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MRE/Adolescents : La Hogra , qui traduit le sentiment né de ce désamour et de ce rejet.

Par : Abdelwahab Benzakour

Vues d'Afrique

Maghreb Observateur. Casablanca, le 20 Juin, invité par le professeur Hachem Tyal j’ai assisté récemment à la 2 ième édition du colloque ( La psychanalyse à l’entrecroisement des disciplines ), organisé par l’association Marocaine de Psychiatrie Psycho-Dynamique et portant sur thème : VIOLENCE-AGRESSIVITÉ-DESTRUCTIVITÉ . Bien que tous les sujets étaient passionnants et pertinents. Un sujet en particulier a attiré mon attention : Adolescence et migration. De la violence vécue à la violence agie. sujet traité par le professeur Jonathan Lachal.

Les adolescents et adolescentes Marocains musulmans vivant en France sont confrontées à une double situation de transition (Tapia, 1997). D’une part une situation de transition liée à leur âge. Comme pour tout adolescent, le passage à l’âge adulte implique un processus de maturation (Winnicott, 1962) qui réactive et mobilise chez l’individu des conflits, des angoisses et des sentiments ayant trait à différents registres : angoisses liées au corps, sentiment de sécurité qui vacille, liens mère-enfant ambivalents, interrogations sur la filiation et l’affiliation, réactivation de l’organisation œdipienne. C’est dire à quel point la poussée maturative à l’adolescence interroge les fondements même de la construction psychique. D’autre part une situation de transition liée au passage de la micro~culture de la famille immigrée africaine d’origine maghrébine et sub-saha-rienne (malienne et sénégalaise) aux normes occidentales prégnantes de la fin du XXe siècle. Cette situation représente, particulièrement pour des adolescents, un véritable affrontement entre deux mondes culturels : les normes internes au fonctionnement de la famille, où est ancrée l’origine de ces jeunes , en tout cas ceux et celles de leurs parents, et les normes de la société de l’Europe de l’Ouest dans son évolution récente en ce qui concerne la sexualité et les modèles familiaux C. Dubar, 2000. Cf. notamment chap. 2 : « Dynamique de la…. En effet, les normes relatives à la sexualité et aux rapports hommes/femmes dans les deux univers sont très opposées.

  • La France abrite une diaspora marocaine de 1,5 millions de personnes au minimum, dont 670 000 binationaux. C’est la principale nationalité bénéficiaire de premiers titres de séjour depuis 2018 (plus de 30 000 octrois par an).
  • Avec le décret de 1976 instaurant un droit au regroupement familial, le premier motif d’immigration marocaine devient familial, loin devant celui initial du travail.
  • L’ampleur et l’accélération des flux d’immigration marocaine posent question au regard de sa difficulté d’intégration
  • Illustration : 42,7% des Marocains de plus de 15 ans vivant en France étaient chômeurs ou inactifs (ni en emploi, ni en études, ni en retraite) en 2016, soit un taux trois fois plus élevé que celui des Français (14,1%).
  • Illustration : 70% des femmes descendantes d’immigrés marocains en France épousent un conjoint marocain ou d’origine marocaine, soit le taux d’endogamie le plus élevé après celui des Turques.

Les questions de de la filiation et de l’affiliation deviennent centrales :

Qui suis-je ? Identité

D’où je viens ? Filiations

Avec qui je vais ? Affiliations

Entre en ligne de compte la culture elle est composée de la langue, des représentations et des croyances, les structures familiales, le système de parentalité et d’éducation des enfants, les techniques quotidienne, exemples (cuisiner s’habiller, se soigner, être père, être mère, etc..), en fait c’est un ensemble plus ou moins partagé de savoir de savoir-faire de savoir être relatif à un univers culturel.

Ces modèles partagés vont identifier le membre d’un groupe culturel en les distinguant d’un autre groupe.

Mais qu’en est-il de la culture et de la migration ?

C’est d’abord le passage d’un monde à un autre, et il va concerner plusieurs générations. il en découlera donc une vulnérabilité psychique due à la migration. La migration est violente elle n’est pas nécessairement traumatique mais elle fragilise. Ce concept de vulnérabilité psychique des enfants migrants se répercute par état à risque plus élevé de développer des troubles mentaux, en lien avec des stress pré migratoires per migratoires et post migratoires.

Il y a donc un triple fardeau pour les migrants et 3 types d’épreuves :

  1. Pré migratoire : peur effroi trauma pour les enfants, perte réelle et symbolique( base de la sécurité).

État d’alerte partagé par la famille et c’est un trouble trauma groupal.

2) Post migratoire : conditions d’accueil, discrimination, diminution des compétences, exclusion sociale, distance culturelle, transmission traumatique, conflit générationnel et cetera. Il y a aussi les conditions particulières, mineurs n’ont accompagnés, peur de la radicalisation et de la non-intégration.

3) L’exil : qui est une rupture avec les enveloppes culturelles, familialles, absence de récit familial, le risque peut s’avérer dangereux, car il découle d’une structuration psychique en surface dans une logique de survie et au sacrifice de soi et de son identité d’origine.

Les révoltes 2005, 3 semaines de révolte à l’île de France, puis à toute la France, 55 % des adolescents qui ont pris part à ces violences, provenaient d’Afrique du Nord. Discrimination, racisme, statue de suspect permanent, contrôle policiers arbitraires, autoritaire et dangereux, reliés à la ségrégation arbitraire qui nous rappelle la période coloniale. La police les harcèle, elle harcèle leur parents, il se considère comme des citoyens de 2e zone. Les lycées de banlieue accusés d’orienter préférentiellement les adolescents vers des filières d’études courtes.

Impossibilité de la construction identitaire :

Sentiment d’être étranger chez soi, être à la fois dans et en dehors de la France, pas tout à fait inclus ni tout à fait exclu, être français mais traité comme s’il n’était pas tout à fait français.

Pourvoyeur de honte de colère et de rage mêlée :

Impression d’être un désirable, d’avoir quelque chose qui n’est pas normal. La Hogra , qui traduit le sentiment né de ce désamour et de ce rejet.

Le sentiment d’un crime raciste rejoue l’expérience quotidienne du racisme et une négation de la subjectivité de l’existence. La violence peut être ainsi entendue comme une affirmation d’exister la seule manière de régir pour dire qui tu es. Mais aussi en miroir l’histoire coloniale française qui tue la seule manière d’ouvrir des voies de l’identification.

La théorie du soupçon selon Bricaud 2017 reflète les sentiments d’insécurité permanentes les impératifs de décrire de façon répétée l’histoire traumatique, rejouer les discriminations qui ont motivé le départ, langue moins bien maîtrisée, méconnaissance de l’organisation sociale, des ressources disponibles, non partage des codes culturels les difficultés de transmettre une culture hors du bain culturel, deuils multiples qui rentrent en résonance avec les deuils relationnels et affectifs. En fait c’est être entre 2 mondes ni dans l’un ni dans l’autre ni appartenir à aucun d’entre eux. Il y a aussi les fantômes du passé les noms dits, les non transmis car trop douloureux.

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