{"id":10123,"date":"2023-06-24T04:00:18","date_gmt":"2023-06-24T09:00:18","guid":{"rendered":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=10123"},"modified":"2023-06-24T04:00:20","modified_gmt":"2023-06-24T09:00:20","slug":"les-dix-poetes-arabe-classiques-et-contemporains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/?p=10123","title":{"rendered":"Les dix Po\u00e9tes arabe classiques et contemporains"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Depositphotos_48543859_xl-2015-scaled.jpg\" rel=\"shadowbox[sbpost-10123];player=img;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"506\" src=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Depositphotos_48543859_xl-2015-1024x506.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10125\" srcset=\"https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Depositphotos_48543859_xl-2015-1024x506.jpg 1024w, https:\/\/maghreb-observateur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Depositphotos_48543859_xl-2015-300x148.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/platform-cdn.sharethis.com\/img\/messenger.svg\" alt=\"messenger sharing button\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/platform-cdn.sharethis.com\/img\/twitter.svg\" alt=\"twitter sharing button\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La po\u00e9sie est le diwan des Arabes.&nbsp;\u00bb Cette expression, qui fait r\u00e9f\u00e9rence au&nbsp;lieu&nbsp;o\u00f9 les Arabes se r\u00e9unissent pour discuter de leurs affaires, chaque Arabe l\u2019a entendue au moins une fois dans sa vie&nbsp;; elle fut prononc\u00e9e par le prince&nbsp;hamdanide&nbsp;et po\u00e8te Abou Firas al-Hamdani. Miroir de la pens\u00e9e arabe, on retrouve dans la po\u00e9sie toutes les valeurs que les Arabes ch\u00e9rissent, les diff\u00e9rents modes de vie qu\u2019ils ont choisis, leurs id\u00e9es de l\u2019amour, de la douleur, de l\u2019orgueil, de l\u2019honneur et du plaisir. Une part irr\u00e9ductible de l\u2019histoire de la civilisation arabo-musulmane y est inscrite.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/platform-cdn.sharethis.com\/img\/sharethis.svg\" alt=\"sharethis sharing button\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam lance dans le monde l\u2019\u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire majeur chez les Arabes : le ph\u00e9nom\u00e8ne coranique, qui rappelle des traditions ant\u00e9rieures mais surtout catalyse la production litt\u00e9raire de la civilisation des Arabes.<\/p>\n\n\n\n<p>La forme noble de la po\u00e9sie arabe est la&nbsp;qasida, h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019antique po\u00e9sie pr\u00e9islamique, m\u00fbrie pendant des si\u00e8cles, puis formalis\u00e9e aux VII<sup>e<\/sup>&nbsp;et IX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles par les grammairiens arabes et illustr\u00e9e par les grands po\u00e8tes de Bagdad \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Arabes peuvent dor\u00e9navant parler l\u2019universel. La capitale abbasside n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019\u00eatre le berceau des po\u00e8tes arabes, puisque des si\u00e8cles plus tard, c\u2019est en son sein, dans les bancs des universit\u00e9s bagdadiennes, que na\u00eetra le c\u00e9l\u00e8bre mouvement de la&nbsp;po\u00e9sie moderne arabe en vers libres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire arabe couvre treize si\u00e8cles et deux continents.&nbsp;<em>Middle East Eye<\/em>&nbsp;fait le choix de mettre en avant dix grands noms de la po\u00e9sie arabe qui ont pu \u00eatre traduits en fran\u00e7ais. De la po\u00e9sie ant\u00e9islamique \u00e0 la po\u00e9sie omeyyade, de l\u2019\u00e9mergence de la po\u00e9sie arabe n\u00e9o-classique \u00e0 la naissance du po\u00e8me arabe en vers libres, des anciens aux modernes, ces grands po\u00e8tes r\u00e9unis c\u00e9l\u00e8brent une langue dont la richesse et la diversit\u00e9 sont in\u00e9puisables<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les classiques<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1. Imrou al-Qays (501-565)<\/h3>\n\n\n\n<p>Imrou al-Qays est connu pour \u00eatre le fils de Hudjr, le dernier roi des&nbsp;Kindah. Chass\u00e9 par ce dernier, le jeune po\u00e8te va errer dans le d\u00e9sert, ce qui lui vaudra le surnom de \u00ab&nbsp;roi errant&nbsp;\u00bb (<em>al-malik al-dillil<\/em>). Cette p\u00e9riode l\u2019am\u00e8ne \u00e0 fr\u00e9quenter les cercles des buveurs et \u00e0 s\u00e9duire diff\u00e9rentes femmes de toute beaut\u00e9. Apprenant la mort de son p\u00e8re, il d\u00e9cide de le venger en s\u2019alliant \u00e0 plusieurs tribus, allant jusqu\u2019\u00e0 demander l\u2019aide de l\u2019empereur Justinien.<\/p>\n\n\n\n<p>Un doute entoure sa mort puisque la l\u00e9gende raconte que c\u2019est justement l\u2019empereur byzantin qui va ordonner sa mort, apr\u00e8s avoir appris qu\u2019Imrou al-Qays a s\u00e9duit sa fille, en lui faisant parvenir un v\u00eatement empoisonn\u00e9. Or, les historiens affirment que l\u2019empereur Justinien n\u2019avait pas de fille\u2026 Cette fin para\u00eet donc n\u2019\u00eatre que pure l\u00e9gende.