Immigrer au Canada ! À n’importe quel prix ?

A. Khouibaba, Montréal

 On ne choisit pas son lieu de naissance et à la question: « Si vous pouviez choisir le pays de votre naissance, lequel choisiriez-vous ? », nombreux sont ceux qui vous nommeraient un autre pays que le leur. Peu importe d’où on vient, pays riche ou pays pauvre, industrialisé ou en voie de développement : le jardin du voisin est toujours plus vert. C’est la loi de Murphy. Le mercure à Montréal ne s’arrête pas à moins 30°C, mais descend encore plus bas. Quelquefois avec le facteur vent, il fait moins 60°C. Et dire que la planète se réchauffe !

– D’où viens-tu ? 

   Du Maroc.- Tabarouette, qu’est-ce que tu fais dans ce froid ?

Vous serez initié au ski, d’abord en patinant sur le chemin qui vous mènera au supermarché ou même en sortant de l’aéroport. Bienvenue au Québec, vous dira un agent d’immigration « nationaliste » à votre arrivée à l’aéroport… Bienvenue au Canada, vous dira un « fédéraliste ». Vous ne comprenez pas tout de suite.

Mais vous comprendrez sûrement dans les semaines suivantes car les Québécois font l’amour 7,3 fois par mois mais parlent de la relation Québec-Canada au minimum 8 fois par jour : au petit déjeuner, à la pause café, au lunch, chez l’épicier, au bar et pour commenter les informations de 18, 22 et 23 heures. Sauf que, dans le premier cas, ça dure 40 minutes environ et dans le deuxième cas la durée est indéterminée. Qui vous a dit que l’enfer était chaud ?

Un sujet de discussion très courant : la météo. Après vous avoir dit bonjour, on commente la température ; c’est une façon de démarrer une discussion d`affaires ou de plaisir. Je n’avais jamais pensé que le froid pouvait causer des brûlures mais il paraît qu’il est plus grave d`être brûlé par le froid que par la chaleur (l’équilibre du Bon Dieu). Lorsque les gens entrent dans une maison, on dirait qu’ils sortent d’un bain turc : toute une vapeur s’échappe d’eux. Encore une autre preuve que la chaleur et le froid agissent de la même manière sur notre corps.

Dépanneur : ce n’est surtout pas où il faut aller pour démarrer (booster) votre voiture gelée par l’hiver mais pour trouver ce qui manque dans votre réfrigérateur : lait, beurre, oignons, tomates, etc. … l’essentiel. Mais pour faire une « grosse commande » comme vous dira un Québécois, il faut aller chez Provigo, IGA ou chez Métro…mais encore une fois, Métro en rouge et non pas en bleu, sinon vous risquez de faire une petite ballade dans les rames d’un des métros les plus propres et les plus faciles à utiliser du monde.

C’est lors de votre première promenade dans les rues de Montréal que vous vous rendez compte de l’importance des chaussures d’été et cela, comme des pneus d’hiver et des pneus d’été. Il ne faut surtout pas mettre vos chaussures ou vos pneus d’été en hiver car vos freins n’auront aucune utilité ou encore, comme le dirait un Québécois, vos « brakes » ne serviront à rien.

Vous avez encore envie de venir au Canada? Je suis sûr que vous allez me répondre oui. Un pays d’un million de lacs, un pays de dix millions de kilomètres carrés pour une population de 30 millions d’âmes, quel espace ! Le Québec à lui seul fait trois fois et demie la France pour une population de 7 millions de personnes contre 60 millions en France.Comment ne pas être ému par la beauté de l’automne avec ces couleurs naturelles que même les peintres n’ont pas réussi à reproduire, l’été si agréable, le sourire sur les visages de tous les passants ? On dirait que les gens sortent de leur souterrain. Le printemps tout vert nous fait oublier la dureté de ces quelques mois d’hiver. Certains Canadiens vous diront d’ailleurs que cette froidure est un mal nécessaire et qu’ils ne sont pas prêts à perdre ces moments difficiles. Car tout ici est préparé en conséquence. Alors qu’au Maroc, vous risquez d’avoir froid dans une maison lorsque la température extérieure descend à 10° Celsius, au Canada, vous avez chaud lorsqu’il fait moins 30°C au dehors.

