Par : Abdelwahab Benzakour

Fès, le 12 Mai 2023,
Chers lectrices et lecteurs, Maghreb Observateur aimerait vous convier à prendre part à cette nouvelle rubrique qui portera le nom de (Citoyen Journaliste), une idée que m’a soufflé un ami et collègue et qui m’a inspiré à procéder au lancement officiel de cette rubrique le 16 Juin à Montréal. Entretemps, vous pouvez m’envoyer vos textes.
Vous pourriez me faire parvenir vos textes à l’adresse suivante :
a.benz@maghreb-observateur.qc.ca
Nous allons ouvrir cette rubrique en vous présentant un premier texte qui nous parvient d’un auteur qui préfère garder l’anonymat.
Fès, le Journal d’une capitale oubliée

Vous me connaissez certainement, et si j’ai décidé de vous écrire aujourd’hui, c’est pour vous raconter mon histoire.
Je ne vous raconterai pas ce que vous savez déjà, je ne vous dirai rien de mes heures de gloire, elles sont révolues ; je ne vous dirai rien de mes années fastes, on vous les a rabâchées et d’aucuns continuent à vous les raconter.
Je vous raconterai mon histoire, personnelle, celle qui m’a plongée dans le silence duquel je veux sortir aujourd’hui. Celle qui m’a plongée dans la nostalgie, avant de m’y emprisonner puis de m’y résumer.
Je tisserai au fil des pages mon tissu mortuaire, dans l’espoir qu’un jour, vous me réanimiez.
Je suis Fès, vous m’avez peut-être visitée, vous m’avez sûrement croisée dans vos lectures ; je suis cette cité romanesque, vous vous êtes baladés dans mes ruelles sur les pas d’Ibn Khaldoun, de Fatima Al-Fihriya ou de Hassan El Wazzan.
On a dû vous vendre mes senteurs, mes échoppes, mon université, mes medersas, mes mosquées.
Vous avez dû moquer mes accents, mon ” r “, mes manières, mon arrogance.
Aujourd’hui encore, vous me regardez avec ce mélange d’envie, de pitié et de curiosité.
Un voyageur disait qu’on pouvait tout trouver en moi ; moi qui avais tout, je manque aujourd’hui de tout.
De ma belle jeunesse, ne me reste que des souvenirs couchés sur papier, une autre vie, un autre temps ; ils appellent cela l’Histoire.
Une Histoire dont je fus l’actrice, et dont je suis spectatrice. Une Histoire que j’écrivais, et qu’aujourd’hui, je subis.
Vous me demanderez, où sont passés tes enfants ? Je vous dirai ailleurs, partout, mais pas chez moi.
Chaque semaine, je vous raconterai mon histoire, mon quotidien, vous me verrez au-delà des romans, au-delà des images ; vous ne me verrez pas du ciel, vous ne me verrez pas à travers mes Riads, je ne vous raconterai pas la réussite de ceux qui m’ont quittée, mais les malheurs de ceux qui sont restés.
Je vous raconterai mon hospitalité, celle qui a ouvert ses bras à l’Andalousie défaite, aux Génois aventuriers, aux demandeurs d’asile et aux apprentis savants. Mais également celle qui continue à recevoir, de partout, des milliers de personnes attirées par mon âme éternelle, car bien que je me meurs, mon âme perdure.
Ce journal sera ma thérapie, je me remettrai à vous, je prendrai la parole et je vous raconterai le journal d’une capitale oubliée.