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/styles\/full_width\/public\/kaaba_mecca_saudi_arabia_wiki.jpg?itok=FwXvMT0K\" alt=\"La Kaaba \u00e0 La Mecque, lieu le plus saint de l\u2019islam, orn\u00e9e de lignes du Coran. Historiquement, des odes d\u2019Imrou al-Qays \u00e9taient \u00e9galement accroch\u00e9es sur ses c\u00f4t\u00e9s (Creative Commons)\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La Kaaba \u00e0 La Mecque, lieu le plus saint de l\u2019islam, orn\u00e9e de lignes du Coran. Historiquement, des odes d\u2019Imrou al-Qays \u00e9taient \u00e9galement accroch\u00e9es sur ses c\u00f4t\u00e9s (Creative Commons)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019expression lyrique d\u2019Imrou al-Qays s\u2019inscrit dans une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019\u00e9clat de g\u00e9nie du po\u00e8te se range derri\u00e8re la pr\u00e9\u00e9minence de sa tribu. Cette soci\u00e9t\u00e9 arabe pr\u00e9islamique voit le po\u00e8te comme l\u2019oracle de sa tribu, son guide en temps de paix, mais aussi son meneur lorsque la guerre \u00e9clate.<\/p>\n\n\n\n<p>Les po\u00e8mes d\u2019Imrou al-Qays commencent souvent par la contemplation d\u2019un campement abandonn\u00e9, puis s\u2019ensuit l\u2019\u00e9vocation du jour de la s\u00e9paration d\u2019avec la femme aim\u00e9e et de la r\u00e9surgence du d\u00e9sespoir qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les t\u00e9n\u00e8bres du soir elle \u00e9claire,<br>Comme la lampe d\u2019un ermite en son refuge nocturne solitaire.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est pour sa pareille, qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de raison, le jeune homme \u00e9prouve une tendre passion,<br>Quand, entre robe de fillette et chemise de jeune fille, elle est devenue nubile,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019homme m\u00fbr de ses aveugles amours de jeunesse finit par faire son deuil,<br>Mais mon c\u0153ur de sa folle passion pour toi refuse de faire le sien.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Souvent, des opini\u00e2tres querelleurs, me prodiguant<br>De bons conseils te regardant, j\u2019ai repouss\u00e9 les bl\u00e2mes incessants !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Souvent, la nuit, comme de la mer les vagues, a d\u00e9ferl\u00e9 ses voiles<br>Sur moi, lest\u00e9es de maint tourment pour m\u2019\u00e9prouver.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je lui disais, chaque fois, quand, allongeant l\u2019\u00e9chine,&nbsp;<br>Le poitrail d\u00e9j\u00e0 lointain, elle faisait voir sa croupe, enfin :&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00d4 longue nuit ! Ne te dissiperas-tu donc pas afin que resplendisse<br>Le matin, encore que le matin ne vaille pas mieux que toi !&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelle formidable nuit que toi dans les \u00e9toiles paraissent&nbsp;<br>Comme attach\u00e9es aux roches sourdes avec des cordes en lin !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Heidi Toelle in<em>&nbsp;Les Suspendues<\/em>, Flammarion, 2009<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2. Omar Ibn Abi Rabia (644-712 ou 721)<\/h3>\n\n\n\n<p>Omar Ibn Abi Rabia est n\u00e9 en 644 \u00e0 La Mecque dans une riche famille&nbsp;quraychite, la tribu au sein de laquelle naquit le proph\u00e8te Mohammed. Les critiques s\u2019accordent pour le consid\u00e9rer comme l\u2019un des plus grands po\u00e8tes de l\u2019\u00e9poque&nbsp;omeyyade, o\u00f9 l\u2019amour courtois hedjazien est tr\u00e8s influent. S\u00e9ducteur imp\u00e9nitent, Omar est passionn\u00e9 par ces aventures qui naissent dans les occasions fournies par le p\u00e8lerinage.<\/p>\n\n\n\n<p>La po\u00e9sie d\u2019Omar Ibn Abi Rabia, peu attir\u00e9 par l\u2019univers b\u00e9douin, est domin\u00e9e par le th\u00e8me de la rencontre dans une atmosph\u00e8re de galanterie, tant\u00f4t temp\u00e9r\u00e9e par un sentiment religieux, tant\u00f4t au contraire c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par l\u2019invocation du plaisir partag\u00e9. Il est finalement le po\u00e8te le plus repr\u00e9sentatif de cet amour courtois hedjazien d\u00e9barrass\u00e9 du b\u00e9douinisme archa\u00efque et innovant, \u00e0 travers sa th\u00e9matique, sa m\u00e9trique et son langage, la po\u00e9sie arabe de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019extrait ci-dessous, le po\u00e8te c\u00e9l\u00e8bre l\u2019une des femmes les plus belles de son milieu, Hind Bint al-Harith.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ah ! Si Hind voulait bien sa promesse tenir&nbsp;<br>Et mon c\u0153ur soulager d\u2019un si br\u00fblant d\u00e9sir&nbsp;<br>[\u2026] Elle aurait demand\u00e9 \u00e0 ses jeunes voisines,&nbsp;<br>Un jour qu\u2019elle \u00e9tait nue en mal de brises fines :&nbsp;<br>Suis-je conforme aux traits que me pr\u00eate l\u2019auteur ?