Les Québécoises et les Québécois de souche, contrairement à certains européens, sont généralement d’une simplicité et d’une chaleur extraordinaires. Derrière ce tempérament se cache une compétence et un sérieux sans égal au travail. On ne peut associer ces francophones de l’Amérique du Nord aux Français de France, aux francophones de la Belgique ou d’ailleurs. Ils fonctionnent en Américains. Ils ont une compétence nord-américaine et une culture française. Le Québécois ou la Québécoise aime son « job » qu’il (elle) soit concierge ou ministre. C’est son travail. Sa conscience professionnelle est souvent très forte. Lorsque vous rencontrez un préposé à l’entretien, il vous parlera avec fierté de sa façon de passer l’aspirateur et pour lui, son seul objectif est d’être le meilleur dans son domaine. De même si vous parlez à un ingénieur, il vous expliquera son plan avec fierté; son objectif est aussi celui d’être le meilleur. L’objectif de chacun est de mener à terme la mission que la société lui a confiée.

Immigrer au Canada à n’importe quel prix ?La planification des gouvernements (fédéral et provincial) détermine le nombre d’immigrants qui entrent chaque année au Canada. Les Canadiens ont opté pour une immigration plus massive afin de faire face à la baisse de natalité car, si les immigrants n’entrent pas en grand nombre, le gouvernement n’aura plus les moyens de payer les pensions de vieillesse de ses citoyens. Puisées à même les coffres de l’État, ces pensions, désignées sous le nom de régime des rentes, découlent des déductions tirées des chèques de paie des travailleurs. Les Canadiens investissent à long terme dans leurs projets d’immigration et un immigrant au Canada est un futur citoyen : remplir les critères d’admissibilité est donc d’une importance capitale (scolarité, langues, etc.). Mais, ce qui importe davantage encore, c’est cette liberté exprimée dans la charte canadienne : les droits de la personne dans les articles 2 et 15.1ARTICLE 2. Chacun jouit des libertés fondamentales suivantes : A) Liberté de conscience et de religion ; B) Liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de presse et des autres moyens de communication ; C) Liberté de réunion pacifique ; D) Liberté d’association. ARTICLE 15.(1) La Loi ne fait exception de personne et s’applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la Loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l’origine nationale et ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences mentales ou physiques.

Au bout de trois ans, si vous êtes sages, c’est-à-dire si vous ne commettez pas de crime, vous vous présentez devant un juge de citoyenneté pour prêter le serment officiel :

Je déclare solennellement que je serai fidèle et que je porterai sincère allégeance à sa majesté la reine du Canada, à ses héritiers et à ses successeurs en conformité de la Loi et que j’observerai fidèlement les Lois du Canada et remplirai mes devoirs de citoyen canadien !

Après ce serment, vous faîtes la demande et au bout de trois jours, vous recevez un titre de voyage, c’est-à-dire un passeport canadien. Tout fier, vous prenez alors l’avion et vous vous retrouvez à Charles de Gaulle. Le policier à l’aéroport prend votre passeport et vous examine de haut en bas, de droite à gauche. Après cinq minutes de vérification qui semblent une éternité, il finit par apposer son estampe sur votre passeport et vous le remet avec un commentaire tel que « pourtant vous n’avez pas la gueule d’un Canadien ».

Une brochure du gouvernement canadien définit les citoyens du pays ainsi et je cite : « D’où viennent les Canadiens aujourd’hui ? » Ils sont venus de tous les coins du monde, apportant avec eux leur langue, leurs valeurs et leurs façons de vivre particulières de même que leur énergie, leur esprit créateur et leurs espoirs. Pour les Canadiens, chaque jour est une occasion de se rappeler qui ils sont, où ils sont et où ils vont. Les tous premiers habitants du Canada, les Inuits et les Amérindiens croyaient que la terre où ils vivaient n’appartenait à personne. En effet, nous sommes tous des invités. Nous devons donc user de sagesse, prendre soin de ce magnifique pays et respecter également tous les autres invités du Canada ; que leurs ancêtres soient arrivés voilà très longtemps, qu’ils viennent ou qu’ils ne soient pas encore arrivés.

« Petit guide de langue « québécoise »Au Québec, l’influence de la vieille France – et donc du bon vieux français – a joué un grand rôle dans le langage actuellement parlé ! On y trouve encore des expressions devenues aujourd’hui inusitées, voire même inconnues dans les pays francophones. N’oublions pas non plus les voisins anglais : le Canada anglais et les États-Unis. Leur influence a teinté la langue québécoise d’anglicismes… Cependant, on ne dit quand même pas un week-end, mais fin de semaine !

