reconna\u00eet pas cette union.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation est consid\u00e9r\u00e9e par nombre de Marocaines et de Marocains comme \u00e9tant non conforme \u00e0 la Constitution de 2011, dont l\u2019article 19&nbsp;consacre l\u2019\u00e9galit\u00e9 en droits entre tous les citoyens indistinctement de leur genre. Se trouve ainsi pos\u00e9e la question d\u2019offrir un statut juridique plus juste aux femmes marocaines qui \u00e9pousent des non-musulmans et aux enfants n\u00e9s de ces unions, et par extension, la question d\u2019une \u00e9ventuelle reconnaissance des mariages civils contract\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger entre une femme marocaine musulmane et un non-musulman non converti \u00e0 l\u2019islam, afin de trouver une issue \u00e9quitable \u00e0 une situation juridiquement et socialement inconfortable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le mariage des mineures<\/h2>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le contexte social et \u00e9ducatif, ainsi que l\u2019application imparfaite de certaines dispositions du Code de la famille, restent un frein \u00e0 la concr\u00e9tisation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019application du Code de la famille se heurte encore aujourd\u2019hui \u00e0 des difficult\u00e9s sur le terrain, notamment en zone rurale en ce qui concerne le&nbsp;mariage des mineures. En d\u00e9pit de la fixation de l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9 matrimoniale \u00e0 18&nbsp;ans pour les deux sexes lors de la r\u00e9forme du Code de la famille de 2004, 9&nbsp;% des mariages contract\u00e9s au Maroc pour l\u2019ann\u00e9e 2018&nbsp;\u00e9taient des mariages de mineurs. 90&nbsp;% concernaient des filles, alors m\u00eame que le Code de la famille ne pr\u00e9voit de d\u00e9rogation par voie judiciaire avant 18&nbsp;ans qu\u2019\u00e0 titre exceptionnel, et en tenant compte en priorit\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la mineure, \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une enqu\u00eate sociale, encore rarement appliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386728\/original\/file-20210226-15-jmbf68.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" alt=\"Une c\u00e9r\u00e9monie de mariage berb\u00e8re\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Une c\u00e9r\u00e9monie de mariage berb\u00e8re durant une f\u00eate traditionnelle, dans le Haut Atlas central du Maroc, le 21&nbsp;septembre 2019.&nbsp;Fadel Senna\/AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les statistiques montrent aussi que l\u2019avis favorable des juges sur les demandes de d\u00e9rogation est autour de 90&nbsp;%, et il est \u00e0 supposer que le consentement de la mineure pour se marier ne va pas de soi. Une campagne nationale sur le mariage des mineures avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en mars 2019&nbsp;par le CNDH, dans le but de mobiliser toutes les parties prenantes autour de ce ph\u00e9nom\u00e8ne inqui\u00e9tant. Les associations demandent aujourd\u2019hui une r\u00e9vision du Code de la famille en supprimant toute possibilit\u00e9 de mariage des mineurs, et des partis politiques se sont \u00e9galement empar\u00e9s de la question en soumettant r\u00e9cemment un projet de loi visant \u00e0 l\u2019interdire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">In\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 de l\u2019emploi et paradoxes<\/h2>\n\n\n\n<p>Sur le terrain, d\u2019autres sources d\u2019in\u00e9galit\u00e9s sont li\u00e9es au fait que les femmes sont faiblement int\u00e9gr\u00e9es au march\u00e9 de l\u2019emploi formel, puisque seulement 22&nbsp;% des&nbsp;femmes travaillent. Elles sont davantage expos\u00e9es au ch\u00f4mage, structurellement plus \u00e9lev\u00e9 que le ch\u00f4mage masculin&nbsp;: 14&nbsp;% contre 7&nbsp;% pour les hommes selon le Haut Commissariat au Plan.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386735\/original\/file-20210226-21-16djylr.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/386735\/original\/file-20210226-21-16djylr.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip\" alt=\"Une conductrice de tramway\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Charifa Essakkar, 33&nbsp;ans, c\u00e9libataire, conduit un tramway entre Rabat et Sale le 8&nbsp;mars 2012.&nbsp;Abdelhak Senna\/AFP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De plus, 18,4&nbsp;% des m\u00e9nages au Maroc sont dirig\u00e9s par des femmes, dont 22&nbsp;% vivant seules, et dont une majorit\u00e9 sont sans qualification. De plus, sept femmes chefs de m\u00e9nage sur dix sont veuves ou divorc\u00e9es, 65,6&nbsp;% parmi elles sont illettr\u00e9es et la majorit\u00e9 (75&nbsp;%) est inactive.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces r\u00e9alit\u00e9s difficiles, l\u2019Unesco rel\u00e8ve dans son dernier rapport sur la science publi\u00e9 le 11&nbsp;f\u00e9vrier 2021&nbsp;que le Maroc, \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres pays arabes, compte un pourcentage important de femmes dipl\u00f4m\u00e9es en ing\u00e9nierie (42,2&nbsp;%), alors qu\u2019il est tr\u00e8s faible dans le monde, y compris dans les pays de l\u2019OCDE, avec des taux qui n\u2019atteignent pas les 28&nbsp;% (20&nbsp;% aux USA, 26&nbsp;% en France, 14&nbsp;% au Japon).