&nbsp;<br>Dites-le, par Allah, ou n\u2019est-il qu\u2019un h\u00e2bleur ?<br>Et d\u2019un rire affect\u00e9, il leur plut de lui dire :&nbsp;<br>Le regard embellit tout objet qui l\u2019attire.&nbsp;<br>La jalousie, c\u2019est clair, dans ces propos abonde.<br>L\u2019envie est un travers aussi vieux que le monde.&nbsp;<br>[\u2026] Sur la foi des on-dit, la belle m\u2019ensorcelle.&nbsp;<br>Quel charme que le sort qui m\u2019est jet\u00e9 par elle !<br>Des rendez-vous, j\u2019en ai sollicit\u00e9 en vain.&nbsp;<br>Chaque fois Hind s\u2019esclaffe et lance : Apr\u00e8s-demain !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Abdellaziz Kacem in&nbsp;<em>Culture arabe, culture fran\u00e7aise<\/em>, la parent\u00e9 reni\u00e9e, Harmattan, 2002.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3. Abou Nouwas (756-815)<\/h3>\n\n\n\n<p>Abou Nouwas al-Hasan Ibn Hani al-Hakami est n\u00e9 \u00e0 Ahvaz, dans l\u2019Iran actuel, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il s\u2019agissait d\u2019une province de&nbsp;l\u2019empire abbasside. Vers\u00e9 dans l\u2019amour et l\u2019alcool, Abou Nouwas est l\u2019un des grands po\u00e8tes arabes du plaisir&nbsp;; il incarne au plus haut degr\u00e9 un monde qui r\u00e9unit, dans l\u2019intimit\u00e9, les princes, les po\u00e8tes, les musiciens et les chanteuses.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/statue_of_abu_nuwas_in_a_park_in_baghdad_alex_macdonald_mee.jpg\" alt=\"Une statue d\u2019Abou Nouwas dans un parc de Bagdad (MEE\/Alex MacDonald)\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Une statue d\u2019Abou Nouwas dans un parc de Bagdad (MEE\/Alex MacDonald)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avant-gardiste, cette po\u00e9sie l\u2019est par sa spontan\u00e9it\u00e9 et son go\u00fbt pour le scandale et se montre indiff\u00e9rente aux sujets classiques&nbsp;de la po\u00e9sie traditionnelle, comme la vaillance du chevalier, l\u2019amour courtois ou le cheminement mystique.&nbsp;Toutefois, l\u2019h\u00e9ritage du classicisme n\u2019est pas r\u00e9pudi\u00e9&nbsp;: Abou Nouwas, form\u00e9 \u00e0 Bassora et Koufa (Irak), sanctuaires de la grammaire \u00e0 son \u00e9poque, affiche une connaissance remarquable de l\u2019arabe. <\/p>\n\n\n\n<p>Les allures de sa po\u00e9sie se montrent souvent provocatrices au regard de l\u2019islam, d\u00e9fiant ouvertement les commandements du Coran et provoquant les foudres du&nbsp;calife Haroun al-Rachid, duquel il \u00e9tait proche. Abou Nouwas finira par composer des po\u00e8mes asc\u00e9tiques o\u00f9 il demande pardon \u00e0 Dieu. Les circonstances de sa mort restent non \u00e9lucid\u00e9es. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Vin clairet de jarre,<br>Soleil de nuit noire,<br>Larme \u00e0 la paupi\u00e8re,<br>Vin du Paradis !<br>Au soleil d\u2019antan,<br>D\u2019un jaune safran,<br>Pupille persan<br>Qu\u2019en ge\u00f4le on a mis !<br>J\u2019ai vu un barbare<br>Venu d\u2019un village.<br>Il frappa la jarre :<br>d\u2019un seul coup s\u2019y prit.<br>Lors jaillit le vin :<br>De face il nous vient.<br>En jarre il devient<br>\u00c9puis\u00e9, vieilli.<br>Il r\u00e9pand l\u2019odeur<br>De l\u2019absinthe en fleur,<br>Pour les francs-buveurs,<br>Au ciel obscurci.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Vincent-Mansour Monteil in&nbsp;<em>Le Vin, le vent, la vie<\/em>, Actes Sud, 2009.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>4.&nbsp;<\/em>Al-Mutanabbi (915-965)<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 chaque langue, son ambassadeur attitr\u00e9. Shakespeare pour l\u2019anglais, Moli\u00e8re pour le fran\u00e7ais et, pour l\u2019arabe, c\u2019est&nbsp;al-Mutanabbi. C\u2019est dans une humble famille de Koufa, ville situ\u00e9e \u00e0 170 kilom\u00e8tres au sud de la capitale abbasside Bagdad, que na\u00eet Abou al-Tayyib Ahmad ibn al-Husayn al-Djufi. Sa vie est tr\u00e8s t\u00f4t plac\u00e9e sous les signes de l\u2019errance et du combat.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/styles\/full_width\/public\/al-mutannabi_statue_in_baghdad_wiki_commons.jpg?itok=dOHTqlJ_\" alt=\"Statue d\u2019al-Mutanabbi, \u00ab celui qui se pr\u00e9tend proph\u00e8te\u00a0\u00bb (Creative Commons)\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Statue d\u2019al-Mutanabbi, \u00ab celui qui se pr\u00e9tend proph\u00e8te&nbsp;\u00bb (Creative Commons)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 seulement 12 ans, il se voit oblig\u00e9 de quitter sa ville natale avec son p\u00e8re lorsque celle-ci est attaqu\u00e9e par les insurg\u00e9s&nbsp;qarmates. Esprit brillant et opini\u00e2tre, le sabre lev\u00e9 devant les dangers qui le guettent, il assimile de mani\u00e8re pr\u00e9coce la po\u00e9sie arabe classique. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que le jeune r\u00e9volt\u00e9 re\u00e7oit le sobriquet&nbsp;d\u2019al-Mutanabbi, \u00ab celui qui se pr\u00e9tend proph\u00e8te&nbsp;\u00bb, fort probablement en raison de ses harangues exalt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme sa po\u00e9sie, al-Mutanabbi est perp\u00e9tuellement en mouvement. Son diwan nous am\u00e8ne de Bagdad \u00e0 Alep aupr\u00e8s du glorieux&nbsp;Sayf al-Dawla, le fondateur et le prince le plus \u00e9minent de la dynastie arabe hamdanide d\u2019Alep, puis en \u00c9gypte aupr\u00e8s d\u2019un souverain parvenu qu\u2019il m\u00e9prise en secret, pour finir chez&nbsp;les Bouyides, entre l\u2019Irak et l\u2019Iran, qu\u2019il quitte dans un dernier voyage qui lui sera fatal&nbsp;: encercl\u00e9 par des brigands, il meurt au combat.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"\u0627\u0628\u0648 \u0627\u0644\u0637\u064a\u0628 \u0627\u0644\u0645\u062a\u0646\u0628\u064a \u0641\u064a \u0623\u0639\u0638\u0645 \u0642\u0635\u0627\u0649\u062f\u0647 .. Abu tayeb al mutanabbi\" width=\"1110\" height=\"624\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Gog_ZjGY4KE?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Al-Mutanabbi est le po\u00e8te arabe par excellence, encore aujourd\u2019hui. Mille ans plus tard, sa po\u00e9sie ne cesse en effet d\u2019\u00e9mouvoir l\u2019\u00e2me des peuples arabes, elle n\u2019est jamais loin de leurs aspirations. La tradition po\u00e9tique arabe a mis sur un pi\u00e9destal la concision magistrale de ses sentences, l\u2019extr\u00eame lucidit\u00e9 de son lyrisme, la magnificence de son courage et de son orgueil et la ma\u00eetrise absolue de cette belle langue. Des qualit\u00e9s qui font de lui le grand po\u00e8te admir\u00e9 des Arabes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce po\u00e8me relate une sc\u00e8ne qui se d\u00e9roule en d\u00e9cembre 952 \u00e0 la cour hamdanide d\u2019Alep. Pour en finir avec les jalousies et les intrigues de ses adversaires, al-Mutannabi passe \u00e0 l\u2019offensive. Il adresse ses dol\u00e9ances \u00e0 Sayf al-Dawla tout en fustigeant ses rivaux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Toi, juste des justes \u2013 hormis pour mon affaire,<br>C\u2019est toi que je querelle, \u00f4 juge et adversaire.&nbsp;<br>C\u2019est en toi, en ta clairvoyance, que repose<br>Ma foi : enflure et moelle, est-ce la m\u00eame chose ?<br>Quel usage fait-on de ses yeux en ce monde&nbsp;<br>Si le regard confond les clart\u00e9s et les ombres ?&nbsp;<br>Au nom de l\u2019assembl\u00e9e, apprenez que je suis&nbsp;<br>Le meilleur de tous ceux que la grandeur conduit.&nbsp;<br>J\u2019ai souffert \u00e0 l\u2019aveugle un po\u00e8me visible,<br>Et j\u2019ai offert au sourd des paroles audibles.&nbsp;<br>Quand je dors, c\u2019est \u00e0 poings ferm\u00e9s, laissant les rimes<br>S\u2019\u00e9battre en libert\u00e9, quand les rimeurs s\u2019ab\u00eement<br>Dans les veill\u00e9es laborieuses et les disputes.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Patrick M\u00e9garban\u00e9 et Hoa Ho\u00ef Vuong in&nbsp;<em>Mutanabb\u00ee, Le Livre des Sabres<\/em>, Actes Sud, 2012.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">5. Abou al-Ala al-Maari (973-1057)<\/h3>\n\n\n\n<p>Abou al-Ala&nbsp;al-Maarri est n\u00e9 en 973 \u00e0 Maarat al-Nouman, une petite ville au sud-ouest d\u2019Alep (Syrie), dont il tire son nom. D\u2019entr\u00e9e de jeu, la vie installe le jeune Abou al-Ala&nbsp;dans la souffrance&nbsp;: il devient aveugle \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 4 ans.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/poet_maarri_stamp_0.jpg\" alt=\"Timbre syrien comm\u00e9morant le philosophe-po\u00e8te Abou al-Ala\u00a0al-Maarri (Creative Commons)\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Timbre syrien comm\u00e9morant le philosophe-po\u00e8te Abou al-Ala&nbsp;al-Maarri (Creative Commons)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>B\u00e9ni par une m\u00e9moire exceptionnelle, Abou al-Ala&nbsp;se consacre \u00e0 ses \u00e9tudes et commence une carri\u00e8re litt\u00e9raire, soutenu par un faible revenu priv\u00e9. D\u00e9tach\u00e9 des honneurs officiels, musulman sinc\u00e8re et r\u00e9formateur, il rompt \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 30 ans avec toute ambition officielle et se retire au pays natal dans la solitude de sa m\u00e9ditation.<\/p>\n\n\n\n<p>Po\u00e8te original, remarqu\u00e9 par son non-conformisme religieux et pour son&nbsp;<em>\u00c9p\u00eetre du pardon<\/em>, galerie de portraits et anthologie des po\u00e8tes anciens, Abou al-Ala&nbsp;al-Maarri est l\u2019un des grands noms de la po\u00e9sie \u00e9thique arabe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ne cache pas pour demain ni pour apr\u00e8s-demain ta subsistance journali\u00e8re,<br>Car chaque jour apporte avec lui son pain quotidien.<br>Au lieu de chercher \u00e0 obtenir la moindre subsistance, amasse plut\u00f4t de bonnes actions.