“Quand je passe par Molenbeek en voiture, je ne me sens pas en Belgique”. La sortie de Conner Rousseau, président de Vooruit, dans le magazine flamand Humo, fait couler beaucoup d’encre. Les critiques fusent de toutes parts, jusque dans les propres rangs socialistes.Rédaction 26-04-22, 10:30 Dernière mise à jour: 26-04-22, 17:10 Source: Radio 1, Humo
La petite phrase lâchée par le président de Vooruit ne passe pas inaperçue. Conner Rousseau répondait à une question concernant les élections présidentielles françaises et le fait que de nombreux Français ne se sentent plus “chez eux”.
“Quand je passe par Molenbeek en voiture, je ne me sens pas en Belgique non plus”, a-t-il rétorqué. “Mais la plupart de ces personnes sont nées ici. Le plus important, c’est qu’ils parlent notre langue et travaillent. À Bruxelles, en raison de la pénurie de professeurs, il y a des gens qui enseignent en arabe parce qu’ils ne parlent pas français. C’est inacceptable. Que fait le gouvernement flamand? Augmenter le prix des cours de langue pour raccourcir les listes d’attente”.
“Je prône une bonne mixité sociale”
Sur les ondes de Radio 1 ce mardi matin, Conner Rousseau est revenu sur cette sortie polémique et a assuré qu’il avait bien validé l’interview. Il a expliqué qu’il pointait le problème de la méconnaissance d’une des deux langues nationales dans certains quartiers.
“Je prône une bonne mixité sociale. Dans certaines régions, les gens ne parlent pas assez bien la langue officielle de la région, le français ou le néerlandais. Et donc vous n’encouragez pas les enfants à apprendre cette langue, ce qui entrave leurs chances à l’école et sur le marché du travail. C’est un problème”, a-t-il développé.

Vives réactions
Les propos de Conner Rousseau ont suscité de vives réactions sur Twitter. “Ce que Conner Rousseau affirme dans Humo d’aujourd’hui n’est pas seulement méprisable, c’est aussi absolument faux. Les cours de langue et le parcours d’intégration sont gratuits à Bruxelles”, indique Benjamin Dalle, ministre flamand en charge des Affaires bruxelloises, sur Twitter. “Et au sujet des cours qui seraient donnés en arabe? Je voudrais bien la voir cette école de la Communauté flamande”.
Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre, dénonce des propos “intolérables, stigmatisants et xénophobes”. “Bruxelles est une région cosmopolite avec des quartiers connaissant une grande diversité de population. Ils méritent mieux qu’un mépris digne d’une discussion de bistrot. Lamentable et insupportable”.
Au sein même de son parti, la sortie passe mal. Jef Van Damme, échevin de Vooruit à Molenbeek, évoque une remarque “très déplacée” de Conner Rousseau. “Molenbeek est autant la Belgique que Saint-Nicolas. Qu’il sorte de la voiture la prochaine fois qu’il passe par ici, je serai heureux de lui faire visiter les lieux en 2022″, peut-on lire.
Rajae Maouane, coprésidente d’Ecolo et conseillère communale à Molenbeek, est également choquée. “Des propos intolérables qui traduisent une grande méconnaissance de Bruxelles. Les Bruxellois(es) méritent le respect. Et sinon la bourgmestre socialiste de Molenbeek peut inviter le président des socialistes flamands à une balade dans sa commune?”
Theo Francken, député N-VA, quant à lui, boit du petit-lait. “Les socialistes votent depuis des années contre un durcissement de la politique migratoire. Ils n’ont conquis la Bruxelles libérale que grâce à l’immigration de masse qu’ils ont tant défendue et défendent encore. La famille PS Moureaux dirige Molenbeek depuis des décennies, laissez-moi rire”, a-t-il tweeté
La bourgmestre de Molenbeek, Catherine Moureaux (PS), n’a pas manqué de réagir avec “dégoût et colère”. “Jamais venu à Molenbeek, (Conner Rousseau) se met de manière caricaturale dans la roue de la droite extrême, méprisant par là 100.000 Molenbeekois”, a-t-elle tweeté, en dénonçant du “bashing”. Elle a annoncé envoyer derechef une invitation à l’intéressé pour “venir à la rencontre de la réalité dès la semaine prochaine”.
L’extrême droite a également sauté sur l’occasion. Le député flamand Filip Dewinter (Vlaams Belang) et le dirigeant du parti néerlandais PVV (Partij voor de Vrijheid), Geert Wilders, ont introduit une nouvelle demande d’organiser une visite de Molenbeek le 13 mai prochain, et disent inviter Conner Rousseau à les accompagner.
Source : 7 sur 7