<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire que, malgr\u00e9 des r\u00e9alisations prometteuses au niveau de l\u2019\u00e9mancipation des femmes par le travail \u2013 y compris informel \u2013 et par les droits nouveaux dont elles b\u00e9n\u00e9ficient, de nombreuses in\u00e9galit\u00e9s persistent entre les hommes et les femmes au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des r\u00e9sistances culturelles<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour ajouter \u00e0 cette complexit\u00e9, chacun peut constater que, pas seulement au Maroc mais partout, les mentalit\u00e9s ont la peau dure, en cela qu\u2019elles mettent plus de temps \u00e0 \u00e9voluer que les lois.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les Marocaines doivent faire face aux in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage&nbsp;; \u00e0 l\u2019existence de diverses formes de violences faites aux femmes en d\u00e9pit d\u2019une loi d\u00e9di\u00e9e (loi 103.13 de f\u00e9vrier 2018). En ce qui concerne le march\u00e9 de l\u2019emploi, la repr\u00e9sentation des femmes dans les instances politiques et dans les instances d\u00e9cisionnelles dans les entreprises reste encore faible et l\u2019int\u00e9gration des femmes dans le march\u00e9 du travail formel est lente. Les disparit\u00e9s salariales&nbsp;; l\u2019\u00e9ducation des filles dans le monde rural&nbsp;; la d\u00e9scolarisation et les chiffres encore \u00e9lev\u00e9s des mariages des filles mineures rendent plus difficile l\u2019\u00e9mancipation des femmes au Maroc.https:\/\/www.youtube.com\/embed\/v-zGeWnVdQs?wmode=transparent&amp;start=0Libert\u00e9s sexuelles au Maroc&nbsp;: l\u2019appel de 490&nbsp;personnalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ajoutent \u00e0 cela la situation des m\u00e8res c\u00e9libataires, et la persistance des assignations des femmes dans des r\u00f4les socialement pr\u00e9-\u00e9tablis et de certaines attitudes misogynes visant \u00e0 contr\u00f4ler la femme dans son corps, sa parole ou dans ses mouvements. Les perceptions m\u00e9fiantes qui perdurent concernant l\u2019id\u00e9e de la \u00ab&nbsp;lib\u00e9ration de la femme&nbsp;\u00bb dans l\u2019imaginaire collectif \u00e0 dominance patriarcale font que, comme le souligne l\u2019historienne Michelle Perrot, \u00ab&nbsp;les chemins qui m\u00e8nent vers l\u2019\u00e9galit\u00e9 sont interminables&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes, comme la jeunesse marocaine, souhaitent incarner leur r\u00f4le au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et s\u2019inscrire dans le d\u00e9veloppement du pays. La poursuite des r\u00e9formes juridiques protectrices des droits des femmes et des libert\u00e9s individuelles est tr\u00e8s attendue, comme le montrent les campagnes actuellement port\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Interpr\u00e9tation des textes religieux et \u00e9volution des lois<\/h2>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9bats en cours \u00e0 ce propos touchent in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019articulation entre les id\u00e9es de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9, et l\u2019islam, religion d\u2019\u00c9tat au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les uns les voient parfaitement en coh\u00e9rence, \u00e0 la condition d\u2019une lecture \u00e9galitariste et contextualis\u00e9e des textes sacr\u00e9s de l\u2019islam qu\u2019ils consid\u00e8rent comme favorable au statut de la femme et des libert\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;; d\u2019autres d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e de lois r\u00e9gissant la vie priv\u00e9e, ind\u00e9pendantes de toute source religieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres encore avancent l\u2019argument de l\u2019immuabilit\u00e9 du Coran pour d\u00e9fendre une ex\u00e9g\u00e8se (\u00ab&nbsp;ijtihad&nbsp;\u00bb) tr\u00e8s orthodoxe, et justifier ainsi leur r\u00e9sistance au changement des lois d\u00e8s lors qu\u2019elles touchent aux libert\u00e9s individuelles et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes. Il est int\u00e9ressant de relever que \u00ab&nbsp;ijtihad&nbsp;\u00bb en arabe, provient du verbe \u00ab&nbsp;ijtahada&nbsp;\u00bb qui signifie \u00ab&nbsp;s\u2019efforcer&nbsp;\u00bb. L\u2019interpr\u00e9tation serait un acte qui d\u00e9coule d\u2019un effort, elle ne vient pas de soi, ne coule pas de source. S\u2019efforcer \u00e0 interpr\u00e9ter donc. Surtout lorsque la question du mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 en est l\u2019enjeu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au moment o\u00f9 l\u2019actualit\u00e9 au Maroc est marqu\u00e9e par la campagne&nbsp;#STOP490, lanc\u00e9e en f\u00e9vrier 2021&nbsp;par le&nbsp;collectif&nbsp;\u00ab&nbsp;Hors la Loi&nbsp;\u00bb, fond\u00e9 en 2019&nbsp;pour demander notamment la d\u00e9p\u00e9nalisation des relations sexuelles hors mariage,&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":9466,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[205,207],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10380"}],"collection":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10380"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10380\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21281,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10380\/revisions\/21281"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9466"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}