&nbsp;<br>Ce sera la seule consolation au jour du jugement dernier.<br>Partage tes biens h\u00e9r\u00e9ditaires comme tu l\u2019entendras et sans chagriner.&nbsp;<br>Aucune larme ne coulera pour toi lorsque tu seras dans la tombe.<br>Fais avec un autre que toi ce que tu aimerais qu\u2019il te f\u00eet.&nbsp;<br>Et fais entendre aux hommes ce que tu veux qu\u2019on te dise \u00e0 toi-m\u00eame.&nbsp;<br>Les hommes, pour la plupart, sont comme le loup : tu en fais ton compagnon, puis lorsqu\u2019il a compris Ta faiblesse, cela le rend avide.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Georges Salmon in&nbsp;<em>Un pr\u00e9curseur d\u2019Omar Khayyam, le po\u00e8te aveugle<\/em>, Carrington\u2019s Paris, 1904.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les modernes<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">6. Ahmed Chawqi (1868-1932)<\/h3>\n\n\n\n<p>Ahmed Chawqi est n\u00e9 au Caire en 1868 dans une famille tr\u00e8s ais\u00e9e, proche de la cour du&nbsp;kh\u00e9dive. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes, il int\u00e8gre la cour, qui l\u2019envoie ensuite en France pour y \u00e9tudier le droit pendant trois ans, \u00e0 Montpellier puis \u00e0 Paris. Passionn\u00e9 par la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et arabe, il ne&nbsp;\u00ab&nbsp;se lasse pas de lire Victor Hugo&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours po\u00e9tique de celui qu\u2019on surnomme \u00ab&nbsp;le prince des po\u00e8tes&nbsp;\u00bb, titre re\u00e7u en 1927, est riche en m\u00e9andres et en soubresauts. Alors qu\u2019il a longtemps produit une po\u00e9sie conciliante envers le pouvoir, faisant l\u2019\u00e9loge du kh\u00e9dive, son exil par les Britanniques, apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 leur politique, lui fait d\u00e9placer son \u00e9loge envers les personnalit\u00e9s nationales et r\u00e9formatrices.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce changement de ton symbolise un tournant dans la sensibilit\u00e9 po\u00e9tique arabe. Dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Ahmed Chawqi culmine la production po\u00e9tique du courant n\u00e9oclassique arabe, marqu\u00e9 par une volont\u00e9 d\u2019injecter au classicisme d\u00e9clinant du \u00ab&nbsp;sang&nbsp;\u00bb nouveau, agissant comme le pendant po\u00e9tique de la&nbsp;Nahda, mouvement de renaissance de la culture et de la litt\u00e9rature arabes. Quand il meurt, en octobre 1932, Ahmed Chawqi est au sommet de sa gloire. Il sera chant\u00e9 et honor\u00e9 dans tout le monde arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>Habitu\u00e9 \u00e0 honorer les divers pr\u00e9ceptes de l\u2019islam, Ahmed Chawqi loue ici ceux relatifs aux valeurs sociales.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00c9tat que tu fondas n\u2019agr\u00e9e ni ne tol\u00e8re<br>L\u2019id\u00e9e d\u2019aristocrate ou bien de prol\u00e9taire<br>Dieu seul est au-dessus et les hommes, en fr\u00e8res,<br>Vont indistinctement sous Sa haute banni\u00e8re<br>[\u2026] Quant \u00e0 ta charit\u00e9 elle est une ob\u00e9dience\u2009:&nbsp;<br>Elle n\u2019est motiv\u00e9e par la condescendance\u2009!<br>Et l\u2019aum\u00f4ne prescrite \u00e0 tout individu<br>Avare ou g\u00e9n\u00e9reux, fait d\u2019elle en soi un d\u00fb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Idris de Vos, \u00ab&nbsp;Ahmad Shawqi, le pr\u00e9curseur du socialisme&nbsp;\u00bb, in&nbsp;<em>\u00c9loges du Proph\u00e8te<\/em>, Actes Sud, 2011.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">7. Nazik al-Mala\u2019ika (1922-2007)<\/h3>\n\n\n\n<p>Avec&nbsp;Badr Shakir al-Sayyab,&nbsp;Abd al-Wahhab al-Bayyati&nbsp;et&nbsp;Shathel Taqa,&nbsp;Nazik al-Mala\u2019ika&nbsp;fait partie des pionniers de la po\u00e9sie moderne arabe en vers libres, apparue sur les bancs de l\u2019Universit\u00e9 de Bagdad<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e dans la capitale irakienne en 1922, Nazik est issue d\u2019une famille appartenant \u00e0 la bourgeoisie bagdadienne ais\u00e9e, se distinguant par un grand raffinement culturel. D\u2019abord rompue \u00e0 l\u2019exercice du po\u00e8me classique, elle t\u00e9moigne dans son premier recueil d\u2019une grande ma\u00eetrise de l\u2019art de la versification.