Voici un petit guide de la langue « québécoise

achaler : déranger
accommoder : rendre service
ajusteur : expert d’assurances
être en amour : être amoureux
aréna : patinoire publique
aubaine : soldes
babillard : tableau d’affichage
bas : chaussette
bum : voyou
bébelle : objet ; jouet
un bec : un baiser sur la joue
bicycle : bicyclette
blonde : petite amie
bonjour : au revoir
boucane : fumée
prendre un break : faire une pause
breuvage : boisson
prendre une brosse : prendre une cuite
la brunante : le crépuscule
barrer : fermer à clef
batterie : pile
blé d’Inde : maïs
bleuets : myrtilles
brailler : pleurer
ça coûte un bras : c’est hors de prix
café régulier : café filtre très allongé
cabaret : plateau
cadran : réveil
camisole : T-shirt
canceller : annuler
une cane : boîte de conserve
capoté : dingue
carrosse : poussette
chanteur de pommes : dragueur
char : voiture
chaudière : seau
chauffer : conduire
cheap : bon marché
checker : vérifier
chicane : querelle
chum : copain ; petit ami
clairer : dégager
claque : couvre-chaussure
tourner les coins ronds : faire les choses à peu près
condominium : immeuble en multipropriété
contracteur : entrepreneur
coquerelle : cafard
une couple : quelques-uns
couvent : pensionnat
croche : de travers
cruiser : draguer
cuve : évier
cassé : fauché
se chicaner : se disputer
chien chaud : hot-dog
commandite : sponsor
crosseur : malhonnête
cute : mignon(ne)
crisser son camp : déguerpir
cégep : lycée
débâcle : fonte des neiges
débarbouillette : gant de toilette
drave : transport du bois par flottage
all dressed : garnie
déjeuner : petit déjeuner
dépanneur : épicier ouvert tard le soir
dispendieux : cher
ébéniste : menuisier
école de rang : école de campagne
écœurant : excellent
épais : niais, crétin, idiot
être engagé : occupé (ligne téléphonique) ; embauché
se faire enfirouaper : se faire leurrer
s’enfarger dans les fleurs du tapis : se compliquer la vie
passer au feu : brûler les feux de circulation
fève : haricot
fournaise : chaudière
fin : gentil
être flyé : être original
frette : froid
avoir du fun : s’amuser
fuse : fusible
fin de semaine : week-end
fête : anniversaire
flasheur : clignotant
faire du pouce : faire du stop
garocher : lancer
gaz : essence
être gelé : être drogué
gnochon : imbécile
la haute gomme : des gens haut placé
granola : baba cool végétarien
gang : bande
garnotte : caillou
gomme : chewing-gum
les gosses : les testicules
habitant : plouc
huile à chauffage : mazout
huard : dollar canadien
jaser : bavarder
job : travail
joke : blague
Liqueur : boisson gazeuse
distance : appel interurbain
maganer : abîmer

lumière : feu de circulation
lignes : frontières américaines
magasiner : faire des courses
maller : poster
maringouin : moustique
minoucher : caresser
minoune : vieille voiture
avoir de la misère : peiner
mitaines : moufles
mise à pied : licenciement
niaiser : faire l’imbécile
niaiseux : nigaud, sot, stupide, bête
nono : niais
un orignal : Élan du Canada
être pacté : être ivre
pamphlet : prospectus
pantoute : pas du tout
peser : presser
pitoune : bille de bois
placoter : parler
prendre le plancher : se faire remarquer
pluger : brancher
un poêle : cuisinière
pogner : séduire
poudrerie : neige fine
prélard : linoléum
parcomètre : parcmètre
pas pire : pas mal
pinote : arachide
pitonner : zapper
platte : ennuyeux
quétaine : ringard
se faire passer un Québec : se faire avoir
avoir l’esprit ratoureux : avoir l’esprit tordu
robineux : clochard
rôtie : toast
ruine-babine : harmonica
récipiendaire : lauréat
sloche : gadoue
serrer : ranger
smart : gentil
souper : dîner
sparage : geste
en spécial : en solde
souffleuse : chasse-neige
sous-marin : sandwich allongé
un système de son : une chaîne hi-fi
tabagie : débit de tabac
table tournante : platine à disques
table d’hôte : menu à prix fixe
tannant : taquin ; fatigant
téteux : lèche-botte
toffer : endurer
traversier : bac (ferry-boat)
truck : camion
toune : chanson
tuque : bonnet
ticket : contravention
toffe : difficile
ustensiles : couverts de table
valise : coffre de voiture
vidange : poubelle
virage en U : demi-tour
Il est vite : Il est rapide, intelligent
waiter : garçon de café
watcher : surveiller