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L’arganier, consacré patrimoine universel

Un travail profond et patient a permis, à la mission permanente du Royaume du Maroc à New York, de faire adopter un projet de résolution marocaine, pour la commémoration de la Journée Internationale de l’Arganier (le 10 mai de chaque année).

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Cette initiative remonte à février 2020, quand le Maroc a annoncé son intention de présenter à l’Assemblée Générale des Nations Unies un projet de résolution visant la proclamation d’une journée internationale de l’Arganier. Cette annonce a été faite lors d’une réunion de haut niveau organisée au siège des Nations Unies à New York, par la mission du Royaume du Maroc sous le thème « l’Arganier source ancestrale de développement durable ».

La résolution proposée par le Maroc offre à la communauté internationale une meilleure compréhension multidimensionnelle de l’Arganier : culturelles, économique, sociales, nutritives, médicinales et écologiques. Cette initiative intervient dans le contexte de lancement par le Souverain, de la nouvelle stratégie de développement du secteur agricole, baptisée « Génération Green 2020-2030 » et de celle relative au développement des eaux et forêts du nom de « Forêts du Maroc ». Ladite stratégie comporte, entre autres, un projet phare de plantation de 10 000 ha d’arganier sur une période de 6 ans, avec une enveloppe totale de 49,2 millions de dollars, cofinancée par le Maroc et le Fonds Vert pour le Climat.

Plusieurs délégations ont été activement impliquées dans le processus des négociations, notamment la Russie, les USA, l’UE, la Chine, le Japon, le Guatemala, la Colombie, le Mexique, le Cameroun, le Sénégal et l’Inde. Une trentaine de délégations ont également participé aux différentes réunions informelles, qui ont eu lieu en Janvier et Février 2021. Les échanges ont été l’occasion de mettre en évidence la contribution du secteur de l’arganier dans la réalisation du développement durable, dans ses trois dimensions, économique, sociale et environnementale, aux niveaux national et international. Les délégations ont mis l’accent sur l’importance de développer la coopération internationale dans le cadre de cette initiative, en appui à l’autonomisation économique des femmes marocaines, en particulier dans le milieu rural, de renforcer les mesures d’adaptation au changement climatique du terroir de l’arganier, de promouvoir le commerce équitable dans la filière de l’argan et d’appuyer les mécanismes de financement pour la préservation de l’arganier et le développement durable de sa chaine de valeur.

Aujourd’hui c’est une mission accomplie. C’est un succès pour toutes les personnes conscientes des enjeux environnementaux et du risque de voir disparaitre les espèces végétales et/ou animales, indispensables aux équilibres des écosystèmes.

L’UNESCO a classé une zone de 800 000 hectares dans le sud-ouest du Maroc, entre Agadir et Essaouira, réserve de biosphère, car c’est le seul endroit du monde où pousse l’arganier. Argania spinosa pousse dans cette région grâce à une combinaison unique de sols, de fort ensoleillement et de climat océanique.

Dangers et menaces autour de l’arganier

La reproduction naturelle de l’arganier en Algérie et au Maroc ne s’observe presque plus dans les sites naturels57. La récolte quasi-totale des fruits pour produire l’huile d’argan et l’aridité croissante du climat sont telles que rares sont les fruits restés au sol qui germent encore, puis se développent. Dans certains cas isolés, on peut tout de même trouver de très jeunes plants d’arganiers : lorsque des animaux rejettent les graines, puis les enfouissent à faible profondeur dans des sédiments en bordure d’un oued, quand des écureuils les cachent dans des murettes, quand les fruits germent à l’abri d’une plante nurse épineuse57.

Au rythme de sa régression, l’arganier est à terme menacé de disparition, et les signaux d’alarme se multiplient à propos de diverses formes d’agressions :

  1. L’arganeraie régresse en termes de superficie et surtout de densité : en moins d’un demi-siècle, la densité moyenne de l’arganeraie nationale est passée de 100 arbres/ha à 30 arbres/ha, tandis que les superficies couvertes régressaient en moyenne de 600 hectares par an58. La construction de l’aéroport international d’Agadir au Maroc et de la route le reliant à Agadir ont détruit plus de 1 000 hectares des plus beaux massifs forestiers d’arganier d’Admin et de Mseguina9.
  2. L’aire de l’arganier se dégrade aussi sous l’effet conjugué de l’accroissement de la population (surtout autour d’Agadir)36 et de l’apparition des cultures intensives (notamment le maraîchage sous serres).
  3. L’utilisation « sauvage » du bois d’arganier pour produire du charbon de bois.
  4. Le manque de collaboration entre les principaux acteurs (les gestionnaires forestiers et les chercheurs universitaires) pour mettre en place des projets de transplantation.
  5. L’absence de moyens modernes de production de l’huile d’arganier et les mauvaises conditions de commercialisation de celle-ci.

Quelles perspectives pour l’arganier ?

La problématique et l’enjeu sont donc actuellement, non seulement d’enrayer le processus de régression de l’arganeraie mais aussi de replanter une partie de ce qui a été perdu, afin que l’arganier redevienne un pivot dans un système agraire traditionnel fondé sur l’exploitation de l’arbre, l’élevage et la céréaliculture. Les problèmes de l’arganeraie étant essentiellement dus aux conséquences d’une interaction irrationnelle de l’homme avec son milieu environnant, il semble que toute politique de restauration de l’espèce, si elle veut connaître quelque chance de succès, doit obligatoirement s’attacher à rationaliser l’intervention de l’homme sur la nature, et donc s’articuler nécessairement autour des actions ou objectifs prioritaires suivants :

  • information et sensibilisation des usagers mais aussi de toute l’opinion publique nationale, sur les spécificités, l’importance et l’intérêt de la conservation de cet arbre ;
  • replantation et développement de l’arganier, par l’allocation des moyens nécessaires aux travaux de recherche scientifique en cours sur les techniques de reproduction et de transplantation, par la mise au point de techniques appropriées d’exploitation et de valorisation des produits de l’arganier ;
  • ouverture sur des coopérations internationales, pour financer tous les projets de replantation, et il serait utile que le Maroc cherche des coopérations étrangères pour accélérer les replantations ;
  • limiter l’exploitation de l’arganier par la mise en place d’un calendrier annuel, afin de laisser cet arbre se développer naturellement ;
  • limiter l’exportation afin que les usagers puissent bénéficier des bienfaits de son huile, dont la raréfaction dans la région même de l’arganeraie interroge. Les bénéficiaires ne sont plus les producteurs et de moins en moins les consommateurs.

Les collectivités locales

La production d’huile d’argan représente une ressource économique très importante pour les coopératives actives dans l’arganeraie. Ces coopératives ont des méthodes de fonctionnement aussi variées qu’il en existe. Certaines ont des pratiques issues du commerce équitable et peuvent être en partie financées par de grands organismes.

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