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/styles\/full_width\/public\/nazik.jpg?itok=sESU5jdT\" alt=\"Nazik al-Mala\u2019ika, pionni\u00e8re de la nouvelle forme po\u00e9tique en vers libres (Wikipedia)\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Nazik al-Mala\u2019ika, pionni\u00e8re de la nouvelle forme po\u00e9tique en vers libres (Wikipedia)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle est ensuite \u00e0 l\u2019avant-garde de la nouvelle forme po\u00e9tique en vers libres, marqu\u00e9e par une ouverture vers les cultures occidentales et une soif de libert\u00e9, aussi bien dans les domaines politique qu\u2019\u00e9conomique et social, qui r\u00e9sulte en une libert\u00e9 po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Son ouvrage,<em>&nbsp;Question de po\u00e9sie contemporaine<\/em>, situe la naissance de cette nouvelle forme en 1947 en Irak,&nbsp;\u00e0 \u00ab&nbsp;Bagdad pr\u00e9cis\u00e9ment&nbsp;\u00bb, dans une ambiance de fortes contestations politiques et culturelles, o\u00f9 les vers libres rev\u00eatent la forme d\u2019une \u00ab&nbsp;invasion&nbsp;\u00bb, d\u2019une \u00ab&nbsp;expansion&nbsp;\u00bb qui finit par \u00ab&nbsp;couvrir le monde arabe en son entier&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de litt\u00e9rature aux \u00c9tats-Unis, elle revient vivre en Irak, qu\u2019elle quitte pour aller enseigner au&nbsp;Kowe\u00eft, avant de partir vivre au&nbsp;Caire, o\u00f9 elle d\u00e9c\u00e8de en 2007.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeunesse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est en vain que tu r\u00eaves, \u00f4 po\u00e9tesse<br>Mienne, entre un matin et un soir, sans r\u00e9pit,<br>\u00c0 ce qu\u2019est cette existence.&nbsp;<br>&nbsp;<br>C\u2019est en vain que tu demandes<br>Pourquoi le secret n\u2019est pas d\u00e9voil\u00e9,<br>Pourquoi l\u2019on ne t\u2019accorde pas<br>Le don de briser les cha\u00eenes.<br>&nbsp;<br>\u00c0 l\u2019ombre du saule, tu as pass\u00e9<br>Tes heures dans la perplexit\u00e9,<br>Sous les coups douloureux<br>Que t\u2019infligeaient ces \u00e9nigmes,<br>&nbsp;<br>Questionnant l\u2019ombre,<br>Alors que l\u2019obscurit\u00e9 ne sait rien<br>Et que les destin\u00e9es connaissent<br>Tout ce qu\u2019elle ignore.<br>&nbsp;<br>Tu regardes toujours l\u2019horizon<br>Anonyme, perplexe. Ce qui est cach\u00e9<br>S\u2019est-il jamais manifest\u00e9 au jour ?<br>&nbsp;<br>Tu questionnes toujours, et la destin\u00e9e<br>Moqueuse est un silence<br>Herm\u00e9tiquement clos,<br>Un silence sans fin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Ren\u00e9 R. Khawam in&nbsp;<em>La Po\u00e9sie arabe des origines \u00e0 nos jours<\/em>, Ph\u00e9bus, 1995.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">8. Nizar Qabbani (1923 &#8211; 1998)<\/h3>\n\n\n\n<p>Nizar Qabbani est l\u2019un des grands noms de la sc\u00e8ne litt\u00e9raire arabe durant la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Il se distingue par un trait particulier&nbsp;: il s\u2019adresse directement aux femmes arabes, il leur chante ses louanges, leur fait la cour, leur adresse ses plus beaux vers. Beaucoup d\u2019Arabes reconnaissent \u00e0 Nizar Qabbani le m\u00e9rite d\u2019avoir remis les femmes arabes sur un pi\u00e9destal. Le natif de Damas \u00e9crit avec d\u00e9sinvolture, quitte \u00e0 en irriter certains.<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/fr\/opinion-fr\/amour-poesie-et-panarabisme-le-reve-brise-de-belqis-et-nizar\" target=\"_blank\"><\/a>Amour, po\u00e9sie et panarabisme : le r\u00eave bris\u00e9 de Belqis et NizarLire<\/p>\n\n\n\n<p>Ses po\u00e8mes seront repris par de grands chanteurs de la sc\u00e8ne arabe, d\u2019Oum Kalthoum \u00e0 Mohammed Abdel Wahab en passant par Abdel Halim Hafez et celui qu\u2019on surnomme le C\u00e9sar de la chanson arabe, l\u2019Irakien Kadhem al-Saher, dont les chansons baignent dans l\u2019amour courtois arabe. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Son amour pour l\u2019Irakienne Belqis al-Rawi&nbsp;est l\u2019un des grands moments de sa vie. Alors que le p\u00e8re de la belle Bagdadienne refuse \u00e0 plusieurs reprises de lui accorder sa main, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entremise du pr\u00e9sident irakien Ahmad Hassan al-Bakr et des po\u00e8tes Shafik al-Kamali et Shathel Taqa que Nizar Qabbani peut enfin \u00e9pouser sa dulcin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la mort tragique de Belqis dans un attentat contre l\u2019ambassade irakienne dans laquelle elle travaille, le 15 d\u00e9cembre 1981, brise le po\u00e8te. Inconsolable, Nizar Qabbani laisse le monde arabe derri\u00e8re lui et part se r\u00e9fugier \u00e0 Londres. L\u2019amour quitte d\u00e9finitivement le r\u00e9pertoire du po\u00e8te syrien, qui n\u2019\u00e9crit plus que des po\u00e8mes corrosifs contre la l\u00e2chet\u00e9 du pouvoir politique dans le monde arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet extrait de son po\u00e8me \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9cole de l\u2019amour&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9&nbsp;repris&nbsp;par le chanteur Kadhem al-Saher, dont la chanson du m\u00eame titre est devenue culte dans les ann\u00e9es 90.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u00e9cole de l\u2019amour&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Votre amour m\u2019a appris \u00e0 \u00eatre triste,<br>Et moi, depuis des si\u00e8cles, j\u2019avais besoin d\u2019une femme qui me rende triste,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une femme dans les bras de laquelle je pleurerais comme un oiseau,<br>Une femme qui rassemblerait mes parties comme les morceaux d\u2019un vase bris\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Votre amour, ch\u00e8re dame, m\u2019a appris les pires mani\u00e8res.