A la veille du procès des attentats de Paris, Molenbeek veut tourner la page du radicalisme

La presse internationale envahit Molenbeek à l’occasion de l’arrestation de Salah Abdelslam © BELGA DIRK WAEM

La cicatrice est encore profonde. Le souvenir douloureux et toujours vivace. A Molenbeek-Saint-Jean, la date du 13 novembre 2015, c’est un peu comme si c’était hier. Ce soir-là, Paris est frappé de plein fouet par le terrorisme islamiste. 3 attaques quasi simultanées commises par 3 commandos distincts. L’une au stade de France, l’autre dans la salle de spectacle du Bataclan, la troisième sur des terrasses du 10e arrondissement de la capitale française. Le bilan humain est sans précédent. 131 morts et plus de 400 blessés.

Molenbeek pointé du doigts à l’époque des attentats

Rapidement, le lien avec Molenbeek est établi. La plupart des protagonistes ont grandi ou ont transité par la commune. Notamment Salah Abdeslam, seul membre du commando djihadiste en fuite au lendemain des faits. Le jeune Molenbeekois sera traqué pendant plus de 4 mois, avant d’être arrêté dans la commune à quelques centaines de mètres de là où il a grandi.

Dès le lendemain de ces funestes événements, Molenbeek est pointé du doigt par les médias du monde entier. « Base arrière du terrorisme », « Molenbeekistan », « Repère de djihadiste »,… Les qualificatifs sont sans nuance. La pression sur la commune irrespirable.


Pour ses habitants et les nombreuses associations actives dans l’éducation permanente et le travail avec les jeunes, le coup est particulièrement rude.

Bachir M’Rabet, coordinateur au Foyer des jeunes de Molenbeek. © Fabrice Gérard

Pour les actes inqualifiables de quelques-uns, c’est toute une population qui a été pointée du doigt

« On était déjà pointé du doigt comme une commune à problèmes », explique Bachir M’Rabet, coordinateur au Foyer des jeunes de Molenbeek.

« Avec les attentats, on est devenu des pestiférés. Les médias des 4 coins du monde ont envahi Molenbeek. On a été traités comme des bêtes de foire. Et je peux vous dire que lorsqu’un jeune en quête d’emploi explique qu’il vient de Molenbeek, le regard de nombreux employeurs potentiels n’est plus le même et la méfiance prend souvent le dessus ».

Même son de cloche du côté de Françoise Schepmans. Bourgmestre de Molenbeek à l’époque des attentats, aujourd’hui première échevine de la commune, celle qui habite Molenbeek depuis de nombreuses années estime elle aussi « que les médias n’y ont pas été de main morte et pour les actes inqualifiables de quelques-uns, c’est toute une population qui a été pointée du doigt, parfois sans nuance ».

Prôner le dialogue entre communautés et le travail de fond

Pas question d’aveuglement néanmoins. A Molenbeek, les associations de terrain sont bien conscientes du fossé toujours béant entre les nombreuses communautés qui vivent à Molenbeek. Selon Bachir M’Rabet, « aujourd’hui encore, on a le sentiment que les gens issus de communautés diverses vivent les uns à côté des autres mais ne se mélangent pas ».

Pour Françoise Schepmans, « le gros danger c’est l’entre-soi, le repli sur soi. Il faut faire en sorte que le dialogue entre communautés se renforce autour de priorités et de préoccupations communes. C’est la meilleure façon d’éviter que certains, les jeunes notamment, soient tentés par des chemins sans issue comme le radicalisme violent « .

Carine Barthélémy, coordinatrice de l’association « A La Rue » © Fabrice Gérard

Alors que faire ? A La Rue, ASBL historique de Molenbeek, on n’a pas attendu la vague d’attentats pour travailler sur les questions de citoyenneté, de démocratie participative et d’éveil au sens critique. Ici, tous les publics font l’objet d’une attention particulière. Et lorsqu’il s’agit des jeunes, l’idée, selon la coordinatrice de l’association Carine Barthélémy, « c’est de donner du sens, d’offrir des perspectives ». Et ce travail, « il n’a pas commencé après les attentats de 2015 et 2016. C’est un travail qui existe depuis des années et qui s’enracine autour de questions fondamentales comme l’alphabétisation, le droit à un logement décent et la participation à la vie de son quartier.


Au Foyer des Jeunes, on s’est également retroussé les manches. Mais l’on n’a pas pour autant révolutionné les pratiques. L’important, c’est que les jeunes puissent s’exprimer. Qu’ils puissent parler de leurs rêves comme de leurs frustrations. « Ce qui m’inquiète », explique Bachir M’Rabet « c’est de voir que les jeunes ont un niveau d’expression et de connaissance de la langue française de moins en moins bon. Or la langue est cet outil qui permet d’exprimer ce qu’on ressent, c’est ce qui permet de dialoguer ? C’est là-dessus qu’on travaille via des ateliers rap notamment ».

Le risque zéro n’existe pas et il faut rester vigilant

Ce travail porte-t-il ses fruits ? A-t-il permis de faire baisser la pression ? Y a-t-il moins de profils radicalisés parmi la population molenbeekoise ? Malgré nos demandes d’entretiens, ni la police locale ni la Sûreté de l’Etat n’ont accepté de répondre à nos questions. « Mais c’est clair que la pression a fortement baissé » estime le coordinateur du Foyer des jeunes de Molenbeek. « Ce qui préoccupe nos jeunes c’est de trouver un job, un logement, du sens à leur vie » renchérit Carine Barthélémy de L’ASBL La Rue. Toutefois, « il ne faut pas être naïf » précise Françoise Schepmans. « Le risque zéro n’existe pas et il faut rester vigilant ».

Vigilant. Et aussi attentif au procès des attentats de Paris qui débute le 8 septembre. A Molenbeek, nul doute que nombreux y seront attentifs.

Source : Rtbf.be

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