<br>Il m\u2019a appris \u00e0 regarder ma tasse mille fois en une nuit,<br>\u00c0 tenter les rem\u00e8des des gu\u00e9risseurs et frapper aux portes des voyantes,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il m\u2019a appris \u00e0 sortir de chez moi pour brosser les trottoirs des ruelles<br>Et poursuivre votre visage sous la pluie et entre les feux des automobiles,<br>\u00c0 collecter de vos yeux des millions d\u2019\u00e9toiles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00d4 femme, qui a assomm\u00e9 le monde, \u00f4 ma douleur, \u00f4 douleur des nays [fl\u00fbte en roseau].<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de&nbsp;l\u2019arabe par le site&nbsp;De plume en plume,&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9cole de l\u2019amour&nbsp;\u00bb, 1970.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">9. Badr Shakir al-Sayyab (1926-1964)<\/h3>\n\n\n\n<p>Badr Shakir al-Sayyab est n\u00e9 en 1926 \u00e0 Jaykour, un village situ\u00e9 pr\u00e8s de la grande ville du sud de l\u2019Irak, Bassora. \u00c0 l\u2019instar de Bayyati, Sayyab grandit dans la campagne irakienne d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e, qui se vide de ses habitants au fil du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, ses paysans allant \u00e0 la capitale ou dans d\u2019autres villes vendre leur force de travail. Sayyab est lui aussi amen\u00e9 \u00e0 partager tr\u00e8s t\u00f4t sa vie entre la ville et la campagne, ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9couvrir d\u2019autres milieux qui l\u2019\u00e9loigneront des codes culturels et symboliques de son habitus originaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps, un d\u00e9bat sur la responsabilit\u00e9 et les m\u00e9rites du po\u00e8me en vers libres a mis en opposition Sayyab et Mala\u2019ika, mais aujourd\u2019hui, les critiques s\u2019accordent pour affirmer que c\u2019est \u00e0 Sayyab et Bayyati, accompagn\u00e9s et suivis par Mala\u2019ika, que revient le m\u00e9rite d\u2019avoir offert au po\u00e8me arabe en vers libres sa figure la plus achev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1960, para\u00eet son recueil intitul\u00e9&nbsp;<em>Chanson de la pluie<\/em>, qui m\u00eale de longs et courts po\u00e8mes, alliant diff\u00e9rentes techniques et faisant montre d\u2019une audace th\u00e9matique, syntaxique et musicale. Cette \u0153uvre po\u00e9tique aura un grand retentissement, et certains critiques la consid\u00e8rent comme la production la plus achev\u00e9e de la po\u00e9sie moderne arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>Badr Shakir al-Sayyab meurt en 1964 sur son lit d\u2019h\u00f4pital au Kowe\u00eft apr\u00e8s avoir livr\u00e9 une bataille sans merci contre une maladie dont il a cherch\u00e9 en vain le rem\u00e8de. &nbsp;https:\/\/w.soundcloud.com\/player\/?visual=true&amp;url=https%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F315380158&amp;show_artwork=true<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9crivant le paysage rural irakien, Sayyab exprime dans ce po\u00e8me sa douleur d\u2019\u00eatre \u00e9loign\u00e9 de son sud natal et de son village, Jaykour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le chant de la pluie&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tes deux yeux sont deux palmeraies \u00e0 l\u2019aurore<br>Ou deux balcons dont va s\u2019\u00e9loignant la lune,<br>Tes deux yeux, quand ils sourient,<br>Les vignes de feuilles se couvrent<br>Et dansent les lueurs&#8230; comme lunes<br>En un fleuve<br>O\u00f9 bat \u00e0 l\u2019aube, faiblement, un aviron.<br>On aurait dit qu\u2019en leur fond les \u00e9toiles tremblent.<br>Ils se noient dans une brume de diaphane m\u00e9lancolie<br>Comme une mer sur qui le soir prom\u00e8ne ses paumes : en elle est ti\u00e9deur de l\u2019hiver en elle frisson de L\u2019automne<br>Et mort, et naissance, et t\u00e9n\u00e8bres, et radiation&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Traduit de l\u2019arabe par Salah St\u00e9ti\u00e9 in&nbsp;<em>Badr Chaker Es-Sayy\u00e2b, po\u00e8mes de Djayko\u00fbr<\/em>, en collaboration avec Kadhem Jihad, avec des calligraphies de Mohammed Sa\u00efd Saggar, \u00e9ditions Philippe Piquier\/Le Calligraphe, 1983.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">10. Mahmoud Darwich (1941-2008)<\/h3>\n\n\n\n<p>Porte-drapeau de la cause palestinienne, traduit partout dans le monde, le charismatique Mahmoud Darwich est unanimement consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des po\u00e8tes arabes les plus dou\u00e9s de sa g\u00e9n\u00e9ration. N\u00e9 en 1942 dans le village palestinien de Birwa, pr\u00e8s de Saint-Jean d\u2019Acre, Darwich est l\u2019auteur d\u2019ouvrages maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te oppose la fragilit\u00e9 humaine \u00e0 la violence du monde \u2013 et \u00e0 la violence de la colonisation isra\u00e9lienne, \u00e9levant ainsi la trag\u00e9die du peuple palestinien au rang de m\u00e9taphore universelle. Mahmoud Darwich m\u00eale l\u2019\u00e9ternel et le quotidien tout comme le lyrique et l\u2019\u00e9pique, dans le croisement entre m\u00e9moire collective et exp\u00e9rience individuelle, et enracine sa po\u00e9sie dans la langue arabe.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/sites\/default\/files\/styles\/full_width\/public\/palestinian_poet_mahmoud_darwish_14_april_2002_afp.jpg?itok=J0c389m1\" alt=\"Le po\u00e8te palestinien Mahmoud Darwich salue la foule avant un concert et une lecture de po\u00e9sie \u00e0 Beyrouth en avril 2002 (AFP)\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le po\u00e8te palestinien Mahmoud Darwich salue la foule avant un concert et une lecture de po\u00e9sie \u00e0 Beyrouth en avril 2002 (AFP)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c9rig\u00e9, non sans pression, en po\u00e8te national, ayant endur\u00e9 l\u2019occupation et l\u2019exil, Mahmoud Darwich d\u00e9passe pourtant le politique dans son \u0153uvre. Le lecteur avis\u00e9 retrouvera dans ses recueils une vari\u00e9t\u00e9 de th\u00e9matiques allant de l\u2019amour courtois \u00e0 la mort, en passant par la c\u00e9l\u00e9bration des petits d\u00e9tails de la vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Serein, le po\u00e8te contemple le monde ext\u00e9rieur avec une douce m\u00e9lancolie, non sans un clin d\u2019\u0153il ironique parfois. Honor\u00e9 partout dans le monde, laur\u00e9at de plusieurs prix dont la m\u00e9daille de commandeur de l\u2019ordre des Arts et des Lettres octroy\u00e9e en 1997 par le pr\u00e9sident fran\u00e7ais&nbsp;Jacques Chirac, une place lui est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Paris dans le 6e arrondissement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9crit en 1995, ce po\u00e8me \u00e9voque l\u2019enfance du po\u00e8te marqu\u00e9e par l\u2019exil et la douloureuse d\u00e9couverte de la disparition du village natal.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u00e9ternit\u00e9 du figuier de barbarie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; O\u00f9 me m\u00e8nes-tu p\u00e8re ?<br>&#8211; En direction du vent, mon enfant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 la sortie de la plaine o\u00f9 les soldats de Bonaparte \u00e9difi\u00e8rent une butte<br>Pour \u00e9pier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-d\u2019Acre<br>Un p\u00e8re dit \u00e0 son fils : N\u2019aie pas peur<br>N\u2019aie pas peur du sifflement des balles<br>Adh\u00e8re \u00e0 la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons<br>Gravirons une montagne au nord, et rentrerons<br>Lorsque les soldats reviendront \u00e0 leurs parents au lointain<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Qui habitera notre maison apr\u00e8s nous, p\u00e8re ?<br>&#8211; Elle restera telle que nous l\u2019avons laiss\u00e9e mon enfant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il palpa sa cl\u00e9 comme s\u2019il palpait ses membres et s\u2019apaisa<br>Franchissant une barri\u00e8re de ronces, il dit<br>Souviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifi\u00e8rent ton p\u00e8re deux nuits durant sur les \u00e9pines d\u2019un figuier de Barbarie<br>Mais jamais ton p\u00e8re n\u2019avoua. Tu grandiras<br>Et raconteras \u00e0 ceux qui h\u00e9riteront des fusils<br>Le dit du sang vers\u00e9 sur le fer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&#8211; Pourquoi as-tu laiss\u00e9 le cheval \u00e0 sa solitude ?<br>&#8211; Que la maison reste anim\u00e9e, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Source : Midle East Eyes<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;La po\u00e9sie est le diwan des Arabes.&nbsp;\u00bb Cette expression, qui fait r\u00e9f\u00e9rence au&nbsp;lieu&nbsp;o\u00f9 les Arabes se r\u00e9unissent pour discuter de leurs affaires, chaque Arabe l\u2019a entendue au moins une fois&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":83,"featured_media":10124,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"ngg_post_thumbnail":0},"categories":[193,116],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10123"}],"collection":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/83"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10123"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10123\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19811,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10123\/revisions\/19811"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10123"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maghreb-observateur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}